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Doit-on dire je fais de “supers z’affaires” ou de “super affaires” ?

“Super” peut-il prendre un S au pluriel ? Muriel Gilbert arbitre entre "Le Petit Larousse" et "Le Petit Robert".

Une personne pendant un cours d'écriture (image d'illustration)
Une personne pendant un cours d'écriture (image d'illustration)
Crédit : Neonbrand / Unsplash
Muriel Gilbert

Aujourd’hui, amis des mots, attendez-vous à un Bonbon… super ! C’est pour répondre à Evelyne, qui m’écrivait il y a peu sur Facebook : "Je suis toujours étonnée lorsque j’entends prononcer, à la radio notamment, un S à la fin de super – par exemple : de super z’activités". Et dans la foulée, un autre auditeur, Patrick, m’écrivait sur Twitter : “Avec Auchan faites de super z’affaires !”, aïe mes oreilles quand j’entends cette pub qui tourne en boucle sur toutes les radios !

C’est vrai qu’on utilise de plus en plus le mot super : “J’ai préparé une super raclette !” “C’est un chien super” “Des frites ? Super !” Sans compter : “Christophe Bourroux fait le plein de super.” Alors, qu’est-ce que c’est que ce super ? Eh bien c’est un descendant direct du latin super, qui signifie “sur, au-dessus, par-dessus”.

Pourtant le mot est plutôt récent, en français, me direz-vous : on ne lit pas "super" dans les pièces de Molière ! C’est vrai. Enfin, "super" est tout de même à la racine latine de mots aussi anciens que "supérieur", "superposer" ou même "superbe" ! 

Une explosion de "super" après 1968

Mais, "super" débarque en masse dans notre vocabulaire, nous apprend le Dictionnaire historique de la langue française, comme préfixe, “après 1914 avec le vocabulaire du cinéma américain et celui de l’aviation, et se développe surtout après 1945, sous l’influence de l’anglais, dans le langage publicitaire et technique” - superproduction, supersonique, supermarché… Et alors, après 1968, c’est une véritable explosion de "super" dans le langage familier et d’abord chez les jeunes, qui en font un adjectif, “tant comme attribut (il, elle est super) que comme épithète (un mec, une nana super)”.

Invasion de “super”

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Et donc, pour revenir aux remarques de Patrick et Evelyne, peut-on parler de “supers z’affaires” ? Pour faire la liaison en Z, naturellement, il faudrait que super se termine par un S. Et ça, pour le Petit Larousse, il n’en est pas question : super est un “adjectif invariable”, donc on doit dire “des super affaires”. 

Mais depuis quelques années, Le Petit Robert, qui cherche toujours à faire son malin disent certains, plus moderne, disent d’autres, en tout cas toujours plus réformateur, autorise l’accord, figurez-vous. Pour lui, on peut admettre l’invariabilité, mais aussi le pluriel, donc parler de “super affaires” comme de “supers z’affaires”. La Banque de dépannage linguistique précise néanmoins que cet accord reste très rare.

Dans ce duel entre dictionnaires, quel serait mon camp ? Celui de l’invariabilité. C’est l’usage le plus courant et pour moi franchement le plus simple… Évidemment, quand super est l’abréviation de supercarburant, c’est un nom, et là, on accorde le cas échéant. À noter qu’en Belgique ce nom est féminin : on met de LA super dans son réservoir !

Ah, et rassurons l’Académie française, qui ne goûte pas du tout l’invasion de super dans notre langue : j’ai bien l’impression que "super" est en train d’être supplanté par “de ouf”, “j’ai super faim” se voyant détrôné par “j’ai faim de ouf”. Donc amis des mots, je vous souhaite un dimanche “de ouf”.

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