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Comment Catherine Médicis a œuvré pour l'unité du royaume du France

Tandis que catholiques et protestants ne songeaient qu’à leurs intérêts particuliers, la France fut la priorité de Catherine de Médicis.

Catherine de Médicis
Catherine de Médicis
Catherine de Médicis, une reine méchante ou excellente ?
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Lorànt Deutsch - Entrez dans l'histoire
Lorànt Deutsch - édité par Capucine Trollion

Dans ce nouvel épisode d'Entrez dans l'Histoire, partons à la découverte de Catherine de Médicis. La postérité n'a pas été tendre avec la Florentine et pourtant elle a œuvré pour la France et la paix dans le royaume. 

Quand son fils, le jeune François II meurt après seulement  un an et demi de règne en 1560, Catherine de Médicis est effondrée, mais elle doit vite sécher ses larmes, car le devoir l’appelle. Son deuxième fils, Charles IX n’a que dix ans et elle doit assumer la régence. Elle prend alors le titre de Gouvernante de France et endosse enfin le rôle de sa vie : conserver le pouvoir à ses enfants et préserver l’unité du royaume.

La Florentine met aussitôt en œuvre une politique d’apaisement et de conciliation. Sa position est claire : la crise religieuse ne peut en aucun cas prendre la forme de la dissidence politique. La foi, c’est une chose mais on ne touche pas au roi ! Faute de pouvoir extirper l’hérésie, il faut un compromis raisonnable, pas exactement de la tolérance, mais plutôt de la clémence et de la patience car les catholiques comptent bien ramener avec le temps les protestants dans le giron de l’Église. 

Elle prend 40 ans d'avance sur l'Édit de Nantes

En attendant il faut rester calme et pragmatique, Catherine de Médicis est même prête à des alliances avec des puissances protestantes, au grand dam du Pape, cherchant par exemple à marier l’un de ses fils avec Élisabeth d'Angleterre. C’est dans cet esprit de conciliation qu’elle prend Michel de l’Hospital pour Chancelier de France, un humaniste, au ton modéré.

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Elle convoque à l’automne 1561 le colloque de Poissy, réunissant prélats catholiques et ministres du culte protestant. Malgré l’échec d’une entente œcuménique, Catherine de Médicis fait signer en janvier 1562 à Charles IX un édit de tolérance, connu comme l’Édit de Janvier, qui reconnaît aux protestants le droit de s'assembler pour leur culte à l'extérieur des villes closes. C’est une formidable concession de la reine mère, qui prend ainsi quarante ans d’avance sur le célèbre Édit de Nantes, d’Henri IV. 

Mais les catholiques purs et durs, les Guise en tête, ne l’entendent pas de cette oreille et la pression monte. Le pays est déchiré, mais Catherine de Médicis parvient pourtant à ramener un semblant de calme à travers la paix d'Amboise, signée en mars 1563. Un vrai tour de force.

Et réalise un tour de France pour consolider la paix

Cependant, Catherine de Médicis sait que la paix est précaire, c'est pourquoi elle se lance en 1564 dans un grand tour de France pour présenter aux sujets du royaume son fils Charles IX qui vient d’atteindre sa majorité. Elle a bien compris l’intérêt d’occuper le terrain et de célébrer la concorde retrouvée, elle fait de la com’. Pendant vingt-huit mois, infatigable, elle accompagne son fils aux quatre coins du royaume, parcourant près de 4.000 kilomètres sur des chemins caillouteux. 

À chaque étape, la Reine Mère tient à présenter le meilleur visage de l’autorité royale. Elle organise des fêtes somptueuses pour adoucir les mœurs et faire "danser ensemble huguenots et papistes", selon ses mots. Sous sa tutelle, les arts fleurissent dans le royaume. Au lieu de faire appel à des artistes italiens, elle favorise l’émergence d’un "style français", qui annonce les premiers rayons du Grand Siècle : l’Académie de musique et de poésie est créée par Charles IX. Montaigne est un protégé de la reine et Ronsard participe aux fêtes royales.

Jusqu'à la fin de sa vie, elle essayera de sauver le royaume

Le grand tour n’est qu’une parenthèse enchantée, après quatre ans de paix relative, les hostilités reprennent. En 1567, le prince de Condé tente de s'emparer de la personne du roi, près de Meaux. Échappant de justesse aux assaillants, Charles IX et sa mère se réfugient à Paris. Catherine de Médicis est choquée, la "Surprise de Meaux" est un coup de poignard à la paix. Le chancelier Michel de L’Hospital est limogé et la guerre éclate à nouveau, avec des moments de furie, puis d’accalmie, sans parler de l’ingérence des puissances étrangères.

À soixante ans, l’infatigable Catherine de Médicis parcourt encore les routes, tentant inlassablement de réconcilier papistes et huguenots. Un autre point la préoccupe :  Henri III n’a toujours pas d’héritier. La couronne reviendrait de fait à un Huguenot, à Henri de Bourbon, roi de Navarre et c’est fâcheux. 

Mais, elle n’aura pas le temps de régler cet énième problème : elle meurt le 5 janvier 1589 à Blois, rongée par la maladie, exténuée par une vie de guerres et de négociations. Huit mois plus tard, le moine ligueur Jacques Clément poignarde Henri III sur sa chaise percée. Triste fin pour la dynastie des Valois. 

Mais, elle rejoint le panthéon des reines maudites

Henri de Navarre, dont Catherine de Médicis a favorisé l’ascension, monte sur le trône sous le nom d’Henri IV et consent à revenir dans le giron de l'Église pour de bon. "Paris vaut bien une messe !" Il proclamera l’Édit de Nantes le 30 avril 1598, couronnement posthume de l’œuvre de la Florentine. 

Et pourtant, sa postérité n’est pas bien folichonne : les premiers Bourbons ne feront rien pour redorer l’image des derniers Valois, trop soucieux d’asseoir leur propre légitimité à leur suite. Catherine de Médicis essuie le mépris de la haute noblesse française, pas fâchée de faire porter le chapeau de la Saint-Barthélemy à une étrangère. Elle rejoint alors les Brunehaut, Frédégonde et autres Isabeau de Bavière au panthéon des reines maudites. On ne le dira jamais assez combien ce furent parfois  des étrangers qui ont porté à bout de bras la France dans la tourmente, comme Catherine de Médicis, Anne d'Autriche ou encore Jules Mazarin. C’est Balzac, qui est l’un des premiers à honorer dignement la mémoire de la souveraine. 

Tandis que catholiques et protestants ne songeaient qu’à leurs intérêts particuliers, la France fut la priorité de Catherine de Médicis. Dans l’horreur de la guerre civile – la pire de toutes –, contre vents et marées, la Florentine a tout fait pour préserver l’unité du royaume, alternant des concessions inédites et des décisions difficiles. 

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