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Mais où est passé le "ne" dans les phrases négatives ?

"J’y vais pas", "Il en veut pas"… De plus en plus souvent, à l’oral, nous omettons une partie de la négation, le "ne". Muriel Gilbert dévoile les racines surprenantes de ce phénomène.

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Mais où est passé le "ne" dans les phrases négatives ? Crédit Image : Unsplash/Jonas Jacobsson | Crédit Média : Muriel Gilbert | Durée : | Date : La page de l'émission
Muriel Gilbert
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Ce matin, mettons à l’honneur un tout petit mot qu’on n’entend pas beaucoup, et de moins en moins, pour répondre à Clément, de Bar-le-Duc, qui m’écrit qu’il "écoute avec grand plaisir tous les samedis et dimanches" mes interventions sur RTL et qu’il apprend "bien des choses". Merci, Clément !

"Dans le langage parlé actuel, remarque-t-il, le "ne" ou le "n’" ont pratiquement disparu des phrases négatives, et on entend des choses comme : 'Vous z’avez pas de réponse' au lieu de 'Vous n’avez pas de réponse', naturellement". Et Clément, qui affirme l’avoir entendu dans ma propre bouche sur RTL (oh !), se demande s’il y a "une explication à cette évolution.

En français, l’une des formes les plus courantes de la négation est effectivement "ne… pas". Je ne sais pas si vous vous en souvenez, amis des mots, j’ai raconté l’an dernier l’histoire de la négation "ne". Elle nous vient du latin, bien sûr, mais au départ elle se prononçait "né", puis on s’est mis à la prononcer "ne", et même parfois "n". On disait alors "je ne mange" ou "je n’entre", au lieu de "je ne mange pas" et "je n’entre pas" aujourd’hui. Le problème, c’est que si on me crie "N’entre, ou je te tue", et que je n’ai pas entendu le "n’",  je risque bien d’entrer et alors c’est un drame qui nous pend au nez !

C’est pour éviter ce genre de désagrément que l’on a ajouté à "ne" le mot "pas" – au départ, quand la négation se rapportait à un verbe de déplacement, "n’avance pas" signifiant "n’avance pas d’un pas".

La négation la plus courante à l’écrit est bien "ne pas"

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Et finalement l’adverbe "pas" s’est appliqué à tous les verbes. Dans certaines formules figées, on utilise néanmoins encore "ne" sans "pas" ("qu’à cela ne tienne", "qui ne dit mot consent", "si je ne m’abuse"…). On peut également dire "Elle ne cesse d’y penser", "Il ne sait que faire", mais la négation la plus courante à l’écrit est bien "ne pas".

La négation à l'oral évolue

À l’oral, en revanche, comme le fait remarquer Clément, le "ne" disparaît de plus en plus souvent, ce que les dictionnaires considèrent comme relevant du registre familier. À noter tout de même qu’en Belgique, ce "ne" a gardé toute sa place, il me semble. Quand le Français dit "J’y vais pas", son voisin d’outre-Quiévrain dit bien plus volontiers "Je n’y vais pas". Les Belges parleraient mieux le français que les Français ? Ce n’est pas impossible !

Mais finalement cette tendance à l’effacement du "ne" en français de France n’est que la suite logique de l’évolution qui a commencé au Moyen Âge, quand l’usage a considéré que ce petit "ne" ne s’entendait pas assez et qu’il lui a adjoint un autre mot (pas) pour assurer une meilleure compréhension. 

Si maintenant le mot "pas" suffit à exprimer clairement la négation, il est assez naturel (sinon grammaticalement correct) que le "ne" soit en voie de disparition. Dans vingt ou trente ans, peut-être qu’il ne sera même plus jugé comme familier d’omettre cette partie de la négation. Moi, ça me dérangerait pas !

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