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Elon Musk rachète Twitter : que veut-il faire avec le réseau social ?

Le milliardaire va boucler l'acquisition de Twitter pour environ 44 milliards de dollars. Une offensive économique et symbolique pour ce maximaliste de la liberté d'expression qui devrait déboucher sur des changements pour le réseau social.

Elon Musk a pris le contrôle de Twitter pour 44 milliards de dollars
Elon Musk a pris le contrôle de Twitter pour 44 milliards de dollars
Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue

Il est finalement parvenu à ses fins. Elon Musk sera bien le prochain propriétaire de Twitter. Le réseau social a annoncé, lundi 25 avril, avoir accepté l'offre de l'entrepreneur d'origine sud-africaine. Le fondateur de Tesla et SpaceX va boucler l'acquisition de la plateforme pour 44 milliards de dollars à l'issue d'une offensive éclair qui aura convaincu le conseil d'administration de céder les rênes l'entreprise en l'espace de moins d'un mois. Le rachat devrait être finalisé d'ici la fin d'année 2022.

L'homme le plus riche du monde s'offre ainsi l'agora 2.0 du monde, "la place publique numérique où les sujets vitaux pour le futur de l'humanité sont débattus", comme il l'explique dans le communiqué publié ce lundi. "La liberté d'expression est le fondement d'une démocratie qui fonctionne", estime Elon Musk, qui se dit déterminé à "rendre Twitter meilleur que jamais" en améliorant le produit "avec de nouvelles fonctionnalités, en rendant les algorithmes open-source pour accroître la confiance, en vainquant les "spamsbots" et en authentifiant tous les humains".

Le rachat de Twitter jette des doutes sur l'avenir de son actuel dirigeant, Parrag Agrawal, et des autres cadres du réseau social, à propos desquels Elon Musk a déjà manifesté sa défiance. L'homme d'affaires a aussi fait part de sa volonté de retirer l'entreprise de Wall Street, mais l'opération devrait prendre un certain temps. On ne sait pas encore l'impact qu'il aura sur la plateforme, ni par où il commencera ses changements. Mais ses intentions sont bien connues.

À écouter

96. Faut-il avoir peur d'Elon Musk ?
00:20:33

Elon Musk est contre l'interventionnisme de Twitter

Suivi par plus de 83 millions de personnes sur Twitter, Elon Musk s'est illustré comme l'une des personnalités les plus critiques envers les mesures mises en place par le réseau social ces dernières années. Le businessman estime que Twitter va trop loin dans la modération des contenus publiés par ses membres. Il prône une plus grande liberté d'expression en ligne, selon une conception américaine du terme qui rejoint les critiques formulées par Donald Trump et les Républicains envers les réseaux sociaux en général. 

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"Elon Musk est un libertarien. C'est un maximaliste de la liberté d'expression. Il a une vision radicale de la liberté d'expression qui doit être totale, à la limite de l'injonction judiciaire. Il est en confrontation avec les stratégies des grandes plateformes sociales de s'impliquer dans la modération des contenus au-delà du droit commun. Il épouse cette idée qui anime l'extrême-droite américaine que les plateformes sociales sont soumises à l'idéologie progressiste et par là, qu'il y a un bâillonnage des discours de droite", explique à RTL Tristan Mendès-France, maître de conférence associé à l'Université de Paris, spécialiste des cultures numériques.

Liberté d'expression à l'américaine, des algorithmes transparents, moins de "spamsbots"

Ces dernières semaines, Elon Musk a largement communiqué sur les nouveautés qu'il souhaite mettre en place sur Twitter. En matière de modération, d'abord, où les progrès de Twitter sont déjà maigres, le milliardaire préconise de "laisser le tweet exister en cas de doute" sur un contenu. L'idée est de délester la plateforme de tout ce qui peut s'apparenter à de la censure, dans la limite du respect du droit commun. Il est aussi fermement opposé aux bannissements permanents, comme celui de l'ancien président américain Donald Trump début 2021, auxquelles il préfère des exclusions temporaires. 

Elon Musk entend aussi rendre Twitter plus transparent en ouvrant ses algorithmes de recommandation, "pour que chacun puisse comprendre pourquoi la portée d’un tweet est accentuée ou diminuée et pour éviter toute manipulation secrète, qu’elle soit automatique ou manuelle", expliquait-il récemment. Le milliardaire s'oppose ici au "shadow banning" qui permet aux plateformes de limiter la visibilité d'un contenu sans le supprimer. Un point sur lequel le règlement Digital Services Act (DSA) adopté récemment devrait bientôt imposer de nouvelles obligations aux plateformes dans l'Union européenne.

Autre projet évoqué avant le rachat, l'ajout d'une fonction pour éditer un tweet après sa publication. Une perspective à laquelle les dirigeants de Twitter se sont toujours opposés jusqu'ici dans un souci de transparence pour préserver la spontanéité et l'intégrité de la plateforme face au fléau de la désinformation. 

Le milliardaire a aussi listé parmi ses priorités la lutte contre les arnaques et les spams, fléau matérialisé par la prolifération des "spamsbots", des comptes automatisés qui font la promotion d'escroqueries, très actifs dans le milieu des cryptomonnaies, notamment, où de nombreux faux comptes se font d'ailleurs passer pour Elon Musk lui-même. Pour ce faire, le nouveau propriétaire de Twitter semble vouloir faciliter la certification des comptes des utilisateurs humains, dont la procédure a été très critiquée pour son opacité ces dernières années.

Un mauvais signal pour la démocratie ?

En mettant la main sur Twitter, Elon Musk s'offre une arme de communication sans équivalent pour influer sur le terrain médiatique. Sa prise de pouvoir a d'ailleurs été saluée par de nombreuses figures de l'extrême-droite, aux États-Unis comme en France, où certains y voient le prélude à un retour sur Twitter des indésirables qui ont migré vers leurs propres plateformes - même si Donald Trump a fait savoir qu'il souhaitait tout de même privilégier son propre réseau social - voire la constitution d'un terrain favorable aux idées de l'alt-right américaine en vue des prochaines élections. 

"Reste à savoir quelle sera la position d'Elon Musk à l'international ?", s'interroge Tristan Mendès-France. "Cette liberté d'expression à l'américaine peut éventuellement être infléchie sur le sol américain mais quid d'une plateforme mondialisée soumise à des législations nationales ? Et quelle va être la position d'Elon Musk si on assiste à la duplication de la séquence vécue en 2020-2021 avec Donald Trump lors de la prochaine élection américaine ? Il risque d'être dans une position extrêmement délicate".

Plus largement, le rachat de Twitter par Elon Musk signifie que "deux milliardaires contrôleront bientôt quatre des principales plateformes sociales de la planète", a expliqué sur Twitter le professeur américain Ethan Zuckerman, spécialiste des réseaux sociaux. "Mark Zuckerberg a un droit de veto fonctionnel sur une grande partie des décisions de Facebook, WhatsApp et Instagram. Un Twitter privé donnera probablement à Elon Musk un pouvoir similaire", selon lui. La sociologue Shoshana Zuboff, auteure de L'âge d'or du capitalisme de surveillance, voit pour sa part dans cette prise de contrôle de Twitter par une personnalité comme Elon Musk "un monopole incompatible avec la démocratie" car il n'y aurait pas, selon elle, de contrepoids interne ou externe susceptible de freiner le pouvoir énorme conféré par la propriété d'un média social à même d'influencer l'opinion publique et les comportements du monde réel.

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