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"On va faire payer les plus fragiles" : faut-il moins rembourser les patients qui dépassent 50 boîtes de médicaments ou 25 consultations médicales par an ?

Le Premier ministre a proposé de faire des économies dans le domaine de la santé en réduisant le remboursement des médicaments pour ceux qu'il qualifie de gros consommateurs de soins. Une proposition rapidement décriée à la fois par les patients et par les professionnels de santé.

Médecin auscultant une patiente.

Crédit : Odilon Dimier/AltoPress/Maxppp

Santé : Sébastien Lecornu veut réduire les remboursements pour les gros consommateurs de soins

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Agathe Landais & Laurène Rocheteau & Flora Granchette

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Des médicaments bientôt moins remboursés pour les patients réguliers ? Dans une interview donnée à Paris Match, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, propose de faire des économies dans le secteur de la santé en réduisant les remboursements pour ceux qu'il appelle les gros consommateurs de soins. Concrètement, le Premier ministre voudrait demander un effort à ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments par an, ou bien qui consultent leur médecin plus de 25 fois dans l'année, avec l'idée de lutter contre la surconsommation de soins. 

Cette proposition n'a pas tardé à faire réagir, aussi bien chez les patients potentiellement concernés que chez les professionnels de santé. "On va très rarement par plaisir voir son médecin", rappelle sur RTL le Dr Jérôme Marty, président du syndicat Union française pour une médecine libre, pour qui cette proposition est plutôt symptomatique d'une "politique en mal de résultats". 

"Faire payer les gens qui sont malades, comme si la maladie n'était pas déjà une sentence... On va faire payer les plus fragiles pour qu'encore une fois, ils viennent au secours du déficit de l'Assurance maladie", dénonce-t-il. "Ce n'est pas ça qui va véritable guérir" le déficit qui s'élève aujourd'hui "entre 15 et 20 milliards" d'euros, estime le médecin. Au contraire, il craint une "erreur politique majeure" si le gouvernement venait en effet à "aller taper sur les plus fragiles". 

Des soins déjà à la charge des patients

Véronique, habitante de Saumur atteinte de la maladie de Parkinson, s'offusque des propos du Premier ministre. "C'est quand même scandaleux de dire ça. Je fais beaucoup de spécialistes et de salles d'attente, et je peux vous assurer que des gens qui vont pour le plaisir chez le médecin, je n'en connais pas beaucoup." Cette ancienne infirmière, veuve depuis deux ans, dépend énormément des remboursements pour les médicaments qui constituent son traitement. Elle est aujourd'hui porteuse d'une pompe Scyvoa, qui lui permet de recevoir des injections pour sa maladie. "Avec un produit, il n'y a que 7 flacons dans la boîte, sauf qu'il en faut 14 par semaine", explique-t-elle. 

À écouter

Les patients inquiets et en colère après la proposition de Sébastien Lecornu sur les remboursements pour les gros consommateurs de soins

00:01:31

À ce traitement s'ajoutent d'autres soins nécessaires pour combattre sa maladie : des rendez-vous chez le kiné, l'orthophoniste, la neurologue, ainsi que du matériel qui n'est pas pris en charge mais indispensable pour ses soins : des compresses, de l'alcool, des pansements... Cette patiente doit déjà débourser 30 à 40 euros de sa poche par mois pour des frais de santé, et trouve indécente la proposition du Premier ministre de demander une participation en plus aux malades. 

Engager la responsabilité des médecins ?

D'autres patients disent comprendre la proposition du Premier ministre, mais ne sont pas entièrement d'accord sur la façon de l'appliquer. Cédric, habitant de Montluçon, préférerait que l'attention soit d'abord portée sur les personnes qui "font un stock de médicaments" chez le médecin. "On m'en demande, des fois, 'Si tu as une petite boîte de Dafalgan d'avance...' Même dans la famille." 

Pour Laurence, aide-soignant en Loire-Atlantique, il faut engager la responsabilité des professionnels de santé avant celle des patients : "À ce moment-là, il faut taper sur les doigts du médecin qui donnerait trop de médicaments (...)  Les laboratoires qui sont très élevés, leurs prix sont très élevés, qu'ils revoient cette copie-là à ce moment-là aussi", déclare-t-elle. Elle propose même de s'inspirer du modèle britannique pour lutter contre la surconsommation de médicaments du quotidien : "On donne exactement le nombre de médicaments qu'il faut. On retourne à la pharmacie et on reprend ce qu'il nous faut. Là, il y aura moins de déchets. Il y a beaucoup de surconsommation, mais c'est à ce niveau-là. Vous avez par exemple un traitement de 10 jours, mais vous avez une boîte de 30."

Les patients dénoncent aujourd'hui une forme de culpabilisation face à la proposition du Premier ministre. Le gouvernement pourrait relever le plafond qui limite la facture sur les franchises médicales, ce que l'on appelle le reste à charge, qui est pour l'instant fixé à 50 euros. Une éventualité qui fait culpabiliser Jeannine, atteinte d'un cancer : "Est-ce que je dois mourir et ne pas payer de cotisation, de petite participation à la Sécurité sociale ? Ou continuer à vivre, et aider la Sécurité sociale ?" déplore la patiente. 

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