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Ne tentez pas de tout contrôler, voici 5 exercices pour lâcher prise : la méthode du bonheur du psychiatre Christophe André

Quand faut-il lâcher prise, et quand faut-il au contraire continuer à agir ? Christophe André, médecin psychiatre, livre son analyse sur l'acceptation, une attitude mentale qui permet de mieux gérer le stress, les imprévus et les limites du quotidien. À partir d'exemples très concrets, il propose plusieurs exercices pour apprendre à "dire oui au réel" sans tomber ni dans la résignation ni dans la passivité.

La méthode du bonheur

Christophe André - édité par La rédaction numérique de RTL

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La psychologie est souvent une question d'équilibre. Le lâcher-prise en est une bonne illustration : il est parfois nécessaire pour éviter l'épuisement, l'aveuglement ou les erreurs, mais il est parfois tout aussi nécessaire de se battre et de s'accrocher. Toute la difficulté consiste à placer le curseur au bon endroit et à cultiver une capacité d'acceptation lucide face aux difficultés de la vie.

Avoir le contrôle sur une situation, ou simplement croire qu'on l'a, diminue fortement le niveau de stress. Les travaux de psychologie du contrôle le montrent depuis longtemps. Chez l'animal comme chez l'humain, le simple fait de savoir qu'une action est possible suffit souvent à apaiser. Ce n'est donc pas seulement exercer le contrôle qui fait du bien, c'est aussi savoir qu'on pourrait l'exercer. Savoir qu'on a du pouvoir, même si on ne l'utilise pas, rassure et aide à mieux se concentrer.

Mais ce besoin de contrôle peut vite déraper. Chez les personnes anxieuses, la tentation est grande de basculer dans l'hypercontrôle : vouloir tout anticiper, tout verrouiller, tout maîtriser. Cela peut prendre la forme d'appels répétés à ses proches, de vérifications incessantes avant un départ, ou encore du perfectionnisme. Dans ce cas, toute démarche devrait être accomplie sans défaut, ce qui est le plus souvent impossible, et quand cela devient possible, c'est épuisant pour soi comme pour les autres.

La méthode du bonheur de Christophe André

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Lâcher prise sans renoncer à agir

Cette tentation de l'hypercontrôle explique pourquoi il est si important de savoir lâcher prise. Dans une tâche professionnelle compliquée ou une longue session de bricolage, cela peut consister à reconnaître qu'on commence à fatiguer et à décider de s'arrêter avant les erreurs, l'épuisement ou l'énervement. Cela paraît logique, mais en pratique, on continue souvent parce qu'on veut finir, parce qu'on pense manquer de temps, ou parce qu'on refuse de voir la baisse de ses performances. Le piège est souvent psychologique : interrompre une action demande de l'énergie, de la lucidité et une remise en question.

Le lâcher-prise ne signifie jamais renoncer à agir. Il s'agit plutôt de garder assez de recul pour aller vers l'action juste et adaptée. Cette compétence psychologique est si importante qu'elle peut devenir le socle d'une philosophie de vie fondée sur la lucidité, la flexibilité et l'adaptation au réel. C'est cela, l'acceptation.

L'acceptation ne remplace pas l'action. Elle en est le préalable. Avant d'agir, il faut reconnaître la situation telle qu'elle est, l'observer sans les distorsions de la colère, de la peur ou du découragement, puis décider calmement quoi faire. Les recherches montrent que cette attitude mentale conduit à moins d'émotions négatives et à moins de réactions physiques de stress face à l'adversité.

Dire oui au réel

Avec l'âge, cette capacité semble souvent progresser. Les chercheurs y voient moins une usure émotionnelle qu'une forme de sagesse existentielle. Mais mieux vaut ne pas attendre de vieillir pour la cultiver. Voici quelques conseils pour la pratiquer au quotidien.

Premier exercice : considérez les adversités comme faisant partie de la vie. Un pneu qui crève avant un rendez-vous urgent, une grève de train le jour du départ en vacances : tant que ces imprévus sont vécus comme des injustices ou des scandales, on reste dans la non-acceptation. On s'en rapproche quand on se dit : "Ça m'emmerde, mais que puis-je faire qui soit utile maintenant, concrètement, à cet instant ?"

Deuxième exercice : acceptez qu'il existe des choses qui dépendent de vous et d'autres non. C'est l'un des piliers de la philosophie d'Epictète. Dépendent de nous nos jugements, nos impulsions, nos désirs. Ne dépendent pas de nous la santé, les biens matériels ou l'opinion des autres. Vouloir contrôler ce qui nous échappe conduit à l'inquiétude et à la tristesse.

Troisième exercice : acceptez vos limites. Osez faire trois aveux simples et libérateurs : "Je ne sais pas", "Je me suis trompé", "Je ne comprends pas". Ces phrases font peur parce qu'on redoute d'être mal jugé. Pourtant, personne ne sait tout, ne comprend tout et ne réussit tout du premier coup. Assumer ses limites allège la vie, aide à apprendre et évite de passer son temps à faire semblant.

Quatrième exercice : apprenez les rapports entre acceptation et estime de soi. La bonne estime de soi n'est pas la toute-puissance. Elle consiste à assumer ses limites sans honte, à connaître ses qualités sans les remettre en cause à chaque échec, et à porter sur soi un regard large et bienveillant. L'acceptation de ses limites peut même donner de la force : si elles sont reconnues, il n'y a plus la peur constante d'être démasqué.

Cinquième exercice : ne confondez pas acceptation et approbation. Accepter une injustice, une incivilité ou une pollution, ce n'est pas dire que c'est bien. C'est reconnaître que cela existe, ici et maintenant, sans pour autant le valider. L'acceptation est ce temps de lucidité, de recul et de réflexion qui évite la rage stérile et l'action inefficace.

"Donne-moi la sérénité d'accepter ce que je ne peux pas changer"

Face à ce qui va mal, l'acceptation peut se résumer en trois mouvements : bien regarder ce qui se passe, rester calme, taper juste. Le monde ne va pas toujours dans le sens qui nous convient. Même si nous aimons la fleur, elle se fane ; même si nous n'aimons pas l'ortie, elle pousse. Il faut donc garder son calme et agir dans le bon sens.

Une formule résume cette sagesse, souvent présentée comme "la prière de sérénité" dans le monde du développement personnel. On l'attribue parfois à Epictète ou d'autres philosophes, mais en réalité, elle est due au théologien américain Reinhold Niebuhr : "Mon Dieu, donne-moi la sérénité d'accepter ce que je ne peux pas changer, le courage de changer les choses qui peuvent l'être et la sagesse de faire la différence entre les deux." Sérénité, courage et sagesse : trois vertus précieuses que l'acceptation permet de cultiver.

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