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4 min de lecture
Des champignons (illustration)
Crédit : Unsplash / Annie Spratt
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Il y a deux ans, son application permettant de dénicher les meilleurs coins à champignons faisait déjà grincer des dents en France. Depuis, le Français Jordan Monnot a exporté son concept dans plusieurs pays européens. Avec 500.000 utilisateurs revendiqués, le succès est au rendez-vous. Les insultes aussi. "Je pensais que c'était très franco-français de pester comme ça. Au final, en Europe, c'est partout la même chose", confie-t-il à RTL.
Quand nous l'avions interrogé il y a près de deux ans, il faisait déjà face à la colère d'une partie des cueilleurs français. Son application Chasseurs de champignons met à disposition des cartes qui aident à repérer les zones les plus favorables à la pousse des cèpes, morilles ou encore des girolles. Une manière de faciliter la prospection qui bouscule une tradition où les bons coins se transmettent de bouche-à-oreille avec parcimonie.
Depuis, le projet a largement dépassé les frontières françaises. Allemagne, Italie, Autriche, Espagne, Belgique ou encore Suisse... L'entrepreneur revendique désormais une présence dans plusieurs pays européens et commence également à développer son service aux États-Unis. Selon son fondateur, l'application compte aujourd'hui près de 500.000 utilisateurs en Europe, dont 60% en dehors de la France.
En Italie, les réactions sont encore plus virulentes
Jordan Monnot
En s'exportant, Jordan Monnot pensait surtout dupliquer une technologie qui avait fait ses preuves. Il a découvert qu'il pouvait également exporter la polémique qui l'accompagnait. "On se retrouve exactement dans le même genre de situation que quand j'ai commencé à développer le projet en France", raconte-t-il. Sur les réseaux sociaux ou par mail, certains internautes lui reprochent de dénaturer la cueillette en introduisant la technologie dans une pratique associée à la connaissance du terrain et à la transmission.
Les critiques sont particulièrement virulentes en Italie. "Le cèpe, c'est vraiment le champignon roi", explique l'entrepreneur. Certains messages reçus sont même insultants. "À ce rythme, je pense que je vais finir par être le plus détesté des cueilleurs de champignons d'Europe", plaisante-t-il.
Derrière les insultes se retrouve surtout le même reproche : son outil permettrait à des débutants d'acquérir beaucoup plus rapidement une partie des connaissances qu'un cueilleur expérimenté a parfois mis des décennies à développer.
"C'est un peu mettre dans les mains d'un débutant les connaissances en accéléré et des indications rapides pour avoir la même agilité que quelqu'un qui fait ça depuis 30 ans", résume-t-il.
L'opposition au projet dépasse parfois la simple critique. Jordan Monnot raconte que certains internautes ont cherché des informations sur son entreprise, ou tenté de déterminer où il habitait. "Ils vont voir dans les conditions où est localisée la boîte. Notre siège social est à Paris et ils vont dire : 'Ce petit Parisien [...] qui vient déglinguer la nature'", raconte-t-il.
Après plusieurs années à recevoir des messages hostiles, le fondateur dit avoir pris ses distances avec ces réactions. "Les premières années, j'ai pensé arrêter plusieurs fois à cause de ça", reconnaît-il. Désormais, il l'assure : "Cela ne m'affecte plus du tout".
L'application ne fournit pas les coordonnées GPS d'un cèpe prêt à être ramassé. Son fonctionnement repose sur l'analyse de données publiques concernant notamment les sols, la végétation, le relief ou encore l'exposition des terrains, complétées par des données satellitaires. Le principe consiste ensuite à réduire considérablement la zone dans laquelle le cueilleur doit chercher. "Imaginez un carré de 10 sur 10. Plutôt que de prospecter chacun des 100 blocs, nous allons vous dire : prospectez plutôt ces 15 blocs-là", explique l'entrepreneur.
Pour passer d'un pays à l'autre, l'entreprise affirme pouvoir conserver les mêmes modèles analytiques. Ce sont surtout les données disponibles et les espèces recherchées qui changent. "En France, ça va être la morille au printemps, le cèpe et la girolle à l'automne. En Italie, c'est vraiment le cèpe. En Allemagne, c'est cèpe et girolle. Aux États-Unis, c'est vraiment la morille", détaille-t-il.
Au-delà de la polémique, le développement de l'application permet aussi d'adapter les recherches aux conditions météorologiques. Lors d'une période sèche, par exemple, les secteurs habituellement favorables ne sont pas nécessairement les plus intéressants. "Par temps très sec, on va plutôt prendre une zone nord parce qu'elle sera moins exposée. Elle sera toujours assez chauffée, mais elle gardera de l'humidité", explique Jordan Monnot. La proximité d'un cours d'eau peut également rendre une zone plus intéressante lorsque les précipitations se font rares.
Ces variations pourraient prendre davantage d'importance avec le changement climatique. Les données accumulées pourraient d'ailleurs dépasser un jour le seul cadre de la cueillette. Jordan Monnot se dit prêt à collaborer avec des chercheurs pour exploiter les données recueillies, au-delà du seul champ des champignons.
Pour l'heure, son objectif reste commercial : consolider sa présence en Europe et poursuivre son implantation aux États-Unis. Avec l'ambition de transformer ce projet français de niche en outil mondial de recherche de champignons et manifestement exporter avec lui une querelle qui ne connaît pas de frontières.
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