3 min de lecture

Alerte sur le lait infantile : l'association pour la santé des enfants dénonce le silence des autorités face à un rappel "jamais vu"

Deux enquêtes judiciaires ont été ouvertes à Angers et à Bordeaux après la mort suspecte de deux nourrissons ayant consommé du lait infantile Guigoz, dont certains lots ont été rappelés par Nestlé pour des suspicions de contamination bactérienne. Si aucun lien de causalité n’est à ce stade établi, la piste est examinée par la justice, dans un contexte de rappels massifs et d’inquiétude croissante des parents.

Une mère tenant la main de son bébé (illustration)

Crédit : Unsplash/Aditya Romansa

Lait infantile : Quentin Guillemain est l'invité de Jérôme Florin

00:06:20

Mathilde Piqué & Jérôme Florin - édité par Yasmine Boutaba

Je m'abonne à la newsletter « Infos »

Deux enquêtes judiciaires ont été ouvertes à Angers et à Bordeaux après la mort suspecte de deux nourrissons ayant consommé du lait infantile Guigoz. Une première enquête a été ouverte à Angers après la mort, le 23 décembre dernier, d’une petite fille âgée de 27 jours. Deux jours auparavant, la mère du nourrisson a indiqué aux enquêteurs que son bébé avait consommé une boîte de lait faisant partie des lots rappelés. 

Le parquet s’interroge désormais sur un éventuel lien entre la consommation de ce lait infantile et le décès. Une enquête similaire a été ouverte à Bordeaux après la mort d’un nourrisson début janvier. Dans les deux affaires, les investigations portent sur une possible contamination par une même toxine, susceptible de provoquer de graves troubles digestifs chez les nouveau-nés.

Un lien de causalité difficile à établir à ce stade

Selon le procureur d’Angers, il est pour l’heure trop tôt pour affirmer l’existence d’un lien direct entre les décès et la consommation du lait infantile. Des examens complémentaires sont en cours, menés en lien avec un laboratoire français, sans exclure des analyses à l’étranger. Les autorités judiciaires espèrent obtenir de nouveaux résultats dans les prochains jours.

Pour Quentin Guillemain, président de l’Association pour la santé des enfants, invité de RTL Matin, la difficulté réside dans l’impossibilité scientifique actuelle de détecter la toxine suspectée dans l’organisme des nourrissons. "On ne sait pas faire aujourd’hui", a-t-il expliqué. "C’est impossible de faire de lien de cause à effet puisque les scientifiques disent qu’on ne peut pas trouver cette toxine dans le corps des enfants. Les scientifiques le disent. Du moins ce sera difficile".

À écouter aussi

La toxine en question est la céréulide, produite par une bactérie dans certaines conditions industrielles. Elle peut provoquer diarrhées et vomissements sévères chez les nourrissons et peut contaminer l’ensemble de la chaîne de production, des usines jusqu’aux produits finis. "Cette contamination potentielle inquiète d’autant plus qu’elle concerne des laits infantiles, des produits consommés quotidiennement par des millions d’enfants" a-t-il ajouté.

"Une communication très minime, voire absente" des autorités sanitaires

Quentin Guillemain, dont la fille avait été contaminée à l’âge de trois mois lors du scandale des salmonelles impliquant Lactalis, a dressé un constat alarmant. "On fait face à un rappel qu’on n’a jamais vu pour ce type de produits. Aujourd’hui, plus de 800 marques sont rappelées dans le monde, des millions d’enfants ont consommé ces produits. Deux morts en France, on peut certainement en craindre d’autres".

Il a également évoqué une inquiétude massive des parents, confrontés à des rappels successifs de marques différentes. "Certains pensaient être soulagés après un premier rappel, avant de découvrir, trois semaines plus tard, qu’une deuxième marque était concernée" a-t-il souligné.

L’association a pointé une communication "très minime, voire quasiment absente" de la part des autorités sanitaires. "On a l’impression qu’il n’y a pas de sujet. La seule communication récente a consisté à dire qu’il n’y avait pas de lien, alors qu’il y a aujourd’hui deux morts et des parents qui nous signalent des symptômes chez leurs enfants", a déploré Quentin Guillemain. 

Engagé depuis 2017, après le scandale des salmonelles, il a estimé que la situation ne s’était pas améliorée, bien au contraire. "Les entreprises ne sont pas capables de faire les tests. C’est gravissime. C'est presque de l'homicide volontaire" a-t-il affirmé, évoquant la possibilité d’un dépôt de plainte, qu’il considère comme "la seule solution".

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info