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"Un Noël des ouvriers et des employés" : Gérald Darmanin érige le 1er-Mai en ligne rouge, à contre-courant de son camp

Le ministre de la Justice a fait du 1er-Mai un symbole de l'histoire sociale française et s'est démarqué d'une partie de la majorité, favorable à une ouverture plus large du travail ce jour férié. Une sortie remarquée alors que le gouvernement tente de refermer une séquence politiquement sensible.

Gérald Darmanin en septembre 2024.

Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP

Jérémy Descours & AFP

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À rebours d'une partie de la majorité, Gérald Darmanin s'est imposé comme l'un des principaux défenseurs du caractère chômé du 1er-Mai. Dans un long message publié ce mercredi 29 avril sur X, le ministre de la Justice assume une position très marquée au moment où le gouvernement tente encore de sortir d'un feuilleton politique explosif autour du travail ce jour férié.

"Le 1er mai n'est pas n'importe quelle date dans notre histoire de France, notamment dans notre histoire sociale", écrit le Garde des Sceaux. En invoquant ses racines dans le Nord, l'ancien maire de Tourcoing inscrit son propos dans la mémoire ouvrière. 

Il rappelle notamment le drame de Fourmies, où neuf manifestants furent tués à la fin du XIXe siècle, symbole des luttes sociales : "Le 1er mai, c'est le jour de la commémoration des combats ouvriers où, à la fin du 19ème siècle, 9 manifestants sont morts pour l'amélioration de leurs conditions sociales à Fourmies". Et d'ajouter : "Respecter le 1er mai, c'est respecter les travailleurs, leurs combats et leurs histoires".

"C'est ne pas respecter notre histoire sociale et nationale"

Gérald Darmanin rejette également toute banalisation économique de cette journée, qu'il érige en moment à part dans la vie nationale. "Ne pas travailler le 1er mai n'est donc pas dépassé. C'est un moment de repos, en dehors de la frénésie du monde, pour, en famille, en société, chérir la mémoire des humbles qui se sont battus pour une vie meilleure. Parfois contre l'argent-roi", poursuit-il. 

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Et pousse la symbolique plus loin encore : "Le 1er mai est, pour la France dans ses profondeurs, un Noël des ouvriers et des employés". Si Gérald Darmanin ne s'oppose pas frontalement au compromis actuel du gouvernement, limité aux boulangers et fleuristes, il met cependant en garde contre toute extension.

"Que certains artisans-commerçants puissent travailler le 1er mai au matin, c'est entendu. (..) Mais que le débat se déporte sur l'ouverture de tous les magasins, de toutes les autres activités économiques et commerciales, c'est ne pas respecter notre histoire sociale et nationale".

Le ministre du Travail fait appel à "l'intelligence collective"

Par cette sortie, le ministre de la Justice se distingue clairement d'autres figures de son camp, au premier rang desquelles Gabriel Attal. L'ancien Premier ministre avait en effet soutenu une proposition de loi bien plus large, visant à étendre le travail le 1er-Mai à de nombreux secteurs. Un texte finalement abandonné sous la pression des syndicats et face aux menaces de censure de la gauche.

Questionné par l'AFP, Darmanin revendique, lui, une autre tradition politique : "Il y a ceux qui sont très à gauche qui manifestent, et il faut les respecter. Et puis il y a ceux qui sont plus à droite, les droites sociales, comme moi, qui sont quand même très attachés à cette tradition ouvrière et industrielle".

Pris dans ces tensions, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a tenté d'apaiser le jeu. Ce mercredi, depuis l'Assemblée nationale, il a assuré n'avoir donné "aucune instruction" aux inspecteurs du travail pour ne pas sanctionner les boulangers et fleuristes qui feront travailler leurs salariés ce 1er-Mai, tout en faisant appel à "l'intelligence collective" avant le vote d'une nouvelle loi.

Pour rappel, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait indiqué mi-avril que les services de l'État recevraient "des instructions pour que les artisans de ces deux secteurs ne souffrent d'aucune conséquence d'une ouverture le 1er mai 2026 dans les règles fixées par la future loi".

Le rétropédalage du gouvernement

Ce nouvel épisode vient clore - provisoirement - plusieurs semaines de flottement au sommet de l'État. Initialement, l'exécutif avait envisagé une ouverture plus large du travail le 1er-Mai, avant de reculer sous la pression conjointe des syndicats et de la gauche, dont dépend en partie la stabilité du gouvernement depuis la dissolution de l'Assemblée nationale et les nouvelles élections. 

Sébastien Lecornu a finalement opté pour une solution intermédiaire: autoriser uniquement les boulangers et fleuristes à ouvrir, sur la base du volontariat et avec une rémunération doublée, en promettant parallèlement un futur cadre légal.

Mais ce recul a laissé des traces. Au sein même de la majorité, les critiques ont fusé, certains dénonçant des "capitulations" ou un manque de cap politique. Nul doute que le dossier reviendra très vite sur la table... sans doute dès l'année prochaine. 

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