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"On nous pisse dessus" : les députés macronistes ulcérés contre Sébastien Lecornu, après son rétropédalage sur le 1er-Mai

Lors d'une réunion du groupe Ensemble pour la République ce mardi 14 avril, plusieurs députés macronistes ont exprimé de vives critiques à l'encontre du gouvernement qui a rétropédalé sur la proposition de loi sur le travail le 1er-Mai. Des élus vont même jusqu'à remettre en question leur soutien auprès de l'exécutif.

Sébastien Lecornu, sur le perron de l'Élysée, le 28 janvier 2026

Crédit : Bastien Ohier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Pauline Théveniaud & Marie-Pierre Haddad

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Au bord de la rupture. La réunion de groupe des députés macronistes, au lendemain de la reculade de Sébastien Lecornu sur la proposition de loi sur le travail le 1er-Mai a tourné aux règlements de compte entre les macronistes et l'exécutif. Une situation de tensions inédite depuis l'arrivée de  Sébastien Lecornu à Matignon. 

Les syndicats ont salué le retrait de cette proposition de loi, le Parti socialiste et la gauche ont retiré leur menace de censure du gouvernement et le Premier ministre a esquivé une nouvelle fois un départ précipité de Matignon. Cependant, ce rétropédalage a fragilisé les relations avec Gabriel Attal et le groupe de députés Ensemble pour la République. Jusqu'à remettre en cause la confiance accordée au gouvernement par certains députés.

"On passe pour des cons finis"

L'annonce du ministre du Travail qui s'était pourtant dit "favorable" à cette proposition de loi a fait grincer des dents. Au sein du groupe EPR, la réunion de groupe de ce mardi 14 avril a été le déversoir de l'amertume de certains députés. "C'était chaud", décrit un participant à RTL. L'élu macroniste Karl Olive y a partagé son sentiment, comme le rapporte à RTL un des participants : "On nous pisse dessus (...) On passe pour des jambons", a-t-il dit. Et d'ajouter : "On passe pour des cons finis, je me demande ce que je fous là". 

Un autre député a quant à lui menacé de ne pas voter le budget à venir. "Je ne suivrai pas un gouvernement qui n'a pas de courage", a-t-il lancé lors de cette réunion a appris RTL. Le député des Deux-Sèvres, Jean-Marie Fievet, s'interroge sur son soutien à l'exécutif. "Je me demande pourquoi je soutiens le gouv aujourd'hui. Un gouv sans courage n’a aucune raison d’exister", a-t-il déclaré à son groupe. Un autre député, Denis Masseglia, abonde : "Je ne suivrai pas un gouvernement qui n'a pas de courage", nous rapporte-t-on. 

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Présent lors de cette réunion, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a tenté d'effectuer le service après-vente. "Je n’ai pas perçu à quel point leur réaction (celle des syndicats, ndlr) serait vive et que l’extension au delà des boulangeries et fleuristes marquerait une cristallisation", a-t-il reconnu tout en appuyant sur le fait que "dès le vendredi après-midi, le Premier ministre a dit qu'il ne passerait en force". "Farandou a pris pour Lecornu", résume un député EPR à RTL.

"C'est trop tard, il faut négocier avant", a critiqué Yaël Braun-Pivet

Invitée de RTL ce mardi 14 avril, la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a dénoncé la méthode employée par l'exécutif. "Cette question du 1er-Mai, de permettre à nos boulangers, nos fleuristes de travailler, est sur la table depuis plus d'un an (...) Les gouvernements précédents avaient pris des engagements de discussion, et il ne s'est rien passé", a-t-elle dénoncé sur RTL.  

Ce texte, voté au Sénat, "est revenu à l'Assemblée nationale en janvier 2026, donc ce n'est pas comme si ça arrivait aujourd'hui", a-t-elle rappelé. "Le résultat, quand ça arrive dans l'hémicycle, patatras, ça ne se passe pas bien et on se met à négocier le vendredi soir. Mais c'est trop tard, il faut négocier avant, il faut écouter le Parlement, il faut écouter les organisations syndicales", a-t-elle critiqué. La présidente de l'Assemblée nationale a estimé que cet échec "est symptomatique de ce qui se passe dans notre pays : on ne discute pas, on ne dialogue pas et on arrive à ce résultat-là". 

Au sein du gouvernement, un conseiller invite à l'apaisement. "Il faut que tout le monde laisse reposer", appelle-t-il. Mais un autre conseiller ne peut s'empêcher de souligner que cet imbroglio a débuté avec le rejet tactique opéré par les députés Ensemble pour la République en commission. Cette technique utilisée à l'Assemblée donnait la possibilité au gouvernement d'éviter le débat en hémicycle. "Il ne faut pas sous-estimer la violence de cette motion de rejet préalable. Cela a privé tout le monde de débat", constate-t-il. "Pour des milliers de Français, le 1er-Mai est un acquis social. On ne revient pas sur un acquis social comme ça, mine de rien", ajoute-t-il auprès de RTL.

"Matignon a poussé pour le rejet tactique", affirme un proche d'Attal

Un argument vivement réfuté par un proche de Gabriel Attal. "Le ministre des Relations avec le Parlement ainsi que Matignon ont poussé à ce retrait tactique à l'Assemblée et maintenant, ils tirent le frein à main... Ils étaient associés et ils étaient au courant", se désole-t-il. Selon lui, la responsabilité de cet échec se trouve du côté du gouvernement qui "a une certaine fébrilité". "Il y a un vrai sujet de manque d'anticipation. Ils ne peuvent pas être en soutien et quand cela se corse, plier face aux syndicats", regrette-t-il auprès de RTL.fr. 

Illustration de la divergence entre Sébastien Lecornu et Gabriel Attal : la réaction de ce dernier postée sur X. Dans un long message, l'ancien Premier ministre "déplore évidemment" la décision du gouvernement qui "pénalise l'ensemble des artisans boulangers et fleuristes". "Pour sortir par le haut de cette situation, nous appelons le gouvernement à donner instruction aux administrations et aux inspections concernées de ne pas sanctionner les artisans qui feront le choix d’ouvrir le 1er-Mai prochain", a-t-il demandé.

Gabriel Attal ne s'est pas rendu à la réunion du 13 avril avec les cadres du bloc central, selon des informations de Politico. Si le patron des députés EPR a prévenu de son absence, un des interlocuteurs de la newsletter politique voit un lien entre l'affaire du 1er-Mai et cette absence. "Attal a déconné", estimait-il.

À gauche, on ne rate pas une miette de ce rétropédalage. Au micro de RTL, le député socialiste Philippe Brun a comparé les tactiques de Gabriel Attal à l'Assemblée à un "putsch discount de la macronie". "Nous attendons que Gabriel Attal se comporte comme un président de groupe et pas en clown et en enfant capricieux avec son jouet, car pour lui, ce n'est qu'un jouet", cingle-t-il.

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