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L'équipe d'Iran à l'entraînement à la veille de leur entrée en lice à la Coupe du monde contre la Nouvelle-Zélande à Los Angeles, le 14 juin 2026.
Crédit : Patrick T. Fallon / AFP
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C'est sous haute surveillance que va se dérouler le match entre l'Iran et la Nouvelle-Zélande à la Coupe du monde mardi 16 juin (3h à Paris), car l'importante communauté iranienne de Los Angeles compte profiter de la présence en ville de la Team Melli pour redire bruyamment son hostilité au gouvernement de la République islamique, en marge de l'entrée en lice de l'équipe nationale.
Après quatre mois de conflit au Moyen-Orient, un accord a été annoncé avec les États-Unis dimanche entre toutes les parties pour mettre fin aux hostilités. Cette percée diplomatique enlève certainement un peu de pression sur les organisateurs du Mondial et sur la sélection iranienne, après des semaines à se perdre en conjectures sur la possibilité pour elle de venir sur le sol américain.
Mais pas sûr du tout que cet accord appelant à l'apaisement calme totalement les nombreux membres de la diaspora locale - Los Angeles est surnommé "Tehrangeles" - qui ont ces derniers mois prouvé leur capacité à se mobiliser contre le régime iranien. Des appels à manifester lundi aux abords du SoFi Stadium, ce stade ultra-moderne de 70.000 places ont de nouveau été lancés, alors que la sélection est vue comme un instrument de propagande de la République islamique.
Une sensation encore renforcée depuis l'éviction de l'attaquant star Sardar Azmoun l'an dernier (passé par le Zénith Saint-Pétersbourg, Leverkusen et la Roma), vu comme un traître par le pouvoir depuis qu'il s'est affiché sur les réseaux sociaux aux côtés de l'émir de Dubaï et Premier ministre des Émirats arabes unis, pays allié des États-Unis. En vérité, cet homme est également président du club phare de Dubaï, le Shabab Al-Ahli, où évolue le joueur depuis deux ans, mais ce dernier a aussi payé ses prises de position passées, notamment en faveur du mouvement "Femme, vie, liberté" consécutif à la mort de l'étudiante Mahsa Amini, assassinée par la milice des Gardiens de la Révolution en 2022.
"Tout le monde peut avoir sa propre opinion, mais nous sommes là pour le football, pas la politique", a déclaré dimanche l'autre offensif vedette de la Team Melli, Mehdi Taremi, bien présent lui au Mondial, lors d'une conférence de presse peu de temps après l'arrivée des Iraniens aux États-Unis. Quelques minutes plus tôt, ils avaient débarqués en Californie depuis Tijuana, la ville mexicaine où ils ont été contraint d'établir leur camp de base.
Depuis le lancement des opérations le 28 février, on spéculait sur leur participation à la Coupe du monde, qui semblait mal embarquée au vu du contexte. Finalement, ni les Émirats arabes unis, la meilleure nation des non qualifiés en Asie, ni l'Italie, qui aurait bien fait valoir sa place au classement Fifa pour récupérer l'accessit, n'ont été conviés en remplacement, bien que l'administration Trump ait tenté d'interférer. Désireux de s'ériger comme un décideur de premier plan, Gianni Infantino - le patron de l'instance mondiale, pourtant grand ami du président américain - a assuré depuis mars que l'équipe d'Iran serait bien là et suivrait le calendrier établi début décembre après le tirage au sort, avec trois matchs aux États-Unis.
À cette époque, les frappes américano-israéliennes n'avaient pas encore plu sur la République islamique, où se profilait une répression mortelle de manifestations pour la liberté et un changement de régime, dans un pays alors dirigé par le guide suprême Ali Khamenei, tué au début de la guerre. Mais la tension diplomatique était déjà au plus haut, si bien que les dirigeants de la Fédération iranienne avaient menacé de boycotter la cérémonie du tirage au sort où Donald Trump a reçu le Prix de la paix de la Fifa, avant de se raviser une fois les visas obtenus.
Cette question des visas a ensuite perturbé la préparation des internationaux iraniens, dont beaucoup ont subi l'arrêt du championnat national en raison de la situation sur place. Jusque dans la dernière ligne droite et même si l'Iran a finalement pris ses quartiers au Mexique, plutôt qu'à Tuscon dans l'Arizona comme initialement prévu, Donald Trump s'est montré ambigu, soufflant le chaud et le froid sur leur venue.
Il a même été question de ne les laisser venir que quelques heures à Los Angeles, lieu de leurs deux premiers rendez-vous contre les Kiwis et la Belgique (dimanche 21h), ou à Seattle, où ils affronteront l'Égypte lors de la dernière journée (samedi 27 juin à 5h), le temps de jouer les matchs, mais sans y dormir. Un désavantage évident par rapport à leurs adversaires, libres de faire comme bon leur semble. Le tout, alors que certains des joueurs rassemblés à Antalya, en Turquie, pour répéter leurs gammes à l'abri en mars et à partir de fin mai, ont vu leurs maisons touchées par des frappes à l'instar du l'arrière droit Saleh Hardani. Idem pour le centre sportif Azadi, le stade où la Team Melli avait décroché son ticket pour sa septième Coupe du monde.
Malgré ces terribles péripéties, elle a bien atterri dimanche dans la cité des Anges peu après 13h pour se plier à ses obligations médiatiques à la veille de son match contre la Nouvelle-Zélande. Un passage rendu obligatoire par la Fifa, au cours de laquelle les demi-finalistes de la dernière Coupe d'Asie en 2023 ont annoncé qu'ils ne parleraient que de football. "Je sais qu'il y a une large diaspora à Los Angeles, je suis heureux qu'ils viennent nous voir, j'espère qu'ils vont prier pour nous, j'espère qu'ils vont nous encourager et j'espère qu'on les récompensera avec un bon match", a déclaré le sélectionneur Amir Ghalenoei. "Nous sommes là pour jouer au foot, avec respect pour les Iraniens au pays ou à l'étranger."
Certains protestataires pourraient aussi s'inviter à l'intérieur de l'enceinte et huer l'hymne iranien, comme au Qatar en 2022, laissant planer la menace de tensions sur la rencontre. Le ministre iranien des Sports, Ahmad Donyamali, a prévenu que l'Iran surveillerait particulièrement "drapeaux et slogans", menaçant de l'arrêt du match en cas de symboles hostiles.
Samedi, le président de la Fédération, Mehdi Taj, a rappelé qu'il était de la responsabilité de la Fifa de s'assurer que le drapeau actuel de l'Iran soit le seul visible dans les enceintes du Mondial, alors que celui d'avant la Révolution islamique, orné d'un lion et d'un soleil, pourrait être brandi par les partisans de la dynastie Pahlavi, renversée en 1979. Le règlement de la Fifa interdit tout accessoire de "nature politique" dans les stades. Mais son application a été à géométrie variable lors des précédents tournois et nul ne sait comment les opposants munis de billets seront traités.
La sélection pourra-t-elle produire son meilleur jeu dans ces conditions ? Sur le papier, elle a une chance de franchir pour la première fois de son histoire la phase de poules, en profitant du groupe le plus abordable de la compétition, où les huit meilleurs troisièmes seront qualifiés pour les matchs à élimination directe.
Ironie du sort, elle pourrait rapidement croiser la route de Team USA, dans un remake du match au stade de Gerland de Lyon en 1998, si les deux équipes terminent deuxièmes. À l'époque, elles avaient posé ensemble sur une photo, ce qui semble difficile à imaginer cette fois... Mais avant de se projeter sur cela, la 20e nation Fifa tient une belle occasion de briller contre la modeste Nouvelle-Zélande, toujours à la recherche d'un premier succès en Coupe du monde.
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