5 min de lecture
Sébastien Lecornu, le 10 avril 2026
Crédit : Ian LANGSDON / POOL / AFP
Je m'abonne à la newsletter « Politique »
Le gouvernement fait de nouveau face à ses vieux démons. Après plusieurs semaines marquées par une relative accalmie en matière de politique intérieure, l'exécutif est une nouvelle fois sous la menace d'une motion de censure. Comme lors du vote du budget, le Parti socialiste pourrait pousser le gouvernement vers la sortie. Le premier secrétaire du Parti socialiste l'a évoqué à propos de la proposition de loi sur le travail le 1er mai.
"Sur ce sujet-là, (...) il ne peut pas y avoir autre chose que la relance du dialogue social", a-t-il plaidé lors d'une interview sur France Inter et Le Monde le dimanche 12 avril. "À un moment, il faut aussi poser des limites", a estimé le député socialiste.
Au cœur de cette nouvelle bataille entre les députés socialistes et l'exécutif : le travail le 1er mai et une proposition de loi visant à élargir les règles de travail pour ce jour férié. Un coup politique à l'Assemblée a mis le feu aux poudres le 10 avril. Les défenseurs du texte ont voté une motion de rejet préalable du texte, une procédure tactique afin d'accélérer son examen.
En réponse, le groupe communiste a proposé aux autres groupes de gauche de déposer une motion de censure. Les Insoumis ont confirmé se joindre à l'initiative, mais ces deux groupes n'ont à eux seuls pas assez de députés signataires possibles pour en permettre le dépôt. Les regards se sont alors tournés du côté du Parti socialiste. Olivier Faure a indiqué avoir échangé avec le président du groupe communiste, Stéphane Peu, qui a ouvert la porte à une censure "si le dialogue social ne trouve pas sa place".
Cette censure pourrait se faire "avec l'ensemble des partis de gauche qui considèrent qu'à un moment, il faut aussi poser des limites", a répondu Olivier Faure. "Parce que si on ne les pose pas, y compris pour ce jour tellement symbolique, on sait que c'est la porte ouverte à la déconstruction du Code du travail".
Pas question pour le gouvernement de laisser cette menace s'installer. Matignon a exclu tout "passage en force" sur cette proposition de loi et a confirmé la tenue d'une réunion ce lundi 13 avril à 18 heures avec le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou.
L'objectif de cette réunion étant de travailler avec les syndicats à "un périmètre très précis des commerces concernés par une ouverture au travail le 1er mai", a indiqué Matignon à l'AFP se projetant sur l'éventualité d'une "solution efficace et acceptable". Le message a été reçu au Parti socialiste : Olivier Faure a "remerci(é)" Sébastien Lecornu d'avoir promis de ne pas "passer en force", ajoutant avoir échangé avec lui sur le sujet.
Sur RTL, l'éditorialiste Alain Duhamel compare le 1er mai à une "vache sacrée". "C'est un symbole historique qui n'a plus du tout le même sens de celui qu'il avait au moment de sa création (...) Ce n'est pas la peine d'ouvrir un front social, d'autant plus que globalement la guerre au Moyen-Orient rend tout le monde relativement responsable", a-t-il analysé. "Gabriel Attal a beaucoup de talent, mais il est libéral en matière de société et plus dur en matière économique, donc il essaye de faire entendre successivement les deux pans de son attitude".
Mais le vote de la motion de rejet à l'Assemblée par les défendeurs du texte a ravivé les craintes des opposants. En effet, avec cette technique le texte pouvait être adopté sans que les députés ne l'aient examiné en première lecture, après une commission mixte paritaire (CMP).
Invitée de RTL ce lundi 13 avril, la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet a dénoncé "un passage en force inacceptable" organisé par "Gabriel Attal avec la droite et l’extrême droite". "Un tour de passe-passe parlementaire" pour contourner le refus de la gauche sur le texte et accélérer son parcours législatif, selon elle. La numéro une de la confédération a ainsi demandé à ce que le gouvernement ne convoque pas de commission mixte paritaire.
Demande entendue par l'exécutif qui a fait savoir dans la foulée qu'il était "improbable" que se tienne dès le 14 avril une réunion de députés et sénateurs pour tenter de s'accorder sur la proposition de loi permettant d'étendre le travail le 1er-Mai, comme l'a indiqué une source gouvernementale. "Le Premier ministre n'a pas l'intention de convoquer la commission mixte paritaire à ce stade", renvoyant ainsi au "résultat" de la réunion prévue avec Jean-Pierre Farandou et les syndicats. "On va les écouter" et "essayer d'arranger la situation", a confié un conseiller du gouvernement.
Sans pour autant dénoncer la décision de Gabriel Attal d'un rejet tactique, un autre conseiller gouvernemental met en garde sur le fait de ne "pas sous-estimer la violence de cette motion de rejet préalable. Ça a privé tout le monde d’un débat", reconnaît-il.
Pour autant, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou s'était dit "favorable" à cette proposition de loi le 7 avril dernier sur Europe 1, évoquant "un trou dans la raquette" dans le Code du travail.
Une situation qui crispe un proche du patron des députés EPR. "Le gouvernement a une certaine fébrilité et il y a un vrai sujet de manque d'anticipation", regrette-t-il auprès de RTL.fr. Le ministre des Relations au Parlement ainsi que Matignon ont poussé à ce retrait tactique à l'Assemblée et maintenant, ils tirent le frein à main...", se désole-t-il.
Selon le projet de décret d'application communiqué aux syndicats, les salariés des boulangeries et des fleuristes ne seraient pas les seuls concernés par des dérogations. Une mesure dénoncée par les syndicats. L'ouverture des "grandes enseignes industrielles" de boulangeries et pâtisseries, "les chaînes de glaciers et de chocolatiers, la boucherie, la charcuterie et la triperie, la fromagerie-crémerie, la poissonnerie" serait permise, listent-ils dans leur lettre.
"Les magasins de vente de fruits et légumes, ce qui inclut les grandes surfaces spécialisées", les "fleuristes, jardineries et graineteries, les cinémas, musées, salles d'expositions, salles de spectacles et centres culturels" sont en outre concernés, ajoutent-ils, dépeignant un texte qui vise à "étendre tous azimuts l'ouverture le 1er mai". Seul le 1er mai est un jour férié obligatoirement chômé et payé. Le code du Travail admet cependant qu'un artisan boulanger ou un fleuriste puisse ouvrir, mais il doit travailler seul ou presque.
Bienvenue sur RTL
Ne manquez rien de l'actualité en activant les notifications sur votre navigateur
Cliquez sur “Autoriser” pour poursuivre votre navigation en recevant des notifications. Vous recevrez ponctuellement sous forme de notifciation des actualités RTL. Pour vous désabonner, modifier vos préférences, rendez-vous à tout moment dans le centre de notification de votre équipement.
Bienvenue sur RTL
Rejoignez la communauté RTL, RTL2 et Fun Radio pour profiter du meilleur de la radio
Je crée mon compte