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Ségolène Royal croit citer Voltaire... à tort

Pour défendre sa liberté d'expression, la future ex-ambassadrice des pôles a utilisé une citation connue, mais erronée, du philosophe des Lumières.

Ségolène Royal
Ségolène Royal Crédit : NICHOLAS KAMM / AFP
Jérémy Billault

L'erreur est fréquente et passe souvent inaperçue. Ce mercredi 15 janvier, alors que l'on vient d'apprendre la fin probable de sa mission d'ambassadrice des pôles décidée par le gouvernement, Ségolène Royal s'est fendue d'un adjectif qu'il est fréquent d'entendre à toutes les sauces : "voltairien". 

La référence au symbole du siècle des Lumières a la particularité, au sein de ce type d'argumentation, d'être erronée. Car pour beaucoup, l'adjectif "voltairien" fait référence à une formule en particulier. 

Dans le cas de Ségolène Royal, elle est même tout à fait explicite : "L’esprit voltairien ne nous manque-t-il pas ?", écrit-elle sur Twitter avant d'ajouter : "Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire > VOLTAIRE".

D'où vient la citation ?

Malheureusement pour celle qui, coup du sort, est issue de la promotion "Voltaire" de l'ENA, le poncif moderne de l'argument voltairien n'a pas grand-chose à voir avec Voltaire si ce n'est une déformation réductrice d'un pan de sa pensée. La citation, elle, n'a jamais été prononcée par ledit "VOLTAIRE", mais l'erreur est compréhensible.

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En 2016 déjà, excédé par cet argument, L'Obs avait tenu à remettre l'aphorisme dans son contexte, à savoir celui d'un ouvrage datant de 1906 dans lequel la critique Evelyn Beatrice Hall l'attribue à celui à qui elle consacre un livre, Voltaire. 

Auprès de la RTS, le conservateur du musée Voltaire, à Genève confirme que la citation est fausse, présentant, à l'appui, l'aveu en vidéo d'Evelyn Beatrice Hall qui parle de "sa propre expression", qui "n'aurait pas dû être mise entre guillemets".

Celle-ci essayait en réalité de résumer le comportement du philosophe lorsque s'est agi de prendre la défense d'un ouvrage du philosophe Helvétius, sous le feu nourri de critiques d'une rare virulence. Ainsi Voltaire détestait-il lui-même cet ouvrage, mais pris la décision de le soutenir. 

"Ce n'est pas du tout lui cette phrase"

Interrogée à l'époque dans les colonnes de l'hebdomadaire, la Société Voltaire considère qu'il est toutefois largement exagéré de déduire de cette anecdote une doctrine qui finira par définir a elle seule l'adjectif "voltairien". "Ce n’est pas du tout lui cette phrase, insiste-t-on. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus." 

Devenu, selon L'Obs, "l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct", l'aphorisme a aujourd'hui servi à Ségolène Royal de défense contre un gouvernement qui, selon elle, a tout bonnement souhaité museler "sa liberté d'opinion et d'expression". 

Le fait est que dans la lettre publiée par l'ambassadrice des pôles d'alors sur Facebook, expliquant les raisons de son licenciement, sont mentionnées des divergences en rapport avec "des prises de position publiques". Chacun jugera de la pertinence de la citation, mais personne, et les commentaires sous le tweet en question le prouvent, ne se fait plus d'illusions quant à son origine.

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