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Primaire : comment le Parti socialiste a pris la gauche à contre-pied

ÉCLAIRAGE - À la veille du Conseil national du Parti socialiste, son premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, a proposé une primaire ouverte à la gauche de gouvernement.

Le premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis le 18 octobre 2015
Le premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis le 18 octobre 2015 Crédit : AFP/F.Guillot
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Y aura-t-il une primaire à gauche à la fin de l'année ? Le débat n'a que trop duré. Le Conseil national, le parlement du parti, qui réunit les dirigeants de l'écurie en mal de popularité, ce samedi 18 juin, devrait statuer sur le sort du scrutin destiné à investir un candidat pour la prochaine présidentielle. La veille, Jean-Christophe Cambadélis a mis fin au suspense et créé la surprise : le premier secrétaire propose d'organiser "une primaire ouverte à la gauche de gouvernement". Comprenez La Belle alliance populaire : le mouvement créé en 2016 avec les socialistes, les radicaux et les écologistes fidèles au gouvernement. Quant au vote, il est programmé pour les 22 et 29 janvier 2017. Un calendrier validé par François Hollande, qui doit annoncer ses intentions pour la présidentielle en décembre. Le temps pour lui et son bilan de retrouver des couleurs, sur fond d'embellie de la croissance et baisse du chômage.

Une initiative bien éloignée de la primaire imaginée par la gauche qui s'oppose à la politique du chef de l'État. Le 11 janvier, un appel rédigé par l'économiste Thomas Piketty et l'européen convaincu Daniel Cohn-Bendit, publié dans le journal Libération, avait suscité bien des réactions à gauche. Les frondeurs socialistes, Christian Paul et Laurent Baumel en tête, avaient trouvé là un soutien dans leur bataille des idées contre la gauche de gouvernement bien décidée à briguer l'Élysée pour un second mandat. Cinq mois plus tard, l'annonce du premier secrétaire bouleverse la donne. Le scrutin qui avait tant réussi au Parti socialiste, et plus globalement à la gauche en 2011, n'aura cependant pas la même saveur d'union. Indice qui ne trompe pas : Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice socialiste et jusque-là candidate à la primaire, a choisi de sauter le pas en visant directement l'Élysée...

L'ambiguïté du Parti socialiste

Après avoir fraîchement accueilli l'idée, Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste, était revenu sur ses positions, en insistant sur le fait que seul François Hollande était "capable de rassembler la gauche en 2017". Le principe de primaire, plebiscitée par 86% des sympathisants de gauche, avait été adopté par le Conseil national le 9 avril 2016. Deux mois plus tard, le même Jean-Chrisophe Cambadélis a commencé à préparer les frondeurs à l'idée qu'une primaire n'aurait pas lieu selon leurs règles. Le premier secrétaire laissait entendre que les statuts du Parti socialiste pouvaient être modifiés afin de laisser le champ libre à François Hollande, qu'il juge "le plus légitime".

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Officiellement, Jean-Christophe Cambadélis laissait tout de même la porte ouverte à plusieurs hypothèses. "Plusieurs options sont sur la table : l’organisation d’une primaire de toute la gauche, l’organisation d’une primaire du seul PS ou, effectivement, le changement de nos statuts pour désigner notre candidat lors d’une convention du parti", a-t-il détaillé au Monde.

Qui pour affronter François Hollande à la primaire ?

Le Parti socialiste, qui n'est pas à l'initiative de la primaire, n'était jusque-là pas à l'aise avec ce scrutin, dont les dates, avant l'annonce de Jean-Christophe Cambadélis, étaient prévues les 4 et 11 décembre. Le premier secrétaire a donc repris la main en excluant les opposants de son camp les plus virulents. François Hollande croit donc plus que jamais en ses chances. Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Martine Aubry... Impossible de connaître le nom et le nombre d'adversaires potentiels du président de la République. Sylvia Pinel, ministre du Logement PRG de 2014 à 2016, n'a en tout cas pas montré beaucoup d'enthousiasme en apprenant le projet du PS. Sur Twitter, elle parle de "simulacre ou de parodie des primaires".

Jean-Luc Mélenchon, le premier détracteur

Devant le fort ressentiment de plusieurs personnalités de la gauche plurielle, qui semble définitivement enterrée, Jean-Christophe Cambadélis a donc trouvé sa parade pour sortir de l'ambiguïté. Jean-Luc Mélenchon avait anticipé la manœuvre de ses anciens amis du PS. En février 2016, à peine un mois après le lancement de l'idée de primaire à gauche, Jean-Luc Mélenchon, interrogé sur TF1, a devancé tout le monde, même ses alliés communistes, en annonçant son intention de briguer une deuxième fois l'Élysée (après 2012 où il représentait les couleurs du Front de gauche). "Quand la présidentielle, qui est l'élection centrale, s'annonce, on ne s'en va pas quand on est nous, dans une primaire qui a été en deux temps trois mouvements récupérée par l'homme le plus habile de ce pays qui s'appelle Jean-Christophe Cambadélis", s'était alors justifié Jean-Luc Mélenchon, au micro de France Info.

Une primaire de "l'autre gauche" avec le PCF ?

La primaire de toute la gauche ne pouvait pas se tenir. Jean-Christophe Cambadélis a, en grande partie raison. Lors d'une réunion visant à préparer le scrutin à La Bellevilloise le 3 février dernier, le règlement de la primaire, vu par Yannick Jadot et Daniel Cohn Bendit, deux des animateurs de la soirée, était clair : tout le monde devra se retrouver derrière la personnalité arrivée en tête. Refusant l'idée de soutenir le chef de l'État s'il arrivait en tête, Pierre Laurent, qui a rencontré Arnaud Montebourg après son retour dans le jeu politique au mont Beuvray le 16 mai, ne souhaite plus être de la partie, partant du principe que "c'est le Parti communiste qui tient la gauche debout", comme il l'indique dans une interview à nos confrères de L'Humanité.

Le leader des communistes a appelé à l'organisation d'une primaire de "l'autre gauche" en conclusion du Congrès du PCF le 5 juin. Une alternative qui pourrait peut-être séduire les frondeurs. Après avoir raté un beau coup en ne parvenant pas à réunir le nombre de députés nécessaires à la constitution d'une motion de censure contre la loi Travail, l'opposition interne à François Hollande n'a plus le droit à l'erreur.

Le parti Europe Écologie Les Verts est, de son côté, encore sur autre ligne. À l’issue de leur Congrès du 10 juin dernier, les militants ont voté pour une candidature écologiste à la présidentielle, qu'elle soit issue ou non de leur rang. Le nouveau leader du parti, David Cormand, a d'ores et déjà annoncé sa préférence pour Nicolas Hulot.

Le climat politique peu favorable à la gauche

En politique, les vainqueurs d'hier sont souvent les malheureux du lendemain. L'enthousiasme créé par l'élection de François Hollande en 2012 s'est, en effet, bien dissipé quatre ans après. Déchéance de nationalité, loi Macron, loi Travail... On ne compte plus les projets impopulaires menés par la majorité. Difficile de susciter l'engouement des Français quand ils ont été déçus.

Dans un article publié dans son édition du 17 juin, Le Figaro l'explique : "La primaire est dissuasive quand la défaite se profile. Car elle lie tout le monde à l'échec, là où chacun pense déjà au moyen de tirer son épingle du jeu après." Le PS a fait un pas de plus inattendu vers la primaire mais celle-ci n'a pas encore eu lieu...

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