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Présidentielle 2022 : une candidature unique à gauche est-elle possible ?

DÉCRYPTAGE - Yannick Jadot propose à la gauche de plancher sur un mode de désignation d'un candidat unique pour la présidentielle de 2022. Un pari réalisable ?

Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Anne Hidalgo et Benoît Hamon
Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Anne Hidalgo et Benoît Hamon
Crédit : AFP
Marie-Pierre Haddad

Plusieurs tentatives qui se sont soldées par plusieurs échecs. Pour la présidentielle de 2022, la gauche voit grand et envisage une nouvelle fois une candidature unique. L'appel a été lancé par Yannick Jadot. Sur France inter, le député européen écologiste a "lancé un appel à Anne Hidalgo, à Olivier Faure, à Julien Bayou, à Christiane Taubira, à Jean-Luc Mélenchon". 

"Il faut que dans les jours qui viennent, on se mette autour d'une table et qu'on se mette d'accord pour construire le grand projet d'espérance dont nous avons besoin pour 2022", a-t-il déclaré. Yannick Jadot qui est un potentiel candidat pour l'élection présidentielle a élargi sa demande de rassemblement à Cédric Villani, Fabien Roussel, Delphine Batho, Benoît Hamon, et Raphaël Glucksmann. 

"Une responsabilité historique" est en train de se jouer, estime Yannick Jadot qui évoque "peut-être un processus de désignation pour avoir une candidature unique", à la suite de ces discussions.

Un appel entendu

Hors de question pour l'écologiste de reproduire le rassemblement avorté de la gauche en 2017. Ce dernier avait retiré sa candidature au profit de celle de Benoît Hamon. L'ancien candidat socialiste à la présidentielle a d'ailleurs répondu à l'appel de Yannick Jadot. "Oui", a-t-il écrit sur Twitter. Un seul mot qui acte la volonté de discuter, mais qui souligne surtout un manque d'enthousiasme, teinté de prudence. Auprès de Libération, Benoît Hamon prévient : "Il ne faut pas faire de grandes réunions, mais rassembler les principaux leaders pour aborder la question de la présidentielle. Il ne faut pas tourner pendant des mois autour du pot".

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Jean-Luc Mélenchon se dit "prêt" à "rencontrer personnellement" Yannick Jadot. "Comme nous l'avions fait en 2017 avant que vous rejoigniez Benoît Hamon, ne manque-t-il pas de rappeler. Heureux que vous y soyez prêt à votre tour. Le danger d'extrême droite est devenu extrême. Vous avez raison de tendre la main", a-t-il écrit

Encore l'embrouille et la tambouille !

Jean-Luc Mélenchon à Olivier Faure

Mais la main tendue a vite montré son revers. Alors que le premier secrétaire du PS Olivier Faure accepte aussi la demande de l'écologiste, les rancœurs entre Jean-Luc Mélenchon et le Parti socialiste ont refait surface. "Encore l'embrouille et la tambouille ! Ce n'est pas l'urgent ! La question c'est de résister ensemble et sans exclusive contre l'offensive d'extrême droite. L'urgent c'est un pacte de non agression et organiser la résistance commune", a répondu le chef de file des députés La France insoumise au premier secrétaire du PS.

Un rassemblement, mais sous quelle forme ?

Et voilà la gauche renvoyée à ses démons et à cette formule de Manuel Valls des "deux gauches irréconciliables", datant de 2016. Mais Yannick Jadot compte bien enterrer la hache de guerre avec Jean-Luc Mélenchon. "Oui, nous avons, avec Jean-Luc Mélenchon, des divergences sur des sujets essentiels, notamment l’Europe et les relations internationales, reconnaît-il dans un entretien à Libération. Il est jacobin, je suis girondin. Mais face à la menace de l’extrême droite, il est de notre responsabilité d’explorer les convergences. C’est ce qu’attendent nos concitoyens".

Joint par RTL.fr, le politologue au Cevipof Bruno Cautrès prédit que l'appel de Yannick Jadot "ne sera pas le seul". "Ca ne fait que commencer. Il est très difficile de savoir à l'heure actuelle quel candidat va émerger dans les intentions de vote, sachant que tous ne se sont pas encore déclarés officiellement, comme Anne Hidalgo", note-t-il. 

Tout le monde sait que Jean-Luc Mélenchon ira à l'élection présidentielle

Bruno Cautrès, politologue au Cevipof

Mais ce rassemblement de la gauche s'annonce "très compliqué", selon lui. "Tout le monde sait que Jean-Luc Mélenchon ira à l'élection présidentielle. C'est le combat de sa vie, il a frôlé les 20% en 2017 et la France insoumise a déjà lancé sa machine de campagne", ajoute-t-il. Le reste de la gauche peut-elle alors se rassembler derrière le candidat de la France insoumise ? "Non, estime Bruno Cautrès. Il est important de définir ce qu'est-ce qu'une candidature unique. Est-ce le fait de présenter un seul candidat ? Ou est-ce le fait d'établir des points de rapprochements suffisamment explicités pendant la campagne, pour qu'un désistement, au profit d'un candidat, s'opère après le premier tour de l'élection de la présidentielle ?", interroge-t-il. 

La gauche est ainsi face à ces deux options. Au delà des projets politiques, les personnalités pourront-elles travailler main dans la main ? Là encore tout dépend de l'objectif fixé. "Est-ce que votre objectif est que l'un des candidats l'emporte ? Ou est-ce que le but est que l'un des candidats ne gagne pas ?", explique le politologue. 

Le retour des "gauches irréconciliables"

La gauche est ouverte à la discussion d'un côté mais se déchire de l'autre. La candidate soutenue par Anne Hidalgo aux élections régionales en Île-de-France Audrey Pulvar concentre les critiques après ses propos sur les réunions non-mixtes de l'Unef. "Jusque-là, la gauche se divisait sur la part d’idéalisme ou l’envie réelle d’exercer le pouvoir. Là, c’est une vision de la société complètement différente, la cassure est très nette", explique l'éditorialiste politique de RTL Olivier Bost.

Il résume ainsi le clivage qui persiste à gauche. "En soutien à l’Unef et à ses pratiques, il y a la France Insoumise avec Jean-Luc Mélenchon en tête, il y a une part des écolos dont le patron d’Europe Écologie-Les Verts Julien Bayou, il y a le patron du PS Olivier Faure et puis il y a aussi le député européen écolo, Yannick Jadot", explique-t-il. "La plupart des socialistes savent encore où ils habitent. Chez les écolos, c’est moins net. Chez les Insoumis, ils ont changé de rive car Jean-Luc Mélenchon, comme d’autres chez les Insoumis n’ont pas toujours été complaisants avec ces approches militantes", poursuit-il. Avant d'envisager contrer Emmanuel Macron et Marine Le Pen en 2022, la gauche devra résoudre ses divisions profondes.

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