7 min de lecture Présidentielle 2017

Hamon-Mélenchon : le résumé de leur "idylle" compliquée en 10 épisodes

ÉCLAIRAGE - Les deux candidats semblent avoir du mal à s'accorder sur un projet commun et une candidature pour l'élection présidentielle. Rembobinage.

Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, le 21 janvier 2010
Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, le 21 janvier 2010 Crédit : CHAMUSSY/SIPA
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

À peine élu comme candidat de la gauche à la présidentielle, Benoît Hamon a eu la lourde tâche de rassembler la gauche en vue de l'élection présidentielle. Un pas vers Yves Jadot, le candidat EELV ? Un pas vers Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France Insoumise ? Depuis la fin du mois de janvier, l'ancien ministre de l'Éducation nationale ne semble pas pressé de sceller un accord avec les deux hommes. 

Ce samedi 18 février, Benoît Hamon est en déplacement au Portugal. Une destination "symbolique". "Pour notre premier déplacement international, on ne va pas aller voir Mme Merkel à Berlin mais plutôt un gouvernement de gauche", souligne à l'AFP le député Pascal Cherki. L'équipe du candidat mise ainsi sur "une gauche plurielle" qui "fonctionne avec un premier ministre reconnu sur la scène internationale", a ajouté Jean-Marc Germain, le co-directeur de campagne du candidat de la gauche.

Épisode 1 : le clin d'oeil

Dès l'annonce de sa victoire à la primaire de la gauche, Benoît Hamon prévient qu'il proposera "dès lundi (30 janvier, ndlr)", à tous les candidats à cette primaire mais aussi à tous ceux qui se reconnaissent dans la gauche et l'écologie politique, en particulier Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, de ne penser qu'à l'intérêt des Français au-delà de nos personnes". "Je leur proposerai de construire ensemble une majorité gouvernementale cohérente et durable pour le progrès social, écologique et démocratique", explique-t-il depuis la Mutualité à Paris. 

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Cette déclaration marque le tournant de la campagne présidentielle. Jusque-là, les deux candidats avaient refusé sa proposition. Mais après la désignation de Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon nuance ses propos. Le candidat de la France Insoumise souligne que l'ancien ministre a des "paroles si proches des (siennes)" et qu'il s'agit d'"un fait qui donnera ses fruits le moment venu"

Épisode 2 : l'émancipation

De son côté, Yannick Jadot invite Benoît Hamon à s'émanciper du Parti socialiste. À la question d'un éventuel retrait du candidat écologiste, il répond à BFMTV : "Ce n'est pas le sujet". "Si Benoît Hamon est prêt à s'émanciper d'un Parti socialiste qui n'a jamais fait sa conversion écologiste (...), si Benoît Hamon est prêt à cette grande aventure, moi je militerai, y compris au sein de ma force politique, pour que nous nous lancions aussi dans cette grande aventure de l'écologie et du social".

Il ajoute : "Clarté du discours de Benoît Hamon, tant mieux. Ce qui se pose aujourd'hui comme question, c'est la question de la cohérence. Est-ce que Benoît Hamon va faire le nouveau François Hollande de la synthèse ?(...) et à ce moment-là, le PS qui dirige ce pays, qui a tourné le dos tous les jours à l'écologie, va le réduire, va le rabougrir et finalement ce ne sera qu'un candidat socialiste ? Ou est-ce que Benoît Hamon est prêt avec nous à la grande aventure, à la grande aventure écologique et sociale ?

Épisode 3 : l'électron libre

Une date est fixée : le 31 janvier à midi. Benoît Hamon et Yannick Jadot ont annoncé cette rencontre. Ses conditions sont claires. Le candidat de la gauche doit maintenir son programme "écologiste, social et européen". L'entourage de l'ancien ministre de l'Éducation avait précisé à l'AFP qu'il existait "d'importantes convergences" avec le candidat écologiste. Mais à ce moment, rien n'est annoncé concernant une éventuelle réunion avec Jean-Luc Mélenchon. 

Selon, Alexis Corbière, le porte-parole du candidat qui s'est déjà présenté en 2012, la victoire de Benoît Hamon "change plein de choses et, en même temps, les fondamentaux restent". Il ajoute sur France inter : "Je ne crois pas que le Parti socialiste, c'est-à-dire le parti qui soutient ce gouvernement depuis 2012, soit en capacité à travers son candidat de capter cette énergie (...) Celui qui croit que c'est à travers les vieilles formations politiques, et particulièrement le PS, que va passer cette énergie populaire qui veut autre chose se trompe".

Épisode 4 : le rendez-vous

Comment se déroule la rencontre entre le candidat de la gauche et EELV ? Selon Yannick Jadot, "ce n'est qu'un point de départ, mais nous avons partagé le même diagnostic sur un espace qui couvrirait l'écologie, le social, l'Europe et la démocratie". Des propos tenus au cours d'un entretien accordé au Monde

Il indique toutefois qu'aucune avancée n'a été réalisée entre les deux hommes : "Il y a un ras-le-bol des arrangements entre partis politiques (...) L'urgence, c'est de dépasser les ego pour parler projet (...) On parlera des personnes après". Il estime que le score de Benoît Hamon à la primaire "lui permet de s'émanciper et de s'inscrire dans ce qui peut être la grande aventure politique de cette présidentielle, sinon, le PS le rétrécira, la confusion s'installera et la dynamique retombera".

Épisode 5 : le choix

"Choisissez entre eux et nous". Voici la réponse de Jean-Luc Mélenchon à l'invitation de Benoît Hamon. "Doit-on se parler ? Mais évidemment qu'on doit le faire. Moi, je suis partisan d'une pratique républicaine de l'échange et du dialogue", déclare le candidat de France Insoumise dans une vidéo postée sur YouTube le 1er février. Il poursuit : "Ce n'est pas une affaire de rapports personnels (...), c'est une affaire de fond".

D'après lui, il n'est "pas possible que vous nous demandiez de former une majorité parlementaire gouvernementale cohérente, comme vous le dites, en mélangeant des gens qui veulent tourner la page, comme nous, avec des gens qui sont responsables de ce qu'il y a sur la page".

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MONSIEUR HAMON, CHOISISSEZ !

Épisode 6 : le médiateur

Voyant poindre les tensions entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, tente l'apaisement et laisse entrevoir la possibilité d'un "projet commun", "sans préjuger de qui serait notre candidat commun". Il explique dans une lettre adressée à ses militants que "pour la première fois, les combats et les propositions portés depuis toujours par les écologistes sont au cœur des projets des candidats de la gauche"

"Nous devons ouvrir le dialogue avec Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et tous ceux qui se retrouvent dans cet esprit de recherche de convergences pour construire un projet commun", explique-t-il, appelant à "dépasser les ego et les appareils politiques pour privilégier le projet de société et la dynamique collective. Sans préalable sur qui serait notre candidat commun". 

Cependant, Cécile Duflot, indique dans un entretien à Libération qu'il "faut de l'audace et faire vite. On ne doit pas rester dans le confort des vieux appareils". Et d'ajouter : "En ce qui concerne ma famille politique, EELV, c'est une page qui se tourne".

Épisode 7 : oui... mais non

Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon continuent de s'interpeller. Le candidat de la France Insoumise se dit "prêt" à un dialogue avec Benoît Hamon mais pas à "jouer la comédie", fustigeant "beaucoup de posture" chez le candidat socialiste à la présidentielle, dimanche 12 février. 

Le lendemain, le candidat frappe encore. Lors d'une conférence de presse organisée à Paris par des ONG avec d'autres députés européens de gauche, il rappelle que l'idée d'une candidature commune à gauche n'a pas semblé faire d'avancée, même si les deux hommes sont convenus de se voir à Strasbourg en marge de la session du Parlement européen. "De ma part, il n'y aura jamais aucun blocage à la discussion, jamais. Je suis toujours ouvert à parler avec tout le monde (...) Quand on me dit que je veux des têtes, non, je n'en ai jamais demandé. Mais je ne veux pas qu'on se paie la mienne".

Épisode 8 : l'écrasante majorité

Les électeurs de la primaire écologiste ont approuvé jeudi 16 février à une écrasante majorité le souhait de Yannick Jadot d'"ouvrir un dialogue" avec le socialiste Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, en vue notamment de présenter une candidature unique à l'élection présidentielle. Selon les résultats de la consultation, les électeurs écologistes se sont déclarés à 89,70% favorables au rapprochement entre le candidat EELV, le candidat PS et celui de La France insoumise. À l'inverse, 7,91% se sont prononcés contre ce potentiel rassemblement et 2,39% ont voté blanc. 

Épisode 9 : la "fausse" main tendue

Entre benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, le dialogue semble au point mort. À l'antenne de RTL, Alexis Corbière, affirme que "depuis la proposition de Jean-Luc Mélenchon, le contact a été établi" entre les deux candidats. "Les socialistes font un jeu de claquettes insupportable depuis trois semaines de fausse unité, de fausse main tendue. Nous sommes les seuls aujourd'hui à discuter sérieusement (...) Je vois bien la combine de gens qui sont à la ramasse", attaque-t-il.

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Macron sur la colonisation : "Quand on est chef d'État, il faut être vertébré", dit Corbière Crédit Image : Johanna Guerra / RTLNET | Crédit Média : RTLNET | Date :

Alexis Corbière s'interroge : "Est-ce que Benoît Hamon veut avoir pour candidats aux législatives les mêmes que ceux qui sont reconduits depuis 2012 ? Est-ce que les personnalités ministres du gouvernement de François Hollande sont les candidats de Benoît Hamon ? Quel est le programme de Benoît Hamon ?". "Ce n'est pas qu'une affaire de coup de fil, de détail, c'est une affaire de fond et il faut la traiter sérieusement", insiste le candidat de la gauche sur France Info.

Épisode 10 : la fin de la partie ?

Lors de son déplacement à Lisbonne, Benoît Hamon pourrait bien avoir mis un terme au jeu de chat et de la souris, auquel il se livre avec Jean-Luc Mélenchon. "Je m'adresse aux électeurs, je ne courrai pas après Jean-Luc Mélenchon, je ne cours après personne, je n'oblige personne", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. Face à la probable qualification de Marine Le Pen pour le second tour de la présidentielle, le socialiste a insisté : "Nous ne pouvons pas nous permettre d'assister passifs à un second tour entre la droite, qui est une droite dure, et l'extrême droite (...) C'est la raison pour laquelle je serai tenace, têtu. Je respecte les égos, j'en ai moi-même un. Mais si la dynamique se confirme, vous verrez, elle parviendra à vaincre bien des réticences".

Réponse immédiate du candidat de la France insoumise : Benoît Hamon a "fait toute une campagne sur le thème 'moi je parlerai à tout le monde, j'appellerai Jean-Luc Mélenchon le lendemain' de la primaire (...) Cela fait trois semaines, ça va ! C'est moi qui ai dû dire qu'il fallait arrêter la comédie (...) J'apprends que j'aurais fermé la porte, mais c'est quand même moi qui ai fait le pas. Je trouve ça dommage mais je ne vais pas passer ma vie dessus. Je ne suis pas un amoureux éconduit. Je ne suis pas en train de faire le congrès du PS".

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