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"On n'abandonnera personne, mais on dépensera pas de l'argent qu'on n'a pas" : l'équation impossible pour Sébastien Lecornu sur le prix des carburants

Malgré la hausse des prix des carburants, le Premier ministre reste contraint à la discipline budgétaire pour maintenir le déficit à 5% du Produit intérieur brut cette année.

Sébastien Lecornu a annoncé qu'il était candidat aux municipales de Vernon dans l'Eure

Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Marie-Pierre Haddad

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"Oui il y a une crise énergétique liée à la guerre et aux tensions internationales. Mais non, il n'y a pas de pénurie de carburant en France". Voici le message martelé par le gouvernement sur la hausse du prix des carburants. Sébastien Lecornu a affirmé, jeudi 2 avril, à Bordeaux qu'il envisageait de nouvelles aides "ciblées" afin de compenser la flambée des prix. Ces annonces devraient intervenir "en début de semaine prochaine".

Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de mettre en place des "aides ciblées". "Donc, des ministres ont reçu un certain nombre de commandes pour me faire de nouvelles propositions en début de semaine prochaine", a-t-il affirmé. Ajoutant que les Français "qui ne peuvent pas faire autrement que de rouler (...) méritent sans doute une aide ciblée".

Cependant, le chef du gouvernement a apporté une nuance à son propos. "On n'abandonnera personne, mais on dépensera pas de l'argent qu'on n'a pas", a-t-il indiqué. Avant d'être rattrapé par l'énergie et les prix des carburants, le chef du gouvernement avait prévu, au sortir des élections municipales, d'axer son discours sur le régalien : l'effort militaire, la sécurité et la justice.

Tenir le déficit "quoi qu'il arrive"

Contraint à la discipline budgétaire pour maintenir le déficit à 5% du produit intérieur brut cette année, l'exécutif a refusé de baisser les taxes sur les carburants, une mesure jugée trop onéreuse. Afin de pallier les difficultés de trésorerie des secteurs les plus touchés - pêche, agriculture, transports -, il a seulement concédé des aides "ciblées", éventuellement reconductibles, représentant au total près de 70 millions d'euros mensuels. Le prix du litre de gazole a battu un record absolu la semaine dernière. Et le SP95-110, l'essence la plus consommée, a atteint la barre symbolique des 2 euros le litre.

Malgré une baisse plus forte qu'attendue du déficit en 2025, à 5,1% au lieu de 5,4%, Sébastien Lecornu a prévenu qu'il voulait tenir l'effort de maîtrise des finances publiques en 2026 "quoi qu'il arrive", laissant peu d'espoir à ceux qui réclament davantage de soutien, à l'instar des syndicats qui ont remis de la pression. 

L'ONG Greepeace a accusé dans une étude publiée mercredi, les compagnies pétrolières de réaliser plus de 80 millions d'euros de "sur-profits" par jour, dans les pays de l'UE depuis le début de la guerre, grâce à une augmentation de leurs marges. 

Des "mensonges" du gouvernement, selon Marine Le Pen

Un nouveau bras de fer s'est ainsi engagé entre Marine Le Pen et Sébastien Lecornu. La cheffe des députés Rassemblement national a dénoncé mercredi des "mensonges" du gouvernement. Elle visait les déclarations du Premier ministre qui a annoncé vouloir utiliser les recettes fiscales supplémentaires liées à la flambée des prix des carburants pour électrifier l'économie.

"Quand on a dit qu'il ne fallait pas que l'État profite de la crise, le Premier ministre et l'ensemble des ministres nous ont expliqué qu'il n'y avait pas de recettes fiscales supplémentaires. C'étaient déjà des mensonges", a-t-elle déclaré à des journalistes, en marge d'une visite au salon Global Industrie à Villepinte.

À droite, le chef des députés LR Laurent Wauquiez a réclamé sur France 2 que le surplus de recettes fiscales, qu'il évalue "entre deux et trois milliards" d'euros depuis le début de la crise soit "redonné aux automobilistes sous forme de baisse de taxes". De nombreux économistes et experts affirment que l'idée même d'un surplus de taxe lié à la hausse des prix du carburant est un mirage.

À gauche, La France insoumise a réclam" le blocage des prix, comme le Parti communiste. "On doit plafonner les prix à 1,60 euros le temps que la crise passe", a plaidé sur France Inter son secrétaire national Fabien Roussel. Le Parti socialiste demande quant à lui "des mesures ciblées sur les ménages les plus vulnérables". 

Sébastien Lecornu "plus discret"

Une équation personnelle se joue aussi pour Sébastien Lecornu. Selon un sondage Elabe pour Les Échos publié jeudi 2 avril, Sébastien Lecornu a vu sa cote de confiance diminuer d'un point, à 24%. L'institut note une mise en retrait du chef du gouvernement "plus discret après l'adoption du budget et lors de la séquence des élections municipales".

D'après l'enquête, Jordan Bardella, reste la personnalité politique la plus plébiscitée, plafonnant à 38% (+1 point), suivi de près par Édouard Philippe (Horizons). À 37%, l'ancien Premier ministre enregistre une hausse de 4 points dans la foulée de sa victoire à l'élection municipale du Havre. Derrière, Marine Le Pen (RN) progresse d'un point (34%) à l'instar du chef des députés macronistes Gabriel Attal (33%). 

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