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Jacqueline Sauvage : six ans après sa grâce, François Hollande répond à la colère des magistrats

PODCAST - Dans "Les Voix du crime", le Président de la République raconte les coulisses de la grâce de Jacqueline Sauvage, condamnée pour avoir tué son mari violent. À l'époque, en 2016, sa décision avait fait polémique dans la magistrature.

François Hollande, le 7 mai 2022.
François Hollande, le 7 mai 2022.
Crédit : GONZALO FUENTES / POOL / AFP
56. Affaire Jacqueline Sauvage : François Hollande raconte les coulisses de sa grâce présidentielle
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Marie Zafimehy

"On a une décision prise sous le coup de l'émotion avec les pressions de l'opinion publique et ce n'est pas un bon signal pour l'État de droit." En décembre 2016, le syndicat national de la magistrature par la voix de sa Présidente, Virginie Duval, fustige la grâce présidentielle, accordée par François Hollande, à Jacqueline Sauvage.

Cette sexagénaire et mère de quatre enfants avait été condamnée par deux fois à dix ans de prison pour le meurtre de son mari violent. Ce dernier, racontait-elle, la battait et agressait sexuellement ses filles. L'annonce de son incarcération avait ému l'opinion publique qui n'avait pas hésité à se mobiliser derrière les deux avocates de la condamnée, Me Tomasini et Bonaggiunta.

Comité de soutien, pétitions, manifestations... Le public demandait à François Hollande, alors chef de l’État d'accorder sa grâce présidentielle à Jacqueline Sauvage. "Une décision difficile", admet-il aujourd'hui dans Les Voix du crime, puisqu'il le savait, la libérer signifiait déroger au principe de l'indépendance de la justice.

J'étais conscient que ça provoquerait, surtout dans l'institution judiciaire, une réflexion

François Hollande

Jacqueline Sauvage avait été condamnée en 2014 puis en appel en 2015 par des jurés populaires, après débats, auditions d'experts, plaidoiries d'avocats, examen par les magistrats. Dès lors, pourquoi contester deux décisons de justice prises dans les règles de l'art ? "J'étais conscient que ça provoquerait, surtout dans l'institution judiciaire, une réflexion, raconte François Hollande. On se disait 'mais pourquoi le chef de l'État s'arroge-t-il le droit de considérer que nous avons mal jugé alors que ce sont des jurés populaires qui en avaient délibéré ?'"

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C'est pourquoi, le Président avait d'abord trouvé un compromis en accordant une grâce partielle à Jacqueline Sauvage : celle-ci pouvait dès lors demander une libération conditionnelle après décision d'un juge d'application des peines (JAP)... c'est-à-dire un magistrat. "Et contrairement à tout ce que j'avais pu attendre, il n'y a pas eu de libération conditionnelle d'accordée", se souvient-il. Sa stratégie de compromis est un échec.

Je suis en charge d'une certaine conception de la vie en société

François Hollande

Les semaines passent, la pression populaire se fait moins forte. Et puis, le 28 décembre 2016, François Hollande signe le décret de grâce totale qui libère instantanément Jacqueline Sauvage. "C'est une décision humaine et c'est le rôle aussi du président de la République d'apporter de l'humanité", insiste-t-il aujourd'hui. "Je suis en charge d'une certaine conception de la vie en société. Je sais ce que représentent les violences faites aux femmes. Et même si Jacqueline Sauvage n'était qu'une femme parmi d'autres, elle était la femme qui illustrait à ce moment-là ce que les violences pouvaient provoquer, y compris le pire, c'est à dire un assassinat."

Six ans après, François Hollande est formel : le droit de grâce doit rester exceptionnel. Pour autant, il est convaincu que sa décision a permis de "laisser une trace" et se souvient du "bonheur dans la famille de Jacqueline Sauvage de la retrouver". Décédée en juillet 2020, cette dernière a pu passer ses quatre dernières années en liberté.

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