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Grand âge : un budget 2020 qui s'annonce décevant pour les professionnels

INFO RTL - Le budget 2020 pour le Grand âge sera en hausse : plus de 500 millions d’euros seront investis principalement, pour les Ehpad. En revanche, à l’heure actuelle le gouvernement ne prévoit pas d’augmentation de budget pour l’aide à domicile.

Le budget 2020 inquiète les professionnels de santé
Le budget 2020 inquiète les professionnels de santé
Anais Bouissou
Anaïs Bouissou édité par Raphaël Bosse-Platière

Le budget de la sécurité sociale pour l’année à venir doit être présenté lundi 30 septembre. L’une des composantes très attendue de ce budget concerne le grand âge. Une attente d’autant plus importante que le premier ministre Edouard Philippe avait fait une promesse en juin dernier : "Dès le prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale, nous enclencherons une première étape, avec des mesures favorisant le maintien à domicile et des investissements dans les Ehpad". Le budget qui semble se dessiner inquiète pourtant fortement le secteur du grand âge. 

Selon nos informations, 50 millions d’euros seront investis dans le budget 2020 pour le maintien à domicile des personnes âgés. "Un budget d’amorce pour améliorer la qualité des services", selon une source gouvernementale.

C’est en fait la même somme que l’an dernier. Si le montant de ce budget est confirmé et ne s’améliore pas, les professionnels du secteur seront très remontés. Ils s’inquiètent déjà et estiment que les promesses du gouvernement ne seront pas tenues. 90% des personnes de plus de 75 ans vivent encore chez elles selon des chiffres de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques). 

Plus elles prennent de l’âge et plus leurs besoins d’aide à domicile augmentent. Dans le même temps les professionnels de l’aide à domicile dénoncent des moyens bien trop faibles, des heures travaillées tellement peu rémunérées qu’elles ne sont même pas rentables dans certains cas et un secteur qui se meurt dans plusieurs départements. Florence Arnaiz-Maumé la déléguée générale du Syndicat national des établissements et résidences privés parle d’agences de services à la personne "qui sont obligées de fermer et de licencier leur personnel donc on a de grosses difficultés économiques dans ce secteur. Si l’enveloppe se confirme elle sera bien trop faible pour faire face aux enjeux". 

Les Ehpad mieux lotis avec la création potentielle de 6.000 emplois de personnels soignants

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Ces places s’accompagneront de moyens pour embaucher et valoriser les personnels soignants. L’objectif est d’amorcer l’amélioration du taux d’encadrement des personnes âgées en Ehpad. 

Les efforts d’uniformisation des tarifs des établissements seront également poursuivi. Un effort conséquent de 260 millions d’euros cette année. C’est un budget en nette augmentation par rapport aux 180 millions d’euros déboursés l’an dernier. Ce montant pourrait permettre la création de 6.000 équivalents temps pleins.

Les établissements bénéficieront en outre, d’aides à la rénovation à hauteur de 100 millions d’euros. Il existe encore aujourd’hui 150.000 places non rénovées depuis plus de 25 ans. L’État devrait poursuivre l’effort pour remettre à neuf les établissements délabrés. En complément de ce plan d’aide à l’investissement, des prêts à taux très restreints pourraient être contractés. 

Le budget du grand âge va augmenter, mais encore trop peu pour les professionnels

En tout, plus de 500 millions d’euros devraient être engagés pour le grand âge dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour l’année 2020. Ce sera un budget en hausse et avec un taux de progression plus fort que le budget global des dépenses de santé. Un proche du dossier défend "un budget avec de vraies mesures, qui n’épuisent certes pas les attentes du secteur, mais qui sera à compléter avec le projet de loi Grand âge". 

Au menu des investissements nouveaux, il y aura 80 millions d’euros pour l’aide aux aidants.  Comme annoncé par la ministre Agnès Buzyn, un congé pour les proches de personnes malades ou dépendantes sera mis en place : environ 40 euros par jour dans la limite de 3 mois d’absence au cours d’une carrière professionnelle. Des solutions de répit viendront s’ajouter aux congés, en cas de besoin urgent de souffler, pour confier un proche malade aux établissements. 

D’autre part, les mesures promises dans le cadre de crise des urgences vont se mettre en place. Au sein des hôpitaux, une filière spéciale pour les personnes âgées va être développée, pour qu’en cas de crise, elles ne passent plus par les urgences surchargées, mais accueillis dans des services dédiés. 

Enfin, dans la droite ligne de la feuille de route annoncée l’an dernier par la ministre Agnès Buzyn, des budgets seront à nouveau consacrés à l’ouverture de postes pour des infirmiers de nuit dans les Ehpad. Des crédits sont également alloués aux personnels soignants qui désireraient se spécialiser dans le domaine du grand âge en échange d’une prime. Et de l’argent sera consacré aux courts séjours des personnes âgées qui auraient besoin d’être prises en charge de manière temporaire. Coût estimé de la mesure pour 2020 : 65 millions d’euros. 

Cette enveloppe "est un budget d’amorce de la future loi pour le grand âge et l’autonomie" attendue d’ici la fin de l’année, explique-t-on de source gouvernementale. Un budget qui risque d’être largement insuffisant et pas à la hauteur des enjeux urgents pour le grand âge. Pour Pascal Champvert, le représentant de l’AD-PA (Association des directeurs au service des personnes âgées) : "Il semble que les annonces de la ministre, du Premier ministre et du Président, ne soient pas à la hauteur des enjeux. Le dossier des personnes âgées est un dossier important. Tous les Français voient bien qu’on ne s’occupe pas assez des personnes âgées". Les salariés et directeurs du secteur appellent à une mobilisation le 8 octobre prochain pour demander plus de moyens humains et financier. 

Au Synerpa, Florence Arnaiz-Maumé précise qu’il faudrait "pour faire face à la crise du grand âge, un budget d’1 milliard d’euros par an pendant 10 ans". C’est également le constat fait par Dominique Libault dans un rapport salué par le secteur du grand âge et qui devrait faire figure de texte de référence pour construire la loi annoncée d’ici la fin de l’année. À la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, Marie-Anne Montchamp enfonce le clou : "Il sera très important que le gouvernement puisse obtenir des arbitrages vraiment importants pour assurer le financement de la future loi grand âge. La véritable clause de revoyure sera cette future loi". 

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