4 min de lecture Portrait

Fin de vie : Olivier Falorni, portrait d'un député qui milite pour "l’ultime liberté"

PORTRAIT - À l'origine de la proposition de loi sur la fin de vie débattue lors d'une niche parlementaire à l'Assemblée, Olivier Falorni se bat depuis de nombreuses années pour "le droit à une fin de vie libre et choisie".

Olivier Falorni à l'Assemblée nationale, le 11 décembre 2018
Olivier Falorni à l'Assemblée nationale, le 11 décembre 2018 Crédit : Thomas SAMSON / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

"Il n'y a pas de réponse qui soit facile", concède le député socialiste Boris Vallaud. L'Assemblée plus divisée que jamais a entamé un débat sur l'euthanasie, relancé à travers une proposition de loi examinée ce jeudi 8 avril. Les discussions ont été houleuses et le temps va manquer pour passer en revue les quelque 3.000 amendements déposés, dont 2.300 par des députés Les Républicains hostiles à cette proposition de loi. 

Cinq ans après la loi Claeys-Leonetti, Olivier Falorni du groupe Libertés et Territoires est à l'origine de ce texte. Cette nouvelle proposition de loi  propose la création d'un droit à l'euthanasie pour les personnes souffrant d'une pathologie incurable

Concrètement, le texte prévoit notamment "une assistance médicalisée" qui permettra "une mort rapide et sans douleur" à "toute personne capable majeure, en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable (...) lui infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée ou qu'elle juge insupportable"

"Encadrer les euthanasies clandestines"

Le député de Charente-Maritime Olivier Falorni milite depuis des années pour "le droit à une fin de vie libre et choisie". L'élu s'est adressé en ayant apporté à la tribune la totalité des amendements déposés. "Ces feuilles n'ont qu'un but : empêcher l'Assemblée nationale de voter ici, souverainement, voilà ce que c'est !", s'est-il insurgé sous les vifs applaudissements des députés, tous bords confondus.

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Dans un entretien à Ouest-France, le député de Charente-Maritime estime que la fin de vie est "un sujet majeur". "La fin de vie préoccupe tous les Français (...) Cela ne veut pas dire que les Français veulent être euthanasiés. Mais ils veulent avoir le choix. L’immense majorité n’y aura pas recours. En Belgique, où la loi est passée depuis 20 ans, seule 2% de la population y a recours ! Aujourd’hui, il y a une hypocrisie", explique-t-il.

Il défend ainsi une proposition qui, selon lui, "va encadrer les euthanasies clandestines qui se pratiquent aujourd’hui". "Et non, bien sûr, on ne va pas tuer les autistes. Non, les personnes dépressives ne pourront avoir recours à cette loi ! Car la dépression n’est pas une maladie incurable ! Cette loi est celle de l’ultime liberté, qui ne retire aucun droit à quiconque. Chacun doit pouvoir mourir comme il veut. C’est un choix supplémentaire que l’on veut donner", ajoute-t-il. .

Olivier Falorni part du constat que l'"on meurt mal en France". "La crise du Covid a montré le manque d’écoute des malades en fin de vie à qui on n’a rien à proposer. Certains décèdent seuls, parfois dans des asphyxies insupportables", indiquait-il auprès de Libération.

L'affaire Vincent Lambert

En 2019, le député du groupe Libertés et Territoires avait déposé un projet de loi pour instituer une hiérarchisation de la parole des proches, dans le cas d'un arrêt des soins d'un patients. 

Quelques mois avant la mort de Vincent Lambert, devenu le symbole du débat sur la fin de vie, l'élu estimait dans les colonnes de Ouest-France que si cette loi avait été en vigueur, "la parole de l'épouse de Vincent Lambert aurait été décisive". Cette affaire "est une tragédie qui bouleverse tous les citoyens, quelles que soient leurs opinions". Selon lui, le cas de Vincent Lambert a révélé "une des multiples failles de la loi Claeys-Léonetti" pour les malades en fin de vie.

"La voix qui prime, c'est celle de la personne de confiance qui a été désignée par le patient. S'il n'y en a pas, la décision revient à l'époux, au partenaire de Pacs ou au concubin. S'il n'y en a pas, le choix revient aux enfants majeurs de la personne, puis à ses parents, puis à ses frères et sœurs majeurs", expliquait-il.

Un combat de longue date et de longue haleine

Le combat de cet ancien membre du Parti socialiste remonte à plusieurs années. Dans un portrait qui lui était consacré, Libération rappelle que lors de la campagne pour la présidentielle de 2012, il avait milité pour que François Hollande intègre dans son programme la promesse d’une "assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité". 

Son combat politique est intimement lié à son combat personnel. Sa mère est décédé d'un cancer. Au quotidien, il raconte : "Son décès a renforcé ma détermination à me faire élire. Je me suis dit qu’en tant que député, je porterais le sujet". 

On ne peut plus accepter la violence inouïe (...) que même les soins palliatifs (...) ne peuvent plus apaiser

Olivier Falorni à l'Assemblée en 2013
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En décembre 2013, le député avait interpellé la ministre des Affaires sociales et de la santé sur le cas de l'euthanasie Marisol Touraine. "Mes chers collègues, si j'ai décidé moi aussi de briser l'omerta de cette douleur intime, c'est que je considère qu'il en est désormais de mon devoir. Non pas de fils, mais de législateur. Car il faut une loi madame la ministre. On ne peut plus accepter la violence inouïe, d'agonies interminables que même les soins palliatifs et le dévouement des soignants ne peuvent plus apaiser", déclarait-il déclenchant une émotion palpable dans l'hémicycle, comme le rapportait Le Lab.

Huit ans plus tard, ce 8 avril 2021, la route est encore longue et le combat rude. Olivier Véran s'est dit, à l'Assemblée nationale, "pas convaincu qu'il faille ouvrir aujourd'hui ce débat d'envergure" sur l'euthanasie. "Le débat mérite d'avoir lieu, ça ne fait aucun doute" mais "il faut un débat serein", sur un sujet aussi "sensible", a estimé le ministre de la Santé. Cela "nécessite le temps d'un débat parlementaire et je crois d'un débat national aussi", "impliquant les soignants, les associations et les corps intermédiaires", a estimé le neurologue. 

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26. Coronavirus : comment la pandémie relance le débat sur l'euthanasie Crédit Image : RTL Originals | Crédit Média : RTL Originals | Durée : | Date :
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