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Emploi : pourquoi la fin des contrats aidés fait-elle polémique ?

ÉCLAIRAGE - La ministre du Travail Muriel Pénicaud estime que ce type de contrat "est coûteux" et "inefficace".

Muriel Pénicaud, ministre du Travail, le 28 juin 2017
Muriel Pénicaud, ministre du Travail, le 28 juin 2017 Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

C'est un nouveau coup de rabot dans les dépenses publiques. Après les aides au logement et les dotations aux collectivités territoriales, le gouvernement s'attaque aux emplois aidés. Interrogée au début du mois d'août à l'Assemblée nationale sur le devenir de ces contrats financés en partie par l'État pour favoriser l'insertion professionnelle, Muriel Pénicaud les a jugés "coûteux" et "pas efficaces dans la lutte contre le chômage".

Le budget 2017 voté lors du quinquennat précédent prévoyait la création de 280.000 contrats aidés cette année pour un montant de 2,4 milliards d'euros. Muriel Pénicaud accuse le gouvernement de Manuel Valls d'avoir "surconsommé" et "sous-doté" le budget alloué à ces contrats, en utilisant au premier semestre 2017 les deux tiers de la somme annuelle. Alors que le gouvernement prévoit d'importantes coupes dans les dépenses publiques, la ministre du Travail a annoncé avoir obtenu une rallonge budgétaire pour financer 13.000 contrats en plus pour le reste de l'année, tout en souhaitant "lancer une réflexion" dans les prochains mois quant à leur avenir.

Jugés inefficaces dans la lutte contre le chômage

Quelques jours auparavant, le Premier ministre Édouard Philippe avançait dans une interview au Parisien qu'il fallait "mettre en oeuvre une vraie politique de formation, car les emplois aidés ne débouchent malheureusement pas sur des emplois stables !" Les détracteurs de ce type de contrats courts dont le coût atteint en moyenne 3 milliards d'euros par an, fustigent la disproportion entre le budget conséquents qu'ils représentent et leur inefficacité dans la lutte contre le chômage de longue durée. 

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Mis en place il y a près de 30 ans, les contrats aidés regroupent plusieurs types de contrats destinés à accompagner les chômeurs dans leur retour à la vie professionnelle : les emplois d'avenir instaurés par François Hollande, les contrats starter et les contrats uniques d'insertion (CUI) dans le secteur marchand - Contrat Initiative Emploi (CIE) - ou non-marchand - Contrat d'Accompagnement dans l'Emploi (CAE). 

En France en 2016, 354 000 personnes bénéficiaient d’un contrat aidé (contrat unique d’insertion, emploi d’avenir) dans le secteur non marchand (associations, collectivités, administration) et 654 000 dans le secteur marchand selon les données de la Direction de l'Animation de la Recherche et des Études et des Statistiques (DARES). Les agences Pôle Emploi ont d'ores-et-déjà reçu l'ordre de ne plus proposer ce type de contrat, et certains bénéficiaires, pour la plupart employé par les collectivités locales, ont même vu leur convention rompue du jour au lendemain.

Les maires en colère

"J’ai appelé Pôle emploi. On m’a expliqué que les CAE n’étaient plus financés par l’État" raconte Cynthia Michas à La Charente Libre. Alors que son contrat est sur le point d'être signé, le 28 juillet la jeune fille reçoit un courrier dans lequel l'agence l'informe que "la convention d'accompagnement dans l'emploi ne pourra pas être mise en oeuvre". Au Havre, Isabelle a été renvoyée chez elle après seulement trois jours de travail alors qu'elle venait d'y déménager avec ses enfants pour commencer un CUI. "Je me retrouve dans une situation totalement délirante", résume-t-elle au micro de France Bleu Normandie, ajoutant que personne ne veut lui payer les trois jours de travail fournis.

Interrogé par RMC mercredi matin François Ruffin, député France Insoumise (FI) de la Somme s'est inquiété de la suppression des emplois aidés. Il appelle le gouvernement à faire "une autre politique sociale". "On ne peut pas supprimer quelque chose en ne disant pas ce qu'il y a à la place", s'exaspère-t-il.

Du côté des élus locaux, c'est aussi la surprise. Sylvie Robert, maire de Saint-Didier-sur-Rochefort (Loire) avait prévu deux contrats aidés dans sa commune pour la rentrée scolaire : une aide cuisinière et une aide maternelle. Ces deux emplois aidés sont aujourd'hui supprimés. "Cela veut dire qu'il faut repenser complètement l'organisation pour toute l'année scolaire", déplore-t-elle sur France Bleu Saint-Étienne Loire

À La Réunion, les maires des 24 communes de l'île ont manifesté leur désaccord le 8 août avant d'être reçus par le préfet qui leur a promis 1.800 emplois aidés d'urgence. "L'emploi aidé à La Réunion n'est pas de l'assistanat, mais correspond bien à de vrais postes de services", a déclaré mercredi dernier Jean-Hugues Ratenon député France Insoumise (FI) de la Réunion à l'Assemblée nationale. Face aux inquiétudes des élus de l'Outre-Mer, Muriel Pénicaud a tenté de calmer les esprits en assurant que l'Outre-Mer restait une "priorité" de la refonte du système des emplois aidés prévue à la rentrée au même titre que "l'éducation nationale, l'urgence sanitaire et l'urgence sociale".

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