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ÉDITO - Nucléaire : François Lenglet analyse la stratégie d'Emmanuel Macron

Moins de deux mois avant l'élection présidentielle, le chef de l’État a annoncé jeudi 10 février le plus ambitieux programme nucléaire au monde après celui de la Chine.

La centrale nucléaire de Cattenom, dans l'est de la France, le 17 octobre 2017.
La centrale nucléaire de Cattenom, dans l'est de la France, le 17 octobre 2017.
Crédit : PATRICK HERTZOG / AFP
François Lenglet - édité par Florine Boukhelifa

En déplacement à Belfort, Emmanuel Macron a relancé le nucléaire français de façon spectaculaire jeudi 10 février. Le président a notamment annoncé la construction de six centrales nucléaires, dont la première devrait être commencée en 2028 et achevée en 2035.

Parallèlement, une étude portant sur la réalisation de huit tranches supplémentaires va être lancée. Le service des centrales existantes sera quant à lui prolongé au-delà de cinquante ans, au moins pour celles qui le permettront sur la cinquantaine existant actuellement. Un programme très ambitieux.

Il ne s’agit cependant pas du tout nucléaire, puisque la France va également lancer un gigantesque programme éolien off shore, c’est-à-dire en pleine mer, et ambitionne de multiplier par dix sa production solaire. Le tout avec l'objectif d'atteindre la neutralité carbone en 2050, tout en produisant alors plus d’électricité qu’aujourd’hui, pour remplacer les énergies fossiles.

Cependant, drôle de timing pour annoncer le plus gros investissement du quinquennat, à deux mois pile de l’élection présidentielle, même si Emmanuel Macron a des chances de se succéder à lui-même. C'est au moins le sentiment qu’il veut donner en enjambant ainsi les échéances. Le plus étonnant est qu’il a complètement changé d’avis, lui qui a fait fermer la centrale de Fessenheim, début 2020, dans le sillage d’une décision très contestable prise par François Hollande. D’autres fermetures devaient suivre, mais les gaz sont remis avec le programme le plus ambitieux au monde après celui de la Chine.

Un programme ambitieux avec une entreprise fragilisée

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Cette volte-face s'explique notamment par la crise énergétique et l’envolée des prix du gaz et de l’électricité qui a fait mûrir l’opinion publique et une partie de la classe politique sur le sujet, les efforts intensifiés pour décarboner, avec l’essor de la voiture électrique depuis 18 mois, ou encore besoin de souveraineté nationale. Comme l’état d’esprit général a changé, en bon politique, Emmanuel Macron inverse la vapeur. Cependant, que des investissements aussi lourds soient décidés à partir d’un sentiment collectif assez fluctuant, à partir de considérations politiques et non pas avec l’analyse des faits, est sidérant.
 
Les nouvelles centrales vont coûter 52 milliards d’euros pour les six premières, financées en partie par l’État, mais aussi par EDF, ce qui est à peu près la même chose, puisqu’EDF lui appartient à 85%. Tandis qu'il va falloir emprunter cette somme, la récente victoire de Bruno Le Maire sur la taxonomie, c’est-à-dire la liste des énergies dites propres et susceptibles d’être financées à taux bas par les prêteurs internationaux, est essentielle. Le nucléaire, un temps exclu de ce précieux répertoire par Bruxelles, y a été réintégré in extremis, permettant ainsi de le financer à bon compte.
 
Un programme annoncé alors que l'État réfléchit à nationaliser EDF. Quelle que soit l’option retenue au final, il faudra recapitaliser l’entreprise, c’est-à-dire y remettre l’argent du contribuable. Le problème est que celle-ci est fragilisée non seulement par sa structure financière, mais aussi par la panne d’une dizaine de réacteurs. Sa production a chuté de plus de 25% par rapport à il y a dix ans, entraînant un manque à gagner considérable.

Autre difficulté, les compétences françaises en matière de nucléaire se sont affaiblies, car aucune centrale n'a été construite depuis 25 ans. Autant dire que ce chantier gigantesque et bienvenu sera une œuvre de très longue haleine qui s’étagera sur plusieurs mandats présidentiels. L’indépendance française est à ce prix. 

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