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Didier Lallement, un préfet de police très politique et adepte des phrases cinglantes

PORTRAIT - Le ministre de l'Intérieur a réaffirmé sa "confiance" envers Didier Lallement, après l'évacuation musclée d'un campement de migrants à Paris. Retour sur le parcours du préfet de police de Paris entre politique et préfecture mais avec comme constante des déclarations tranchantes.

Didier Lallement, le 17 novembre 2020 à Paris
Didier Lallement, le 17 novembre 2020 à Paris Crédit : Christophe ARCHAMBAULT / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

"Je renouvelle ma confiance au préfet de police". Sous le feu des critiques depuis plusieurs jours sur la proposition de loi "sécurité globale", Gérald Darmanin a apporté son soutien au préfet de police de Paris Didier Lallement après l'évacuation musclée d'un camp de migrants à Paris. Le ministre de l'Intérieur a une nouvelle fois dénoncé "des gestes totalement inacceptables" de la part de "quelques policiers". 

"Si c'est vérifié, je prendrai des sanctions, a-t-il promis sur France 2. Mais je ne vais pas condamner l'intégralité des policiers et des gendarmes qui sont intervenus sur cette place ainsi que le préfet de police pour les faits de quelques-uns". 

Depuis l'évacuation du camp de migrants place de la République à Paris, le préfet de police Didier Lallement est la cible de vives critiques de la part de la classe politique. Depuis sa nomination et la crise des "gilets jaunes", Jean-Luc Mélenchon a demandé à plusieurs reprises sa démission, dénonçant "des méthodes de psychopathe". 

De Chevènement, à Macron en passant par Valls

Tout au long de sa carrière, Didier Lallement a alterné entre des postes avec un prisme politique, en travaillant dans les ministères et des postes au sein du corp préfectoral. En 1997, il est le conseiller technique de Jean-Pierre Chevènement, à l'époque ministre de l'Intérieur. Il a également été secrétaire général du ministère de l'Intérieur sous le mandat de François Hollande, lorsque Manuel Valls était à la tête de la place Beauvau.

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"Directeur de cabinet de Dominique Perben au ministère des Transports, il est resté proche de ce dernier. Chiraquien ayant rallié à Macron, l’ancien garde des Sceaux aurait joué un rôle dans sa nomination", notait L'Obs en décembre 2019.

Pour comprendre le personnage, il faut remonter à une altercation datant de 2018. Didier Lallement est à l'époque préfet de Nouvelle-Aquitaine. Un passage qui marquera les esprits. "À Bordeaux, certains ont sabré le champagne lors de son départ", raconte une source dans L'Obs. Lors d'une réunion à la préfecture de Bordeaux, pour signifier son mécontentement, le préfet a lancé à l’un des commissaires du service lors d’une réunion hebdomadaire de sécurité intérieure : "Vous allez finir sur un croc de boucher". "Le lendemain, on a tous regretté de ne pas s’être levés", a raconté l’un des fonctionnaires présents dans Le Monde.

Il aime ce rôle de méchant

Un sous-préfet qui a travaillé à ses côtés dans "L'Obs"
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Didier Lallement assume son rôle de "bad cop", au franc parler. Peut-être trop franc, abrupte et impérieux. "Ne craignez jamais de vous faire des ennemis. Si vous n’en avez pas, c’est que vous n’avez rien fait", aime répété le préfet de police de Paris en citant Clemenceau.

Quant aux critiques, elles glissent sur lui à en croire un sous-préfet qui a travaillé à ses côtés. "C’est du petit-lait pour lui. Il aime ce rôle de méchant. Il a l’impression de se rapprocher de ces grands chefs de la police qu’entoure une légende noire", expliquait-il dans L'Obs

Le principal intéressé dira même à la directrice adjointe de son cabinet : "Je ne mets aucun affect dans mes relations professionnelles. Moi, ce qui m’émeut, c’est le drapeau tricolore qui flotte au vent, le visage des hommes et des femmes qu’on passe en revue…". Pour résumer : "Cet homme a une carapace. Sous la casquette, il y a un mystère", confie un préfet dans les colonnes du Monde.

Plusieurs polémiques

Didier Lallement, c'est aussi des répliques cinglantes devant les caméras. En pleine crise des "gilets jaunes", le 17 novembre 2019, le préfet de police de Paris est interpellé par une "gilet jaune" - qui se trouve être aussi habitante de la capitale - sur les méthodes employées par les forces de l'ordre. Réponse de Didier Lallement : "Nous ne sommes pas dans le même camp, madame". Des propos qui prendront une dimension politique et qui illustreront le fossé qui s'est formé entre les manifestants et les forces de l'ordre.

Pour certains, Didier Lallement a manqué au code de déontologie de la police et de la gendarmerie nationale. L'article R. 434-29 stipule que "le policier est tenu à l’obligation de neutralité. Il s’abstient, dans l’exercice de ses fonctions, de toute expression ou manifestation de ses convictions religieuses, politiques ou philosophiques", comme le soulignait à l'époque nos confrères du HuffPost.

Autre période, autre polémique. En avril dernier, alors que le pays connaît une crise sanitaire inédite et se confine, Didier Lallement avait déclaré : "Pas besoin d'être sanctionné pour comprendre que ceux qui sont aujourd'hui hospitalisés, qu'on trouve dans les réanimations, sont ceux qui au début du confinement ne l'ont pas respecté. Il y a une corrélation très simple". 

Tollé après ses déclarations. Du côté du ministère de l'Intérieur, à l'époque représenté par Christophe Castaner, on assurait que "ce propos est inexact", tout en appelant le préfet de police pour lui demander de présenter ses excuses. Dans un communiqué, Didier Lallement finira par "regretter" ses propos. "Je présente mes excuses à tous ceux que j’ai pu heurter", avait-il alors déclaré.

Didier Lallement "en rajoute et la ramène un peu, il aime être détesté. Il s'en fout d'être aimé, il tient la boutique", assure un gradé auprès de L'Express. Simple fusible, cible de l'opposition ou préfet de police hautement politique ? Le mystère Lallement reste entier.

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