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Coronavirus : Olivier Véran, un style à mi-chemin entre politique et technicien

DÉCRYPTAGE - Olivier Véran a pris la relève d'Agnès Buzyn le 16 février dernier au gouvernement. Immédiatement, le ministre de la Santé a été propulsé au cœur de la crise du coronavirus. Un enjeu qu'il relève en jonglant entre sa casquette de politique et sa blouse de médecin.

Olivier Véran, le 6 mars 2020
Olivier Véran, le 6 mars 2020 Crédit : Kenzo TRIBOUILLARD / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

On en oublierait presque que cela ne fait qu'à peine un mois. Le 16 février dernier, Olivier Véran succède à Agnès Buzyn au ministère des Solidarités et de la Santé. Un tout autre temps politique : la ministre, poids lourd du gouvernement d'Edouard Philippe, décide de se lancer dans la bataille des municipales à Paris, après le renoncement surprise de Benjamin Griveaux. 

A cette époque, la crise du coronavirus s'est déjà largement répandue à travers le monde. Mais en France, malgré un premier mort, l'épidémie au sein de l'Hexagone semblait inimaginable. Agnès Buzyn sera d'ailleurs ciblée par l'opposition pour son départ du gouvernement en pleine crise sanitaire. A laquelle s'ajoute en filigrane, une crise des hôpitaux. 

Nommé au gouvernement pour gérer la vague du coronavirus qui s'annonce, Olivier Véran arrive dans un ministère encore très marqué par la patte de celle à qui il succède et dans un contexte de crise qui ne cessera de se décupler. 

Transparence et pédagogie

Lors de sa passation de pouvoirs avec Agnès Buzyn, l'hématologue avait déclaré à l'attention de son successeur : "Les défis ne manquent pas". Une phrase qui résonne désormais comme une mise en garde. Mais dès son entrée en fonction, Olivier Véran monte au créneau. Lors de sa passation de pouvoirs avec Agnès Buzyn, il affirme que l'épidémie de coronavirus reste "la priorité numéro 1" du ministère de la Santé

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Il joue dès lors la carte de la transparence : "Je partagerai avec les Français l'ensemble des informations dont je disposerai, (...) je continuerai de faire des compte-rendus réguliers sur la situation", comme l'ancienne ministre l'a fait depuis le début de la diffusion de l'épidémie de Covid-19 hors de Chine, où le virus est apparu en décembre.

Même style, même communication, mais tout autre sujet quelques jours plus tard. Les premiers pas d'Olivier Véran en tant que ministre de la Santé se feront sur la réforme des retraites. C'est lui qui donnera le coup d'envoi, devant les députés, des débats sur la réforme des retraites, fin février. Quand ses adversaires politiques dénoncent une casse sociale, lui, vante "une ambition immense"

Une hyper-présence médiatique

Investi de sa mission, Olivier Véran va alors retrousser les manches. Plateaux télés, matinales à la radio, matin, soir, week-end, seul, aux côtés d'Emmanuel Macron... Le nouveau ministre de la Santé est partout. Et son style c'est la pédagogie. Une notion qui a longtemps été reprochée à l'exécutif pendant la crise des "gilets jaunes"

"Quand il a été nommé, je lui ai dit : 'Il faut que tu sois le François Molins du coronavirus'", s'amuse le député LaREM Sacha Houlié, en référence au procureur de Paris lors des attentats de 2015, dont l'expression médiatique régulière avait été jugée aussi limpide que rassurante.

Son passage sur BFMTV le 9 mars dernier marquera les esprits. Avec une feuille et un stylo, le ministre de la Santé explique à travers un schéma l'évolution de l'épidémie et la riposte envisagée par le gouvernement. Tel un médecin en consultation, il met en avant le fait qu'une "image vaut mille mots". Une méthode simple et pourtant inhabituelle de la part d'un ministre interviewé à la télévision. Sur tous les fronts, le ministre se livre même à un bras de fer avec Ségolène Royal sur le confinement, sur Twitter.

Des couloirs de l'Assemblée au gouvernement

Ce macroniste de la première heure et référent santé du candidat pendant la présidentielle, bénéficie, au moins dans un premier temps, de son statut de médecin comme le furent avant lui à ce poste "Bernard Kouchner, Philippe Douste-Blazy, Nora Berra, ou Agnès Buzyn", rappelle l'AFP. Un statut qu'il n'hésite pas à rappeler lors de ses interventions dans les médias. Lui-même reconnait que "la classe politique n'est pas aimée ; quand je porte ma blouse blanche, j'ai une cote de confiance de 84%, quand je mets l'écharpe tricolore, ça tombe à 6% ! Il faut renouveler la vie politique et être plus proches des gens".

Lorsqu'il était député de l'Isère, le neurologue a occupé pendant plus de deux ans, le poste stratégique de rapporteur général de la commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale. Auparavant, c'est dans les rangs socialistes et en tant que suppléant de Geneviève Fioraso, qu'il a fait ses début en politique. Il est aussi conseiller régional d'Auvergne-Rhône-Alpes depuis 2016 et a été nommé, en janvier, rapporteur du volet organique de la réforme des retraites, celui sur l'équilibre financier. Le neurologue avait déjà été pressenti pour occuper le maroquin de la Santé en 2017. "Certains disent que j'en rêvais, mais ce n'est pas vrai. Je n'étais pas le couteau entre les dents. Et, en plus, j'ai beaucoup aimé ma vie parlementaire. En revanche, je confirme que j'y étais préparé", explique le principal intéressé dans Le Parisien.

"En première ligne sur la crise du coronavirus, certains prêtent au Dr Véran des ambitions inépuisables. 'Et bon courage à Matignon pour le manager', prévient un parlementaire. 'Car il est tenace...'", souligne Challenges. Très vite, Olivier Véran a trouvé sa place au sein du gouvernement. "Il n'a pas eu besoin de rodage. Avec lui, c'est rapide et efficace. Je connais Olivier depuis longtemps. C'est le député de la circonscription de ma belle-famille, on a des amis en communs et on a même joué au foot dans l'équipe de l'Assemblée nationale à l'époque où nous n'étions pas dans le même camp ! Bref, on s'apprécie de longue date", confiait Edouard Philippe à nos confrères du Parisien

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