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Coronavirus, anti-vaccin, pénurie et bug : les craintes du gouvernement

DÉCRYPTAGE - Au fur et à mesure qu'avance la campagne vaccinale, de nouveaux sujets émergent dans le débat politique. Autant de risques pour le gouvernement que ces derniers se transforment en polémiques.

Oliver Véran, le 9 janvier 2021
Oliver Véran, le 9 janvier 2021 Crédit : Lionel BONAVENTURE / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

"Ça prend plus de temps qu'un tweet". Emmanuel Macron a répondu aux critiques sur la campagne vaccinale, avec une pointe d'agacement. En déplacement dans l'Eure, le président de la République a défendu la stratégie vaccinale de l'exécutif. "On ne compare pas au bout de deux jours, ce qui va durer plusieurs mois", a-t-il déclaré. Le chef de l'État a aussi pointé du doigt, sans les nommer, ceux qui sont à l'origine de ces critiques : "Ceux qui me disent : 'Ça ne va pas assez vite' aujourd'hui sont ceux qui disent 'Ça va trop vite' en décembre".

Au-delà des défis sanitaires et logistiques, le gouvernement doit aussi faire face à la colère et l'impatience des élus de terrain qui souhaitent être davantage associés à l'organisation de la campagne vaccinale.

La ministre déléguée chargée de l'Autonomie, Brigitte Bourguignone a indiqué que le gouvernement espérait atteindre les 400.000 personnes vaccinées contre le coronavirus à la fin de la semaine, notamment dans les Ehpad où jusqu'ici moins de 30.000 résidents ont reçu le vaccin. En parallèle des chiffres et de la communication politique, l'exécutif doit agir sur plusieurs fronts, notamment le risque de pénurie et la montée des discours anti-vaccin et complotistes.

Eviter la pénurie

La crainte d'un risque de pénurie a rapidement émergé dans le débat politique. "Avec un million de résidents et de personnels de santé concernés dans les Ehpad, quelque 5 millions de plus 75 ans, et deux injections par personne, les doses attendues risquent de ne pas suffire dans l'immédiat", souligne l'AFP. La France attend 500.000 doses par semaine de vaccin Pfizer/BioNTech et 500.000 doses par mois du vaccin Moderna.

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Un risque bien connu au ministère de la Santé. Selon Le Canard Enchaîné, Olivier Véran se serait inquiété : "Cinq millions de personnes sont concernées. On aura au départ un million de vaccins, puis 500.000 par semaine. Donc, il n'y en aura pas tout de suite pour tout le monde".

La question de la quantité de seringues disponibles a aussi été posée. Dans Libération, le chercheur en immuno-oncologie Éric Billy faisait part de ses inquiétudes concernant les stocks de seringues. Lors d’une audition à l’Assemblée nationale, Olivier Véran a assuré qu'"il y a plus de 3 millions d'aiguilles en stock chez Santé Publique France, et 800.000 sont acheminées dans les hôpitaux. Nous avons 4,5 millions de seringues dans les stocks de Santé Publique France, et 650.000 sont acheminées cette semaine, puis à nouveau 2 millions la semaine prochaine".

Affronter les discours anti-vaccin

Olivier Véran a reconnu un manque de clarté dans la campagne vaccinale. "Je prends personnellement le point là-dessus", a-t-il déclaré sur BFMTV en confessant avoir été "un peu trop défensif dans la façon d'aborder le vaccin", voire "un peu trop prudent". 

Selon un sondage Ipsos Global Advisor/Forum économique mondial publié fin décembre, la France est la "championne du monde" des pays réfractaires. Seuls 4 Français sur 10 accepteraient de se faire vacciner contre le coronavirus. Le ministre de la Santé fait un lien entre cette prudence et la montée des discours anti-vaccin. Sur Europe 1, le neurologue a estimé que l'exécutif "avait sans doute internalisé l'espèce de défiance générale vis-à-vis des vaccins dont on parlait en permanence sur les plateaux et dans les familles". 

Il s'agit justement de l'un des nombreux reproches formulés par Xavier Bertrand. Le président de la région Hauts-de-France juge que l'erreur du gouvernement est d'avoir voulu appliquer le "en même temps", en cherchant à "faire plaisir" à la fois aux pro-vaccin et aux anti-vaccin. Au Parti socialiste, le sénateur Rachid Temal dénonce le "triple échec du pouvoir en place", citant "un gouvernement incapable de travailler dans la transparence", "le retard français dans la vaccination" et "le sentiment anti-vaccin qui ne faiblit pas".

Et s'il y a un bug ?

Autre crainte évoquée par le gouvernement en coulisses : le bug. Les personnes âgées de plus de 75 ans pourront dès le 18 janvier se faire vacciner s'ils le souhaitent. Au préalable, ils devront s'inscrire par internet ou téléphone. "Nous attendons un afflux massif. On espère qu'il n'y aura pas de bug", prévient Olivier Véran selon des propos rapportés par Le Canard Enchaîné. Mais le ministre de la Santé reconnaît que "cela peut arriver". 

"En Allemagne, ils ont encore six heures de délai au téléphone pour avoir un rendez-vous alors que ça fait plusieurs jours que les lignes sont ouvertes; expliquait-il. Les Français vont avoir peur de ne pas être vaccinés : il va donc falloir les rassurer et leur répéter que la vaccination se fera de manière progressive". Autant de sujets qui pourraient potentiellement devenir des polémiques en puissance pour le gouvernement.

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