2 min de lecture Littérature

D'où vient le "grec", comme on dit chez nous ?

Certains Français ont une tatan, d’autres une tata ; certains étendent leur linge sur un tancarville (mais pas tous) ; même les noms des sandwichs changent selon les régions, s’amuse Muriel Gilbert.

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D'où vient le "grec", comme on dit chez nous ? Crédit Image : AFP PHOTO / THOMAS SAMSON | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Muriel Gilbert
Muriel Gilbert édité par Cassandre Jeannin

L’immense ami des mots qu’était Alain Rey nous a quittés cette semaine. J’évoque souvent son nom dans le Bonbon sur la langue, notamment à travers son Dictionnaire historique de la langue française, dans lequel je débusque toujours des merveilles étymologiques. Alain Rey, c’était aussi naturellement l’un des pères des dictionnaires Le Robert, et l’auteur de chroniques sur les mots délicieuses et savantes, sur une autre radio, qui ont régalé les auditeurs (dont moi !) pendant des années.

La bonne nouvelle, c’est quand même qu’Alain Rey, s’il n’a pas eu d’enfants, paraît-il, nous a laissé quantité de livres ! Et justement, il y en a un que je viens de recevoir et dont je voulais vous parler. Il s’appelle Comme on dit chez nous. Il vient de sortir, aux éditions Le Robert, ça va de soi, avec la complicité de la linguiste Aurore Vincenti, Alain Rey, en ayant écrit la préface. Son auteur est Mathieu Avanzi, un linguiste dont j’ai déjà évoqué les ouvrages à la fois amusants et passionnants, dont l’objet est de comparer et de mettre en cartes géographiques les différentes façons de parler des Français. Dans sa préface au livre, Alain Rey le qualifie de "cartographe du langage".

J’y ai appris dans quelles régions on parle de tatan pour désigner sa tata, que le nom de tancarville quand il s’agit d’un étendoir à linge vient bien du pont de Tancarville, dont s’étaient inspirés les concepteurs de cette merveille technologique sur pattes, ce qui n’empêche pas certains de l’appeler étendage, et surtout pourquoi mon fils a passé son adolescence à se nourrir de ce qu’il appelait des "grecs" alors que mes amis de Nîmes et de Montpellier les appellent des kebabs.

Qu'est-ce qu'un "grec" ?

Figurez-vous, amis des mots, que ce sandwich à base de viande cuite sur une broche verticale découpée en fines lamelles a été inventé à Berlin dans les années 1970, par un immigré turc du nom de Mehmet Aygün, nous apprend Mathieu Avanzi. Quand ce sandwich arrive chez nous, dans les années 1980, de manière surprenante, il se vend à travers les vitrines ouvertes des restaurateurs grecs largement implantés dans le Ve arrondissement de Paris, notamment rue de la Huchette et rue Mouffetard, tout près de la Sorbonne et de ses étudiants affamés. Ça tombe bien, ce qu’ils se mettent illico à appeler "sandwich grec", puis "grec" tout court (alors qu’il est turc, on est d’accord) n’est pas cher, et plein de protéines… et de graisses.

"Grec" ou "kebab" ?

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Bref, il est bien nourrissant. Ils l’adoptent. Et le nom de "grec" est resté quand le sandwich s’est répandu dans toute la région parisienne, dans les années 1990. Mais partout ailleurs en France s’est installé le terme "kebab", qui signifie littéralement "viande grillée" en arabe, désignation qui d’ailleurs a toujours été indiquée sur les vitrines de ceux qui vendaient ces sandwichs, qui peuvent être délicieux – si pas très diététiques.

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