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Un enfant participant à une activité périscolaire (illustration)
Crédit : AFP / Loïc Venance
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Dans l'intensité de la campagne des élections municipales à Paris, seul le sujet des violences sexuelles dans le périscolaire a fait consensus : il faut "tout remettre à plat".
Depuis le printemps 2025, Paris est frappée par une vague de signalements visant des animateurs périscolaires de différents établissements pour des soupçons de violences sexuelles allant jusqu'au viol sur de très jeunes enfants.
Les familles, parfois organisées en collectif, dénoncent le "mur de silence" institutionnel auquel elles ont été confrontées au moment de livrer leurs témoignages, entre parole des enfants recueillie à la légère ou mise en doute et "omerta" bloquant la transmission des signalements. À trois jours du second tour des élections municipales, les familles sont sur le point de connaître leur prochain interlocuteur, chaque candidat ayant fait de ce scandale un élément central de son programme.
Tout commence en avril 2025. Les parents d'élèves de l'école maternelle Alphonse-Baudin, dans le 11e arrondissement de Paris, ont été informés de la suspension d'un animateur. L'homme, qui s'occupe des enfants, est visé par plusieurs plaintes pour des faits à caractère sexuel compris entre septembre 2024 et avril 2025.
La mère d'une petite fille de 3 ans, racontait au micro de Marc-Olivier Fogiel sur RTL en novembre dernier ce jour qu'elle a vécu comme un "cataclysme". "Le ciel nous tombe sur la tête et immédiatement on comprend tout, tous les comportements de notre fille depuis la rentrée qui nous inquiétaient, pour lesquels on était allé voir des spécialistes, des médecins, une orthophoniste pour des troubles alimentaires notamment..."
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Le suspect devait être jugé en novembre dernier pour agressions sexuelles sur mineur de moins de 15 ans, au préjudice de cinq victimes, et agression sexuelle sur une collègue. L'audience a été renvoyée au printemps.
Quelques mois plus tard, en novembre 2025, Mediapart révèle qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé et que les suspensions d'animateurs se multiplient dans les écoles de la ville de Paris. Celle-ci confirmera que 52 animateurs ont ainsi été suspendus au cours des trois dernières années, dont 20 en 2025, pour des faits à caractère sexuel.
Le média d'investigation a également dévoilé que trois animateurs ont été suspendus dans le cadre d'une enquête administrative pour des faits d'exhibition et d'agression sexuelles à l'école Bullourde, là encore dans le 11e arrondissement. Des parents ont déposé une plainte avec constitution de partie civile de la Ville de Paris, pour viol aggravé sur une enfant de maternelle.
Début février, l'un d'entre eux a été interpellé et mis en examen pour agression sexuelle sur mineur, exhibition sexuelle au préjudice d’un mineur et corruption de mineur et placé sous contrôle judiciaire.
Le scandale a encore pris de l'ampleur fin janvier 2026 quand l'émission de France 2 "Cash investigation" a révélé, images à l'appui, de nouveaux comportements inappropriés parmi les animateurs du périscolaire parisien, déclenchant la colère des parents d'élèves.
Neuf agents du périscolaire ont ainsi été suspendus pour suspicions de violences physiques et sexuelles commises dans l'école maternelle Sainte-Dominique, dans le 7ᵉ arrondissement de Paris. Soupçonnés de violences physiques, sexuelles et "posture professionnelle inappropriée", ils ont été suspendus à titre conservatoire à la suite de la diffusion de l'émission. Un collectif de 73 parents, l'école Sainte-Dominique et d'autres établissements voisins, dénonce dans une plainte contre X que RTL a pu consulter "des faits d'une particulière gravité, concernant l'encadrement de très jeunes enfants dans le temps périscolaire".
Un autre agent, de l'école Volontaires dans le 15ᵉ arrondissement, qui avait pourtant été exfiltré fin 2025 de l'école Saint-Dominique suite à des suspicions de cris sur des enfants, a également été suspendu. Le 10 mars dernier, à cinq jours du premier tour des élections municipales, France Inter révèle que cet animateur est visé par trois plaintes pour viol sur mineur déposées début février.
Le 19 février, dans une tribune publiée par Libération, les parents de quinze enfants de l'école Paul-Dubois, dans le centre de Paris, ont dénoncé des faits commis entre 2018 et 2019, quand leurs enfants avaient entre 3 et 5 ans, par un animateur qui a été suspendu par la Ville et réfute ces accusations.
Ils pointent "un même aveuglement qui se répète" dans le périscolaire parisien. "Le déni de l'institution scolaire, de la Ville de Paris, ainsi que les manquements des enquêtes administrative et policière... nous les avons vécus et dénoncés, déjà, il y a six ans. Ce sont les mêmes failles, les mêmes dysfonctionnements, le même aveuglement qui se répètent dans les cas qui ont fait surface ces derniers mois.."
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Les familles expliquent avoir saisi en 2019 l'adjoint à l'Éducation, Patrick Bloche, ainsi que la maire PS Anne Hidalgo. "Nos appels sont alors restés sans suites concrètes. Il aura fallu attendre ce déferlement de cas (...) pour que la mairie de Paris commence à réagir", dénoncent-elles, accusant la Ville d'avoir "étouffé les signalements".
Chez les parents de l'école Sainte-Dominique, le désespoir est le même. "Quand j'ai relevé des faits douteux à la directrice, on a minimisé", relate sur son compte Instagram Camille, dont les filles avaient alors 3 ans et demi et 5 ans. En 2023, "quand j'ai voulu porter plainte, on a refusé de prendre ma plainte" et "quand mes filles ont été auditionnées, on a inversé leurs témoignages".
Interrogée sur France Inter, Anne Hidalgo a reconnu une part de responsabilité en tant que maire mais s'est défendue de n'avoir "rien fait" depuis 2015, année de la publication d'un rapport de l'inspection générale de la Ville sur le périscolaire.
Depuis la révélation de cas d'agressions sexuelles dans les écoles parisiennes, la Ville de Paris a annoncé un plan de lutte contre les violences sexuelles et sexistes, qui prévoit notamment la création d'un poste de Défenseure des enfants.
Mais les syndicats regrettent la faiblesse des annonces concernant leurs conditions de travail et ont lancé un appel à la grève avant les vacances d'hiver. Le secteur compte seulement 2.500 adjoints d'animation et 1.000 animateurs contractuels, contre 8.500 vacataires au statut précaire.
Au mois de novembre, en banlieue parisienne, l'une de nos journalistes avait, par exemple, été embauchée après un entretien de huit minutes et sans avoir présenté de casier judiciaire, comme cela est obligatoire.
À la suite des multiples révélations qui ont secoué le périscolaire dans la capitale, la Ville de Paris a annoncé mi-novembre un plan de lutte contre les violences sexistes et sexuelles faites aux enfants dans les écoles, avec notamment un renforcement de la formation des animateurs. Un guide parental à destination des familles a également été publié mi-mars.
À Paris, le scandale du périscolaire a dessiné les contours d'une campagne à couteaux tirés. Malgré les mesures annoncées, le candidat de la majorité sortante, Emmanuel Grégoire, a essuyé les critiques, tandis que les parents oscillent entre espoir, colère et sentiment d'abandon. Rachida Dati, candidate de la droite à l'Hôtel de Ville, a dénoncé tout au long de la campagne une "omerta" et un "déni" de l'exécutif sortant, tenant directement pour responsable son adversaire Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI, du "recrutement de pédocriminels".
Mais si certains parents saluent la demande de Rachida Dati d'exiger la liste des animateurs déplacés ou suspendus et le nombre de signalements en cours, d'autres lui ont aussi reproché, ainsi qu'à sa proche collaboratrice, Emmanuelle Dauvergne, d'avoir tenté de passer sous silence une plainte déposée à l'école Saint-Dominique dans son arrondissement, ce qu'elle dément.
"Il y a eu des manquements, a posteriori j'aurais dû plus m'occuper de ce sujet", a reconnu à la mi-février Emmanuel Grégoire, qui a lui-même révélé fin 2025 avoir été victime de violences sexuelles dans le cadre périscolaire quand il était enfant.
Au cœur de l'unique débat entre les trois qualifiés dans la course à la mairie de Paris, le 18 mars, la question des violences sexuelles dans le périscolaire a occupé une large place. "On va tout remettre à plat", a promis Emmanuel Grégoire, ciblé par ses deux concurrentes sur le scandale.
Sophia Chikirou, a assuré qu'elle débloquerait 19 millions d'euros supplémentaires par an pour le périscolaire, tandis que Rachida Dati a promis sur notre antenne que son premier objectif serait de restaurer la confiance des parents en recevant toutes les familles qui n'ont pas été entendues".
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Le collectif SOS Périscolaire a, par ailleurs, été reçu à l'Élysée pour "mettre fin à un angle mort" qui nécessite "des mesures nationales". "Le rendez-vous a été très positif, nos dossiers ont été étudiés, une réunion de travail concrète à laquelle on participera va avoir lieu dans les semaines à venir", a indiqué à Elisabeth Guthmann, co-fondatrice du collectif SOS Périscolaire, qui centralise depuis quatre ans les signalements des parents.
Le collectif appelle à "reprofessionnaliser toute la filière avec tout ce qui existe dans tous les autres métiers", soit des critères de recrutement, des contrôles et des sanctions. Il demande également la création d'une commission indépendante pour faire un état des lieux sur le périscolaire, à l'image de la Ciivise, la Commission dédiée aux violences sexuelles faites aux enfants.
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