1. Accueil
  2. Actu
  3. Justice et faits divers
  4. Marseille : à la découverte des scellés judiciaires du tribunal, une drôle de caverne d'Ali Baba
3 min de lecture

Marseille : à la découverte des scellés judiciaires du tribunal, une drôle de caverne d'Ali Baba

Du balai-brosse au sabre nazi, 230.000 objets étiquetés et cachetés entassés sur presque deux kilomètres d'étagères. Bienvenue dans les scellés judiciaires du tribunal de Marseille, un endroit d'ordinaire très secret, mais que le quotidien "La Provence" a pu explorer.

Le tribunal de Marseille, le 15 mars 2021.
Le tribunal de Marseille, le 15 mars 2021.
Crédit : NICOLAS TUCAT / AFP
Justice : à Marseille, plongée dans le big bazar du crime
03:16
Isabelle Choquet

Ce mercredi, plongée dans les scellés judiciaires du tribunal de Marseille. Un endroit d'ordinaire très secret, car il y a là de quoi équiper un bataillon d'infanterie, de quoi enfumer tout un terrier de renard. Mais le quotidien la Provence a obtenu l'autorisation de s'y promener, à condition de ne pas dévoiler certains secrets.

Nous voici donc dans une drôle de caverne d'Ali Baba, en plein cœur de Marseille. Derrière des portes blindées et sous alarme, 230.000 objets étiquetés et cachetés entassés sur presque deux kilomètres d'étagères : une Rolex qui a fait chuter un trafiquant, une échelle d'où a chuté un artisan (qui n'y a pas survécu), une prothèse PIP encore emballée, des casques de moto, des plages arrière de voitures qui dépassent des cartons, des objets inanimés qui parfois s'animent... De temps en temps, la sonnerie d'un portable vient troubler la quiétude des lieux... 

"Il y a tout ce qu'on peut imaginer, et surtout un nombre de balais brosses extraordinaire !", explique la cheffe du service des pièces à conviction. Un service qui occupe quatre personnes à plein temps. Ces pros du rangement sont capables de localiser un objet en moins de 10 minutes.

Du lance-roquette corse au sabre nazi...

D'un côté, il y a les scellés délictuels, un joyeux bric-à-brac d'ordinateurs, d'outils de chantier, de dossiers médicaux et même des skis ou des vélos d'appartement saisis chez des cambrioleurs. Il y a aussi les scellés criminels, beaucoup plus surveillés : des presses hydrauliques pour conditionner les stups des massicots pour découper les faux billets..

À lire aussi

Et puis derrière une porte blindée, un arsenal absolument ahurissant, des armes par milliers, des pistolets mitrailleurs, des fusils d'assaut, des armes de chasse qui la plupart du temps n'ont jamais vu la queue d'un lièvre. Des lance-roquettes, corses, yougoslaves, neutralisés heureusement... Et même des stylos pistolets et des cannes-épées... 

Et puis il y a cette pièce rarissime, improbable, dans un carton barré du fameux scotch rouge: un sabre nazi ayant appartenu au chef de la SS Heinrich Himmler. Objet repéré et saisi par les gendarmes lors d'une vente en ligne... 

N'oublions pas la drogue. On n'en garde que des échantillons à chaque saisie mais cela suffit à remplir une pièce entière. Une pièce aux émanations puissantes. On y a mis un extracteur mais il s'essouffle pour rien. "Avant, on y entrait avec un masque", dit le personnel, "mais il y avait du pot belge, la tête vous tournait quand même en quelques minutes".

Une centaine de nouveaux objets chaque jour

Les scellés, c'est le tonneau des Danaïdes. Certains objets ressortent, rendus à leur propriétaire, exhumés pour analyse, vendus aux enchères Depuis 2017, cela a rapporté plus d'1.2 million d'euros, sans compter les voitures. 35 tonnes d'objets ont aussi été détruits, sur ordre du parquet, et sous sa surveillance.

Mais dans le même temps, une centaine de nouveaux machins arrivent chaque matin, apportés par les services d'enquête. N'imaginez pas qu'ils débarquent à la volée avec leur barda : il faut prendre rendez-vous, et en ce moment, il faut bien deux mois pour obtenir un créneau. Certains objets prennent la poussière depuis les années 1980. "Il y a beaucoup de scellés dont on se demande ce qu'ils font là", explique un procureur adjoint.

Le parquet tente de rationaliser, il demande aux enquêteurs et aux juges de ne saisir que ce qui est vraiment utile à l'enquête. Mais le stock n'en finit plus de grossir. Dans ce bazar de malfaisants, la greffière a tout de même une tendresse pour une pièce de 2012, saisie à la Castellane: une planche légendée comme au musée : "porte d'accès au vide sanitaire". Une porte qui ouvre aujourd'hui, sur un trop-plein.

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/