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Abolition de la peine de mort : qu'est devenu le dernier bourreau de France?

Il s'appelait Marcel Chevalier, il était imprimeur typographe et exécuteur quand il le fallait. La loi d'abolition de la peine de mort promulguée le 9 octobre 1981 l'a mis au chômage, tout comme sa guillotine. Que sont-ils devenus?

Illustration d'une guillotine, ici en 2014
Illustration d'une guillotine, ici en 2014
Crédit : DAMIEN MEYER / AFP
Abolition de la peine de mort : qu'est devenu le dernier bourreau de France ?
03:10
Isabelle Choquet

Et ce vendredi à l'occasion du 40e anniversaire de l'abolition de la peine de mort, intéressons nous au dernier bourreau de France. 

Mais que va-t-on faire de Marcel Chevalier ? En cet automne 1981, la question agite le ministère de la Justice. Ou en tout cas, ceux qui savent qui est Marcel Chevalier parce que tout de même, à la chancellerie, le gars n'était pas reçu comme une rock star.. "Son interlocuteur quasi unique était le directeur des affaires criminelles, qui le recevait tôt le matin ou tard le soir, pour que personne ne le croise", c'est ce raconte une magistrate dans le journal La Croix.

Le bourreau, on évitait de le voir et d'ailleurs, on ne l'appelait pas bourreau mais "exécuteur national des arrêts criminels". En plus, ce n'était même pas son métier. En vrai Marcel était imprimeur typographe à Montrouge. Bourreau, c'était en plus. Il est alors le seul habilité à actionner la guillotine. 

Un bourreau au chômage

Sauf que la guillotine vient d'être mise hors jeu, avec cette loi promulguée le 9 octobre. Conséquence immédiate de ce texte porté par Robert Badinter : Marcel Chevalier est au chômage. A l'époque, il touche 3.000 francs par mois, si on tient compte de l'inflation aujourd'hui ça ferait environ 1.150 euros.

Et dans les couloirs du ministères, il y a débat: "Il y avait deux positions", explique notre magistrate, Béatrice de Beaupuis, qui était en poste à la direction des affaires criminelles et des grâces. Certains juristes estimaient légitime qu’on lui verse des indemnités de fin d’activité. Mais au cabinet de Badinter, on estimait qu’on ne lui devait rien. Et que c’était même un honneur qu’on lui faisait en lui retirant cette tâche inhumaine". Les juristes l'emportent. Marcel Chevalier obtiendra un chèque de 30.000 francs, soit 11.500 euros.

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La fin d'une carrière pas très prolifique en fait. Entre 1976 et 1981, Marcel Chevalier a exécuté deux condamnés, la même année, en 1977. Mais la guillotine, il la connait bien. Car dès 1958, il était l'exécuteur adjoint d’André Obrecht, le bourreau en chef de l’époque.
 
Sa mission, c'était essentiellement de transporter puis de monter la guillotine. Aux côtés d'André, il a assisté à 40 exécutions. Une véritable entreprise familiale. Car Marcel Chevalier avait épousé la nièce du bourreau au sortir de la guerre. Et c’est comme ça qu’il est entré dans le “métier”, explique le magistrat Luc Briand, auteur de La Revanche de la guillotine.

Que faire de la guillotine ?

"C'était assez commun car de tout temps, cette charge de bourreau s’est transmise dans les familles. Cette fonction faisait l’objet d’un certain opprobre social", dit-il. Du coup, quand il cherchait un nouveau bourreau, le ministère ne le criait pas sur les toits. C’était le titulaire de la fonction qui désignait son successeur, le plus souvent son fils ou un membre de sa famille."

Le cas Marcel Chevalier est réglé, reste une autre affaire délicate à résoudre. Que faire de la guillotine ? A ce moment, elle est entreposée à la prison de Fresnes. Béatrice de Beaupuis se souvient : "chez Badinter, on était prêt à l’envoyer au débarras. Mais Jack Lang, alors ministre de la culture, estimait qu’il s’agissait d’un élément du patrimoine historique et il voulait l’exposer dans un musée. Et d'ailleurs dans le dossier, j’ai trouvé une petite note de Jack Lang qui disait : “Robert, n’oublie pas de me donner la guillotine”. Ainsi fut fait. 

Aujourd'hui il reste plusieurs guillotines de l'époque, dont une au Mucem à Marseille. Marcel Chevalier, lui, est mort en 2008. Et sa charge avec lui.

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