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Lorient : comment une mystérieuse clé a permis de résoudre l'incroyable enquête du "cadavre dans la valise"

PODCAST - En juillet 2011, deux plaisanciers découvrent une valise à la dérive dans la baie de Lorient (Morbihan). À l'intérieur se trouve le cadavre d'un homme, dont les empreintes sont inconnues. Après des mois d'errance pour retrouver son identité, c'est une clé retrouvée sur le cadavre qui va faire avancer l'enquête.

Une valise noire (illustration).
Une valise noire (illustration).
Crédit : Unsplasg/Sun Lingyan
53. Un cadavre dans une valise et une mystérieuse clé : l'incroyable enquête "Valise 56"
00:29:08
Thomas Prouteau & Jeanne Rouxel

Parfois, un petit détail permet de résoudre toute une affaire. Et ça, le major Robert La Gautrière le sait bien. Un matin de juillet 2011, deux plaisanciers découvrent une valise dans la rade de Lorient (Morbihan). À son ouverture, la surprise est de taille. Il s'agit d'un corps d'homme en position fœtale, entouré de ruban adhésif. 

L’autopsie conclut au meurtre mais rien ne permet de confirmer son identité. Les empreintes du défunt demeurent inconnues des services. Plus étrange encore, aucune disparition le concernant n’a été déclarée au cours des derniers mois. Cette découverte macabre secoue la Bretagne et interroge : mais qui est-il et comment s’est-il retrouvé là ? Le flou autour de cet homme va même valoir un nom à cette mystérieuse affaire : “l’inconnu de la valise de Lorient”

Les mois s’écoulent et les pistes explorées, aussi nombreuses soient-elles, n’aboutissent à aucun résultat concret. Les gendarmes sont face au mur mais n’abandonnent pas. "On est tous motivés, on veut trouver", insiste Robert La Gautrière, directeur d'enquête à l'époque en poste à la section de recherches de la gendarmerie maritime de Brest, dans Les Voix du Crime. L’enquête semble au point mort mais cette persévérance va finir par payer. 

Parmi les nombreux éléments récoltés, des clés retrouvées sur le cadavre interpellent les enquêteurs et une en particulier, de la marque Vachette. “Je suis convaincu qu’en s'adressant à la maison Vachette, on devrait avoir une traçabilité sur cette fabrication et le dispatching qui a été fait après”, indique l’enquêteur. 

On a pris le temps parce qu'on savait que ce serait long et fastidieux

Robert La Gautrière
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Les recherches se précisent mais le travail est titanesque. Au total, 399 serrures ont été fabriquées sur ce modèle en novembre 2011. Pour retrouver celle qui correspond, la tâche s’annonce laborieuse et les gendarmes doivent maintenant s'armer de patience. “On a pris le temps parce qu'on savait que ce serait long et fastidieux”, confie Robert La Gautrière. 

Marseille, Toulon, Dunkerque, Clermont Ferrand, Lyon… “On va faire un tour de France." Mais c’est finalement en région parisienne que Patrice Mazier, un des enquêteurs de la cellule surnommée “Valise 56”, va rencontrer un serrurier dont l'histoire va l'interpeller. L’homme raconte qu'il a récemment été contacté par le syndic d'un immeuble concernant une location. 

”Dans cet immeuble, il y a un appartement qui est inoccupé depuis au moins quinze mois et qu'il faut absolument ouvrir (…) Il nous raconte qu'il est intervenu sur cette serrure, qu'il a eu beaucoup de mal à l'ouvrir. Mais c'est bien une serrure Vachette (…) qui correspond exactement à la nomenclature de la serrure parmi les serrures qu'on recherche”, rapporte l’enquêteur. 

La chance semble désormais sourire aux gendarmes : le serrurier a même conservé le barillet en question, par précaution. Placée sous scellée, cette nouvelle pièce à conviction permet de tester la clé retrouvée sur le cadavre. La société Vachette est formelle : il s’agit bien de la serrure de porte que les enquêteurs recherchent. 

On a quelque chose qui avance, on a quelque chose qui matche

Robert La Gautrière

"On a quelque chose qui avance, on a quelque chose qui matche. On a une serrure sur une porte, donc on a une adresse : 41 rue Boissy d'Anglas", précise Robert La Gautrière, non sans cacher une certaine fierté.

Sans attendre, les gendarmes se rendent au domicile. L'ADN récolté dans l'appartement va maintenant être comparé à celui prélevé sur le défunt. Là encore, tout concorde et un nom se confirme : la victime est Farid Ouzzane, 57 ansproxénète et indic pour la brigade de répression du proxénétisme. D'après les témoignages, deux femmes se prostituaient pour cet homme juste avant sa disparition : Sabrina et Maëlle. 

Les deux principales suspectes sont placées en garde à vue. L'une avoue, l'autre nie. Selon Maëlle, lors d'une violente dispute, Sabrina aurait tué Farid en l'étranglant. Dans la panique et face au cadavre de leur proxénète, Maëlle aurait ensuite appelé son père pour les aider à cacher le corps, en Bretagne. Condamnées à la prison ferme, les deux jeunes femmes sont aujourd'hui sorties de prison. Plus de 10 ans après la découverte du "cadavre dans la valise", l'affaire résonne encore dans l'esprit de Robert La Gautrière. "C'est le cas d'une vie pour un enquêteur", confie-t-il, en esquissant un sourire. 

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>> Les Voix du crime sont avocats ou avocates, enquêteurs ou enquêtrices, proches de victimes, de suspects ou de coupables. Ces témoins-clefs se confient au micro des journalistes de RTL. Des témoignages inédits, qui apportent un éclairage nouveau sur la justice et les grandes affaires criminelles d’aujourd’hui.

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