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"La plus jeune victime avait quatre jours" : violences sexuelles, maltraitance... Quand la soumission chimique vise aussi les enfants

Ce mardi 3 février, le parquet de Lille a annoncé la mise en examen de dix hommes dans le cadre d'une enquête ouverte après des viols et agressions sexuelles sur un enfant de cinq ans sédaté lors d'une soirée chemsex. Un cas qui prouve que la soumission chimique concerne aussi les mineurs.

Un bébé (illustration).

Crédit : Aline Morcillo / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Soumission chimique : les enfants sont donc également touchés

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Cindy Hubert - édité par Gabriel Joly

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Dix hommes ont été mis en examen dans le cadre d'une enquête ouverte après des viols et agressions sexuelles sous soumission chimique commis sur un enfant de cinq ans lors d'une soirée chemsex à Lille il y a un an, a annoncé le parquet mardi 3 février. Preuve que ce fléau - largement médiatisé par le procès de Mazan - touche aussi les mineurs, comme l'observent au quotidien les professionnels du Centre de référence sur les agressions facilitées par les substances (CRAFS) au sein de l'APHP de Paris.

Sur place, l'immense majorité des personnes reçues sont des femmes mais la population concernée témoigne du fait qu'il n'y a pas d'âge pour être victime de soumission chimique. Dans l'absolu, les individus vulnérables sont les plus visées : les personnes âgées donc, mais aussi les enfants. "L'inceste et les violences faites aux enfants, toute la pédocriminalité, restent un grand tabou dans les sociétés. Pour vous donner un ordre de grandeur, la plus jeune victime que j'ai inclue dans mes données a 4 jours", raconte la Dr Leila Chaouachi, qui travaille sur le sujet depuis deux décennies.

La soumission chimique est un mode opératoire des violences, en particulier sexuelles, mais pas que. Cela peut aussi permettre des maltraitances : "On les appelle les 'enfants chimiquement battus'. On ne les assomme pas avec des coups, mais avec des médicaments ou des drogues pour qu'ils arrêtent de pleurer, pour se soustraire à ses obligations parentales", confirme la docteure.
"On a des enfants qui sont sédatés par les nourrices, mais également par les parents. Dans certains cas, ils veulent sortir et sédatent les enfants", ajoute  Pr Jean-Claude Alvarez, qui dirige le service pharmacologie-toxicologie à l'hôpital Poincaré.

Les substances les plus utilisées se trouvent en pharmacie

Son rôle a pris une nouvelle dimension depuis l'expérimentation dans trois régions, les Hauts-de-France, les Pays de la Loire et l'Île-de-France. Depuis le 1er janvier, l’Assurance maladie rembourse dans ces zones les analyses médicales permettant de détecter une soumission chimique. Une petite révolution car ces tests coûtent jusqu'à 1000 euros. Ce nouveau dispositif doit permettre aux victimes d'aller voir n'importe quel médecin, puis le labo de leur choix et tout sera envoyé au laboratoire expert avec un objectif, pour en finir avec l'errance médicale.

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Désormais, les machines de son service tournent donc jour et nuit, pour les traiter ainsi que les prélèvements ordonnés par la justice. L'un des moyens de détecter cette soumission chimique est d'analyser des mèches de cheveux, avec une donnée importante : plus vous êtes proche de la racine, plus ce sont des faits récents, sachant qu'un cheveu pousse d'un centimètre par mois en moyenne.

"Les cheveux sont un extraordinaire mouchard. Tout ce que vous prenez se fixe dans les cheveux. Si vous ne les coupez pas et que vous avez 60-70 cm de longueur, j'ai 60-70 mois d'antériorité", explique le professeur avant de détailler sa méthode. "Je vais faire l'analyse de 3 ou 4 segments pour retrouver des molécules. On a besoin de machines assez extraordinairement sensibles". Concrètement, il est capable de déceler plus de 200 molécules dans des concentrations infimes.

Parmi elles, les substances les plus utilisées pour sédater des personnes sont des médicaments trouvables en pharmacie, et non pas le GHB comme on pourrait s'y attendre. "On a des substances à visée soit anxiolytiques, soit hypnotiques. Ça vous fait dormir, donc forcément, ça marche super bien dans la soumission chimique", constate-t-il, soulignant un risque d'amnésie.

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