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Jean-Marc Deperrois arrive, le 14 mai 1997, au palais de justice de Rouen
Crédit : MEHDI FEDOUACH / AFP
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Samedi 11 juin 1994, aux alentours de 15h30, Corinne Tanay est chez elle, dans la maison familiale de Saint-Jean-de-la-Neuville, commune de Normandie entre Rouen et Le Havre. Elle a ouvert un flacon neuf de Josacine 500 et le mélange, comme le veut le mode d'emploi, à un peu d'eau minérale. Depuis trois jours, sa fille Émilie, neuf ans, souffre d'une bronchite. La maman a hésité mais a finalement accepté que sa fille passe le week-end chez Jérôme, dans le village tout proche de Gruchet-le-Valasse où se déroule une grande fête médiévale.
Quelques minutes plus tard, Corinne Tanay dépose sa fille chez les parents de Jérôme, les époux Tocqueville, Jean-Michel et Sylvie. La maman leur confie le flacon et laisse ses préconisations. Il est prévu que tout le monde aille dîner le soir à l'abbaye du Valasse où la fête se poursuit. Avant cela, il faut qu'Émilie prenne son médicament. Vers 20 heures, elle ingurgite une dose et se plaint tout de suite du mauvais goût de la mixture. Un quart d'heure plus tard, elle se plaint de douleurs au ventre et s'écroule. Les secours sont aussitôt prévenus. Émilie Tanay décède à 22h20, à l'hôpital du Havre.
Mercredi 15 juin, l'analyse du flacon de Josacine révèle la présence de cyanure de sodium. Il pourrait s'agir d'un empoisonnement volontaire. Mais qui aurait pu s'en prendre à la petite fille ? Une semaine après le drame, les époux Tocqueville sont placés en garde à vue. Ils nient toute manipulation du flacon. On les interroge sur leur vie privée. Sylvie Tocqueville évoque une liaison avec le dénommé Jean-Marc Deperrois, 43 ans, élu municipal en vue, chef d'entreprise local, marié, deux enfants.
Mardi 26 juillet, Jean-Marc Deperrois est placé en garde à vue. Il dément s'être procuré du cyanure. Après 24 heures de questions, il finit par admettre cet achat. Pour des essais techniques. "Il avait un important contrat ce jour-là pour sa petit boîte. Il devait se rendre dans l’est de la France et il s'est dit que s'il commençait à leur dire qu'il avait du cyanure, il serait pris dans leurs filets. Dans ces filets, il s'y est retrouvé du fait de son mensonge", indique Jean-Michel Dumay, auteur d'une contre-enquête intitulée Affaire Josacine, le poison du doute, dans L'Heure du Crime, sur RTL.
Les gendarmes élaborent le scénario suivant. Il voulait éliminer le mari Jean-Michel Tocqueville pour refaire sa vie avec Sylvie. Il est entré dans la maison lorsque tout le monde était parti à la fête. Il savait que le mari avait eu récemment un malaise. Il a cru que le médicament lui était destiné. Il a donc versé le cyanure. Deperrois nie. Il est mis en examen pour empoisonnement avec préméditation et écroué.
Vendredi 2 mai 1997, Jean-Marc Deperrois, détenu depuis trois ans, se présente devant la Cour d'assises de la Seine-Maritime, à Rouen. Au quatrième jour du procès, le capitaine de gendarmerie Jean-Louis Martinez assure que Deperrrois a très bien pu s'introduire quasi secrètement dans la maison des Tocqueville. "Avez-vous une preuve matérielle de la culpabilité de Jean-Marc Deperrois ?", interroge un de ses avocats, Charles Libman. "Je n'ai pas de preuves tangibles, mais la piste Deperrois reste la plus tangible", répond l'enquêteur. Le suspect est condamné à 20 ans de prison pour empoisonnement.
Il se trouve que Sylvie Tocqueville a écrit un journal de sa main dans lequel elle explique que trois jours après le drame, elle a retrouvé un tube à essai dans la poche d’un pantalon de son fils aîné qui jouait avec la petit Émilie.
Jean-Michel Dumay, journaliste et ancien chroniqueur judiciaire au Monde
Jean-Marc Deperrois va passer douze ans en prison avant de bénéficier d'une libération conditionnelle en juin 2006. Il continue, comité de soutien à l'appui à clamer son innocence. Même si à deux reprises, ses requêtes en révision, pour obtenir un nouveau procès, sont rejetées. "Il a été condamné et ne pense qu’ à cela tous les jours. La détention, il en parle peu. Il n'a jamais défait ses affaires, il était toujours persuadé que quelqu’un sonnerait pour lui dire que le cauchemar était terminé", rapporte Jean-Michel Dumay, journaliste et ancien chroniqueur judiciaire au Monde.
Le 8 février 2023, Jean-Marc Deperrois et Me Valérie Rosano, demandent pour la troisième fois la révision du procès de 1997. Une expertise d'un toxicologue montre que si Émilie avait bu le sirop empoisonné, elle se serait écroulée immédiatement. Cela pourrait changer la donne. "Il y a un deuxième élément important. Il se trouve que Sylvie Tocqueville a écrit un journal de sa main dans lequel elle explique que trois jours après le drame, elle a retrouvé un tube à essai dans la poche d’un pantalon de son fils aîné qui jouait avec la petit Émilie", explique Jean-Michel Dumay.
Corinne Tanay, la maman d'Emilie, n'a jamais pu se défaire de cette histoire qui l'emprisonne. Après avoir rencontré à cinq reprises Jean-Marc Deperrois, elle n'a pas pu cerner l'homme qui était en face d'elle. La mère de la petite fille a longtemps lu et relu les 15.000 pages qui composent le dossier d'instruction, espérant y trouver une réponse. Sans succès.
- Jean-Michel Dumay, journaliste et ancien chroniqueur judiciaire au Monde. Auteur d’une contre-enquête en 2003 : Affaire Josacine, le poison du doute, publiée aux éditions Stock.
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