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DOCUMENT RTL - "Ils le tuent une deuxième fois" : la mère de Nahel n'a "plus confiance en la justice" après la requalification des faits reprochés au policier

Le policier auteur du tir ayant tué Nahel Merzouk en juin 2023 à Nanterre sera jugé pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner et non pour meurtre, comme en a décidé la cour d'appel de Versailles, jeudi 5 mars.

Mounia, la mère de Nahel, l'adolescent de 17 ans abattu d'une balle dans la poitrine par un policier à bout portant en 2023, lors d'un hommage à son fils à Nanterre, le 29 juin 2024.

Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP

DOCUMENT RTL - "Ils le tuent une deuxième fois" : la mère de Nahel n'a "plus confiance en la justice" après la requalification des faits reprochés au policier

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Morad Djabari & Thomas Prouteau & Jérémy Descours

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"Franchement, je ne m'attendais pas du tout à cette décision". Mounia, la mère de Nahel Merzouk, a confié au micro de RTL, ce jeudi 5 mars, ne pas pouvoir "accepter" la décision de la cour d'appel de Versailles de requalifier les faits à l'encontre du policier, auteur du tir ayant tué l'adolescent de 17 ans en juin 2023 à Nanterre. 

Initialement poursuivi pour meurtre, la justice a annoncé qu'il sera finalement jugé pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Autrement dit, devant les magistrats de la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine, plutôt que devant une cour d'assises avec un jury populaire.

"Quand mon avocat m'a prévenu, j'ai eu les jambes coupées. Je suis très déçue par la justice. On se demande si ces magistrats ont réellement consulté le dossier, lâche Mounia qui se dit "à bout" après cette décision. 

"Je ne peux pas accepter ça"

"Je n'ai plus confiance en la justice. J'avais pourtant commencé à y croire. Je me disais qu'il y aurait une justice et que les choses étaient bien engagées. Mais aujourd'hui, malheureusement, ils me privent du procès de mon fils. En fait, ils le tuent une deuxième fois. Je ne peux pas accepter ça. C'était mon seul bébé", poursuit-elle.

La cour d'appel "n'a pas suivi les juges d'instruction quant à l'intention homicide, estimant qu'il n'était pas établi que Florian M. était animé, au moment du tir, de la volonté d'ôter la vie au conducteur". "Florian M. avait pu avoir la conviction qu'en redémarrant, la Mercedes était susceptible de porter atteinte à l'intégrité physique de tiers ou à la sienne", a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Pour Me Frank Berton, qui défend la mère de l'adolescent, il s'agit d'une décision "scandaleuse et honteuse". "Le débat devait se tenir devant une cour d'assises, mais on ne veut pas qu'un policier aille s'asseoir devant une cour d'assises. C'est comme ça : les violences policières se règlent à l'amiable et pas devant une justice populaire", déplore-t-il face une "décision politique".

"Il me manque tellement"

Malgré la décision de justice, elle assure qu'elle poursuivra son combat pour obtenir des réponses et rendre justice à son fils. " Je ne baisse pas les bras. Je continue. Pour Noël, je ne lâcherai rien. Je n'ai que ça à faire. Je dois me battre pour mon fils. Je suis encore là. Je dois me battre pour mon fils. Je ne lâcherai pas. Que vous vouliez ou pas, je me battrai pour mon fils".

Au micro de RTL, la mère de Nahel revient sur les circonstances de la mort de son fils et sur la douleur qui ne la quitte pas. "On l'a vu. Il a sorti son arme, il a tiré un bout portant. Il y avait d'autres manières de le faire ressortir de la voiture. Il aurait été encore là".

Elle confie aussi le manque immense laissé par la disparition de son fils. "Il serait peut-être parti en prison, mais je l'aurais vu encore. Là, il me manque tellement", dit-elle.

L'avocat du policier réclamait un non-lieu

"Nous soutenions depuis le départ qu'il n'y avait pas d'intention homicide de la part de mon client : quand il a tiré, il n'a pas voulu tuer", a de son côté réagi Laurent-Franck Liénard, avocat du policier auteur du tir, auprès de RTL. "C'est plutôt satisfaisant mais la chambre de l'instruction devait aller au bout de son raisonnement et dire que le tir était légitime puisque mon client devait arrêter cette voiture et qu'il n'avait pas d'autre moyen que de tirer", a-t-il encore déclaré, regrettant l'absence de non-lieu.

"C'est une demi-victoire qui comporte quand même une très mauvaise nouvelle, parce que mon client va comparaître devant une juridiction de jugement, ce que nous souhaitions éviter. Il va être jugé par des magistrats professionnels, et pas par un jury populaire qui aurait peut-être fait preuve de plus de bon sens. Nous pensons qu'il y a plus de risques qu'il soit condamné", a-t-il poursuivi. Me Liénard a par ailleurs annoncé auprès de l'AFP qu'il allait "certainement saisir la Cour de cassation".


Filmée et largement diffusée sur les réseaux sociaux, la mort du jeune homme avait été à l'origine de plusieurs nuits d'émeutes à travers la France.

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