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Dino Scala, "c’est la banalité personnifiée" : pourquoi le violeur de la Sambre est une "énigme" pour le psychiatre qui l'a examiné

PODCAST - Dino Scala, surnommé le "violeur de la Sambre", a été arrêté le 26 février 2018. En 2022, il a été reconnu coupable de 54 faits de violences sexuelles commis en l’espace de 30 ans. Dans "Les Voix du crime", Paul Bensussan, l’expert psychiatre qui l’a examiné en prison, dresse le portrait d'un criminel énigmatique.

Dino Scala, en mai 2018

Crédit : L'OBSERVATEUR DE L'AVESNOIS / AFP

Le violeur de la Sambre a sévi pendant 30 ans : le psychiatre qui l'a examiné raconte "l'énigme" que représente le criminel

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Maëwenn Le Coroller-Richard

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"Il y a Dino 1 et Dino 2". Ce sont les mots employés par Dino Scala pour se décrire face à la police judiciaire. Entre 1988 et 2018, il a commis des dizaines d’agressions sexuelles et de viols sur des femmes qu'il croisait à l’aube, sur la route qui le conduisait à l’usine, le long de la Sambre. 

Le "violeur de la Sambre" a été interpellé le 26 février 2018 et a avoué les faits en garde à vue. À son procès en 2022, il a écopé de 20 ans de réclusion criminelle pour 54 faits de violences sexuelles. Depuis qu'une nouvelle information judiciaire a été ouverte en 2023, Dino Scala a été mis en examen pour treize nouveaux cas d’agressions sexuelles et de viols.

Comment a-t-il pu commettre autant de délits et de crimes sans être inquiété ? L’une des raisons est à rechercher dans la personnalité de ce criminel. Dans Les Voix du crime, Paul Bensussan, l’expert psychiatre qui l’a examiné en prison dans le cadre de la première instruction et qui a déposé à la barre au procès, décrit un véritable "clivage psychologique" : d’un côté, il y a le père de famille insoupçonnable et de l’autre, celui qui "attaque".

Un premier contact en prison

En juillet 2018, après avoir été désigné par la juge d’instruction en charge du dossier, Paul Bensussan rencontre Dino Scala. Le "violeur de la Sambre" est alors incarcéré à la maison d’arrêt de Sequedin (Nord), où il est placé à l’isolement. L’expert psychiatre et son collègue également saisi dans cette affaire, le professeur Rouillon, témoignent d’un "écart abyssal" entre la personne en face d'eux et "la représentation" qui en était faite dans les médias.

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Les deux investigateurs disent voir un "monsieur tout le monde". Pour Paul Bensussan, le criminel est la "banalité personnifiée (...) il est même touchant". Une impression partagée par l’entourage de Dino Scala qui ne parvenait pas à croire qu’il était l’auteur de ces faits lors de son arrestation.

On ne peut pas prétendre approcher une vérité humaine sans empathie

Paul Bensussan, expert psychiatre

L’expert psychiatre se souvient de l’un des moments "les plus émouvants" des entretiens avec lui : lorsque Dino Scala a parlé de son chat. Les deux experts font preuve d’une grande humanité dans leur travail. "On ne peut pas prétendre approcher une vérité humaine sans empathie" et sans "abdiquer tout jugement moral", souligne Paul Bensussan.

Des carences affectives dans l’enfance

Paul Bensussan a eu pour mission de restituer aux magistrats un portrait fidèle de la personnalité de Dino Scala. Pour ce faire, il a plongé dans son parcours, à commencer par son enfance. Une enfance, décrit-il, empreinte de "carences affectives du côté de sa mère". Il avait le sentiment d’être le "mal-aimé de sa fratrie". Mais, dans sa vie d’adulte, Dino Scala a pu combler ce sentiment en devenant "estimé par les autres".

L’expert psychiatre a été marqué par le "cloisonnement" et le "clivage" de la personnalité de Dino Scala. D'un côté, il y a le père de famille, entraîneur de football et ouvrier à l’usine. Et de l'autre, celui guidé par "l’envie irrépressible" de passer à l’acte, "d’attaquer", malgré sa lutte interne pour ne pas le faire. 

Le matin, il commettait des agressions et des viols, puis la "culpabilité l'envahissait", indique Paul Bensussan. Une fois arrivé sur son lieu de travail "il redevenait monsieur tout le monde et il "évacuait". C'est son terme", rapporte l'expert psychiatre.

Une énigme psychopathologique

Pour Paul Bensussan, le "violeur de la Sambre" reste "une énigme psychopathologique". Il ne présente pas les "facteurs de risque habituels" des agresseurs sexuels. Il était bien inséré dans les sphères familiales et professionnelles et il n'avait jamais été condamné auparavant pour d’autres infractions, s'étonne l'expert.

Cet homme va commencer à passer à l’acte dans la partie la plus heureuse de sa vie

Paul Bensussan, expert psychiatre

Dino Scala "va commencer à passer à l’acte dans la partie la plus heureuse de sa vie, alors qu’il était marié, père de famille, qu'il avait toutes les gratifications possibles, en dehors de l’estime de soi qui lui avait manqué dans l’enfance et de l’amour de sa mère", affirme Paul Bensussan. Il conclut : “les ravages des carences affectives précoces, c’est pour la vie”.

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