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Affaire Charles Sobhraj : le "Serpent" va-t-il sortir de prison ?

"L'heure du crime" revient sur le parcours de Charles Sobhraj. Le globe-trotter empoisonneur qui droguait, dépouillait et tuait des touristes en mal d'exotisme. Arrêté il y a 46 ans, il pourra demander sa libération conditionnelle en 2023, à 79 ans.

Charles Sobhraj escorté par la police Népalaise lors de l'audience liée au meurtre du routard canadien Laurent Ormond Carriere
Charles Sobhraj escorté par la police Népalaise lors de l'audience liée au meurtre du routard canadien Laurent Ormond Carriere
Crédit : PRAKASH MATHEMA / AFP
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Jean-Alphonse Richard - édité par Marie Kerlidou

Ce serait un expert du poison. L'un des plus célèbres au monde. Ce bandit d'envergure internationale est suspecté d'avoir assassiné au moins 18 personnes. Pourtant, rien n'aurait laissé présagé une carrière d'une telle ampleur. 

Du statut de "petite frappe", dès ses 19 ans, il bascule dans le grand banditisme en droguant et détroussant les touristes qui parcourent l'Asie. Au point de faire la une des journaux en Inde, après un spectaculaire braquage de bijouterie dans lequel il réussit à s'enfuir avec le magot. Un parcours semé de meurtres sur plusieurs continents.

Sobhraj est né au Vietnam, en 1944. Il grandit à Marseille puis à Paris, et sombre très jeune dans la délinquance : vols de voitures, agressions, petits larcins. Avant de décider de prendre le large à 7.000 kilomètres de Paris en 1971, direction l'Inde. 

Spécialisé dans le détroussage des touristes

Là-bas, il traîne dans les rues de New Dehli, accompagné de son épouse, Chantal Compagnon. Tout d’abord à Bombay, où il joue les playboys séducteurs. Le beau parleur, sympathique et amical s'est vite spécialisé dans le détroussage des touristes, hippies et beatniks, attirés en masse en ces années 70 par le mirage indien. 

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Il les rassure, les guide, puis finit par endormir certains avec un cocktail de somnifères pour les délester de leur argent. "Tant que je peux parler aux gens, je peux les manipuler", dira t-il un jour. Peu ou pas de plaintes. La police indienne a bien d'autres chats à fouetter.

Il vole des diamants grâce à un trou dans le plancher

À New Dehli, Sobhraj veut désormais signer un gros coup : le casse audacieux de la bijouterie de l'hôtel Ashoka. Pour cela il a séduit une danseuse américaine, Gloria Mandelik, dont la chambre est juste au-dessus de la bijouterie. Il lui a fait croire qu'il était directeur d'un casino à Macao et allait lui faire signer le contrat de sa vie.

La danseuse est ligotée, séquestrée pendant trois jours. Sobhraj perce un trou dans le plancher. Accède à la boutique où il dérobe un sac de diamants. Mais il est rattrapé à l'aéroport, puis jeté en prison d'où il s'échappe en simulant une crise d'appendicite. Il est repris, paye une caution et disparait avec son épouse Chantal, loin de l'Inde.


En 1975, quatre ans après le casse de la bijouterie, Charles Sobhraj a pris ses quartiers dans une petite maison du quartier Saladaeng, Kanith House, à Bangkok. Après avoir sévi en Afghanistan, en Turquie ou encore en Grèce, autant de pays où il a connu les tribunaux et la prison, il s'est fixé en Thaïlande. 

Trafic d'héroïne et de pierres précieuses

Le Français, qui se fait alors appeler Alain Gautier, courtier en bijoux, touche au trafic d'héroïne et à celui de pierres précieuses. Ici aussi, il dépouille les jeunes touristes repérés sur les plages. De jeunes routards accueillis à bras ouverts à Kanith House qu'il drogue et fait sombrer dans un semi coma. Avant qu'ils se réveillent sans le sou au coin d'une rue.

La première plainte est déposée par un couple d'Australiens. Mais aucune enquête n'est déclenchée. Les Français Dominique Renelleau, Jean-Jacques Philippe, Yannick Mesy tombent malades. Ils vont passer quatre mois entre les mains de Sobhraj, sans avoir la force de pouvoir quitter la villa, à la merci de leur protecteur qui assure les protéger.

Arrêté après l'empoisonnement d'une vingtaine d'étudiants

Le 17 octobre 1975, Charles Sobhraj et Marie-Andrée Leclerc abordent sur la plage de Pattaya, une jeune hippie Américaine, Teresa Ann Knowlton, 18 ans. Elle est entraînée en boite de nuit, droguée au Mogadon, un sédatif versé dans un café. Un pêcheur retrouve son corps sur la plage, vêtu d'un simple bikini. L'Américaine a été étranglée. 


C'est le premier meurtre répertorié de Sobrahj qui confiera plus tard à un biographe avoir tué car il n'aimait pas les drogués. D'autres cadavres vont alors être retrouvés sur le sable de Pattaya, celui d'un touriste turc et de sa petite amie française, Stéphanie Parry, qui le recherchait. Même destin tragique en 1975, pour un couple de Néerlandais. Retrouvés tabassés puis brûlés. Toutes ces victimes ont transité par Kanith House.

Tant que je peux parler aux gens, je peux les manipuler

Charles Sobhraj

La police commence s'intéresse à cette série noire, l'œuvre d'un inconnu surnommé le Bikini Killer, le tueur de bikinis, références aux touristes qui fréquentent les plages.
Les meurtres de six touristes lui seront ainsi attribués, bien qu'il ait démenti ces accusations. Certains spécialistes avancent qu'il aurait copié le mode opératoire d'un autre meurtrier pour tenter de s'en sortir. 

Il est finalement arrêté en 1976 au Vikram Hotel, après avoir poussé une vingtaine d'élèves ingénieurs originaires de Tarbes, en voyage d'études en Inde, à ingérer un médicament contre la dysenterie, occasionnant des malaises en série. Ce sera son dernier méfait.

Jugé en 1977 pour plusieurs meurtres, il purge sa peine dans la dernière et seule prison d'où il n'a jamais pu s'évader. Celle de Katmandou, au Népal. Et L'an prochain, en septembre 2023, il pourra demander à être libéré, à l'âge de 79 ans.

Les invités de "L'heure du crime"

- Dominique Renelleau, survivant de Charles Sobhraj.
- Pierre Prakash, ancien journaliste, correspondant en Asie pour Libération.

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