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Affaire Saint-Aubin : accident de la route ou bavure d'État ?

"L'heure du crime" revient sur l'affaire Saint-Aubin. Le 5 juillet 1964, près de Fréjus, deux jeunes gens sont tués dans un accident de la route. Leurs proches n'acceptent pas la version officielle de la gendarmerie.

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L'ENQUÊTE - L'affaire Saint-Aubin : le secret d'Etat de la nationale 7
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L'INTÉGRALE - L'affaire Saint Aubin : accident fortuit, meurtre ou secret d'Etat ?
00:38:25
Jean-Alphonse Richard - édité par Marie Kerlidou

Ce dimanche 5 juillet 1964, aux alentours de 7 heures du matin, près de Fréjus, une Volvo noire immatriculée en Suisse roule à bonne allure sur la Nationale 7. Le conducteur et sa jeune passagère sont sur le point d'arriver au domaine du Pin de la Lègue, un luxueux camping de la côte varoise dans lequel ils avaient prévu de retrouver leurs proches. Mais un terrible accident les empêchera à tout jamais d'arriver à destination.

La route, bordée de platanes centenaires, est humide mais nullement détrempée. La voiture traverse les vignobles, longe une vieille ferme. Un panneau de limitation à 50 kilomètres heures avertit alors du passage de la chaussée de trois à deux voies. Un virage à droite, puis un à gauche jusqu'au lieu-dit Les Esclapes. C'est ici que le véhicule termine brutalement sa route. En trois secondes, la Volvo 122 S - voiture rapide réputée pour sa robustesse – vient s’enrouler autour d'un platane. 

Aucun témoin n’a semble t-il assisté à ce choc d’une grande violence. Les premiers automobilistes arrivés sur les lieux décrivent un véhicule comme coupé en deux. La Volvo a fait une embardée. Pourtant, aucune trace de freins n'est visible. Le conducteur et la passagère sont coincés dans la carcasse, très grièvement blessés, inertes. Ils décèdent dans l'ambulance qui les conduit vers l'hôpital de Fréjus.

La thèse officielle : un accident malheureux

Les gendarmes qui se livrent aux premières constatations n'ont aucun doute sur l'origine du drame: C'est un accident dû à une vitesse excessive sur une route piégeuse. Des automobilistes confirment avoir été doublés par cette voiture qui roulait bien plus vite que les 90 kilomètres autorisés. Le conducteur, étranger à la région, ne connaissait sans doute pas ce mauvais virage. Qui plus est, le  jeune homme qui a roulé une bonne partie de la nuit en provenance de Dijon, s'est peut-être assoupi. Un dos d'âne, franchi à vive allure, a pu déstabiliser la voiture. 

À écouter aussi

Les victimes sont officiellement identifiées : le conducteur s’appelle Jean-Claude Saint-Aubin, il a 23 ans. Il est le fils d'une famille bien connue à Dijon, propriétaire de l'une des plus belles bijouteries de la ville. Jean-Claude Saint-Aubin travaille en Suisse, il est agent commercial à Genève pour les automobiles Jaguar. Sa passagère est une amie des Saint-Aubin, invitée chez eux pour les vacances. Elle se nomme Dominique Kaydash, une adolescente de 16 ans, fille d'un pâtissier renommé de Dijon. 

Les premières conclusions établissent qu'il s'agit d'un triste accident de voiture comme il s'en produit des milliers à l'époque. Pas moins de 12.000 morts recensés sur les routes françaises l'année précédente. Les Saint-Aubin, les parents, Jean et Andrée et leurs deux autres fils François et Philippe, venaient d'arriver dans le Var. La famille est sous le choc. Elle a du mal à croire au scénario qu'on lui présente.

Une camionnette militaire aperçue par un témoin

Les proches se rendent sur les lieux de l'accident. Les traces du choc sont bien visibles sur l'écorce du platane, Jean-Claude n'aurait pas freiné pour éviter l'obstacle. Pourtant, c'est un excellent conducteur qui maîtrise la vitesse. Il était licencié de la Fédération française du Sport Automobile et amateur de rallye. 

D'autres éléments de l'enquête sont troublants. Sur le procès verbal, des gendarmes précisent que le dos d'âne dangereux est à 80 mètres du platane. Il se trouve en fait à quelques 200 mètres, ce qui aurait laissé tout le temps à Jean-Claude de corriger sa trajectoire. 

Ressentant que toute la lumière n'a pas été faite sur les circonstances de l'accident ils déposent plainte contre X, le 4 août. Et soudain, les langues se délient. Un témoin a tout vu : Il y avait un camion militaire et une Peugeot 204  au moment du choc. Deux véhicules qui pourraient être impliqués. 

La juge d'instruction décide d'entendre deux des soldats du camp militaire voisin: le camp Dessert. Témoignages flous, changeants, impossibles à vérifier...Dans le registre du camp, où sont scrupuleusement notées entrées et sorties, la page du dimanche 5 juillet, jour de l’accident, est absente. Elle a été arrachée.

Depuis près de 60 ans, les parties civiles font tout pour obtenir des réponses. Se heurtant tantôt aux versions contradictoires des autorités, à leur mutisme, mais aussi à leurs "mensonges officiels". 

Les invités de "L'heure du crime"

- Denis Langlois, avocat, écrivain, auteur du livre « L’affaire Saint Aubin » aux éditions de la Différence
- François Saint-Aubin, frère de Jean-Claude Saint Aubin

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