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Affaire Bygmalion : les confidences de Jérôme Lavrilleux, l'homme qui a brisé l'omerta

RÉACTION - L'ancien directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy revient sur l'affaire des comptes de campagne du candidat en 2012, jugé pour "financement illégal" à partir de mercredi 17 mars.

Jérôme Lavrilleux, ancien directeur de campagne adjoint de Nicolas Sarkozy en 2012, le 15 juin 2015.
Jérôme Lavrilleux, ancien directeur de campagne adjoint de Nicolas Sarkozy en 2012, le 15 juin 2015.
Crédit : THOMAS SAMSON / AFP
Affaire Bygmalion : les confidences de Jérôme Lavrilleux, l'homme qui a brisé l'omerta
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Cindy Hubert
Journaliste

Ce sera le procès du mois. Celui de Nicolas Sarkozy. L'ancien président de la République est à nouveau sur le banc des prévenus mercredi 17 mars, deux semaines après sa condamnation à de la prison ferme dans l'affaire "Bismuth", cette fois pour "financement illégal" de sa campagne de 2012. La justice lui reproche d'avoir dépassé sciemment le plafond des dépenses électorales, alors fixé à 22 millions et demi d'euros.

Jérôme Lavrilleux, le directeur adjoint de la campagne à l'époque, est le principal acteur de cette affaire. Celui que certains surnommaient Dark Vador à l'UMP. Celui surtout qui a brisé le silence en prime time sur BFM  TV. Vous vous souvenez sans doute de ses larmes le 26 mai 2014. Jérôme Lavrilleux révèle alors que les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy ont été truqués via de fausses factures. C'est le début du séisme.

"Il y a eu un engrenage irrésistible d'un train qui filait à grande vitesse. Les personnes qui auraient dû tirer sur le signal d'alarme ne l'ont pas fait. Je suis sûrement l'une de ces personnes, sans avoir été la seule personne dans le wagon. Comment je vois demain ? J'aimerais bien pouvoir dormir", dit l'ancien politique.

Je pense avoir épuisé tous les charmes de la politique

Jérôme Lavrilleux

Sept ans plus tard, Jérôme Lavrilleux est désormais loin de Paris : il tient des gites en Dordogne. 14 hectares de prairie et de forêt en plein coeur du Périgord vert. L'ancien directeur de cabinet sans état d'âme semble avoir disparu. C'est un homme souriant, et en sandales qui nous reçoit chez lui : "Le matin, ce qui fait le plus de bruit c'est les oiseaux, autant vous dire que ça change de la vie parisienne. J'avais deux passions quand j'étais tout petit, c'était la politique et l'hôtellerie. Objectivement, je pense avoir épuisé tous les charmes de la politique, peut-être un peu malgré moi. En 2014, après le tsunami que j'ai pris dans la figure, je me suis dit que c'était l'occasion de préparer ça".

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Dans la cuisine, retour en arrière, à ce mois de mai 2014 où il décide de se confesser en direct. Jérôme Lavrilleux prend ensuite la voiture hagard, met trois heures au lieu d'une pour rentrer chez lui. Les idées noires montent. Il prépare une corde dans la grange à côté, avant de se raviser : "Tout part en vrille : vous, votre famille, vos amis. Tout s'est effondré. J'avais quoi comme choix, c'était en train de monter de toute façon. Je me tais ? Je fais comme d'autres qui sont renvoyés pour la même affaire, je dis que je ne suis au courant de rien, c'est pas moi c'est l'autre ? Je ne suis pas construit comme ça. Je décide donc d'aller dire la vérité. Du jour au lendemain, je me retrouve donc comme un con, sans personne. Mon boulot après a consisté à essayer de survivre. C'est le prix de la loyauté."

Ça coûte combien de construire un stade de foot ? On l'a fait pour 1h15 de discours.

Jérôme Lavrilleux

Alors qui a ordonné cette fraude ? Qui savait et n'a rien dit ? Jérôme Lavrilleux détient aujourd'hui de sacrées cartes dans cette partie de poker menteur. Voila comment lui résume cette histoire d'une campagne qui a dérapé, de dépenses pharaoniques qu'il a fallu cacher.
"Comment vous faites rentrer trois litres d'eau dans une bouteille d'un litre et demi ? Il faut qu'il y ait des cons comme moi pour éponger. Vous avez des locations de chaises, de salles, de lumières, de tissus bleus pour faire le fond de scène, de caméras. C'est l'accumulation de tout ça qui coûte cher : 3,4 millions d'euros pour Villepinte. On a reconstitué en quatre jours un immense studio télé avec 60.000 spectateurs dans un hangar. Ça coûte combien de construire un stade de foot ? On l'a fait pour 1h15 de discours. Une scène de malade." 

"Il fallait prouver par l'image que Sarkozy qu'on disait abandonné par tout le monde, en baisse dans les sondages, était en fait porté par une marée humaine. À l'arrière de la scène, dans un hall de foire expo, a été reconstitué une sorte d'appartement de 130 mètres carrés avec un grand salon, le bureau du candidat où il ne foutra même pas les pieds, et puis une salle de bain avec une douche et des toilettes, en plein milieu d'un hangar. Ça coûte une blinde ! En plus, comme une fois le candidat a dit qu'il ne voulait pas être emmerdé par le bruit de ceux qui prononcent un discours avant lui, pour rester concentré, tout le monde ayant peur de se faire engueuler, le directeur de campagne a demandé à ce que les loges soient insonorisées."

Dopés par les sondages

S'en est-il rendu compte ? "Bien sûr, tout le monde s'en rend compte, mais en parallèle tous les matins, tout le monde regarde le rolling, un sondage quotidien. Plus on faisait de gros meetings, plus notre candidat remontait la pente. L'objectif quand vous voyez ça, le mec qui est candidat il se dit encore un meeting et je vais gagner un demi-point. Mais j'imagine Lambert lui dire que l'important c'est de gagner ! Mais on a perdu".

Plusieurs personnes dans le dossier contestent ces déclarations. Lavrilleux dit avoir été au courant de ces dérives "au moment de l'établissement des comptes de campagne, après la campagne électorale. Je ne m'y oppose pas. Ceux qui me disent de le faire, il n'y a pas d'autre solution, sauf à créer un cataclysme politique et judiciaire extraordinaire. On ne peut pas faire autrement, alors allons-y".

Nicolas Sarkozy a-t-il été informé ? "Moi je me défends moi-même, je ne suis pas accusateur publique, contrairement à d'autres. On m'en a trop foutu sur la tronche pour que je m'abaisse à faire la même chose qu'eux. Il y a un dossier, il y a des faits. Je peux vous dire que je n'en ai jamais parlé à Nicolas Sarkozy et lui ne m'en a jamais parlé. Je ne dévierai pas de ça parce que c'est la vérité. On verra à quoi je serai condamné. Moi j'ai une différence par rapport à eux c'est que j'ai intégré le fait que je serai condamné à quelque chose. Je ne cherche pas la rédemption". Le procès débute mercredi 17 mars.

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