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Ville autonome espagnole, territoire disputé, porte d'entrée vers l'Europe... Qu'est-ce que l'enclave de Ceuta où sont arrivés des migrants depuis le Maroc ?

L'enclave de Ceuta voit une vague importante de personnes tenter de franchir sa frontière avec le Maroc. Pourquoi ce petit bout de terre espagnol de 20 km² est-il si convoité ?

Vue d'un quartier de Ceuta, enclave espagnole d'Afrique du Nord située sur le détroit de Gibraltar et entourée par le Maroc, photographiée le 4 septembre 2018.

Crédit : FADEL SENNA / AFP

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Des milliers de personnes déferlent sur un petit bout de territoire encerclé par des barbelés. Ces derniers jours, les images d'immigrés franchissant la frontière avec l'Espagne pour atteindre la petite enclave de Ceuta, au nord du continent africain, ont fait le tour du monde. L'Espagne a dépêché des renforts sur place tandis que les capitales européennes s'inquiètent d'une arrivée massive d'individus entrés illégalement au sein de l'Union européenne. 

Mais quel est ce territoire enclavé au nord du Maroc ? Et pourquoi est-il pris d'assaut par des milliers de personnes voulant quitter leur pays et rejoindre l'Europe ?

Une cité autonome mais pauvre d'Espagne

Partie intégrante du royaume espagnol depuis 1580, l'enclave de Ceuta (coincée dans le nord du Maroc, comme celle de Melilla, à 400 kilomètres de là) a obtenu son statut d'autonomie en 1995, ce qui lui a permis d'avoir sa propre assemblée délibérante comme c'est le cas dans les régions autonomes espagnoles. Si la ville s'autogère, elle est néanmoins un territoire souverain de l'Espagne et appartient, par conséquent, à l'Union européenne.

Ce territoire de 20 km² est localisé au sud du détroit de Gibraltar, l'isthme qui rejoint la mer Méditerranée à l'océan Atlantique, en face de la pointe sud de la péninsule ibérique, et abrite quelque 84.000 habitants. Malgré son statut de port franc, la cité n'est pas particulièrement prospère. Le taux de chômage y est élevé (plus de 22% de la population active, contre 10% à l'échelle nationale). Le PIB par habitant est un des plus bas du pays (34.210 € par habitant en Espagne, seulement 23.000 € à Ceuta).

Un territoire revendiqué par le Maroc

Si la possession de ce territoire par l'Espagne est lointaine (elle remonte au XVIᵉ siècle), elle a fait l'objet de nombreuses convoitises au fil des siècles, notamment à cause de sa position stratégique sur le détroit de Gibraltar, une des portes d'entrée du commerce vers l'Europe. 

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Aujourd'hui, les deux enclaves espagnoles en Afrique du Nord sont revendiquées par le Maroc depuis que le royaume a obtenu son indépendance de la France en 1956. Ces bouts de terres européennes, appelés Sebtah et Melilah par les Marocains, sont considérés comme des "territoires occupés" par Rabat.

Une photo prise le 4 septembre 2018 montre des hommes faisant des gestes en direction d'une section de la clôture frontalière entourant l'enclave nord-africaine espagnole de Ceuta, située sur le détroit de Gibraltar et entourée par le Maroc.

Crédit : FADEL SENNA / AFP

Selon le droit international, Ceuta et Melilla ne sont pas sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser et la souveraineté espagnole y est reconnue par l'ONU et l'Union européenne. En revanche, ces deux villes autonomes ne sont pas sous la protection de l'article 6 de l'OTAN, qui prévoit que les pays membres de l'alliance leur viennent en aide en cas d'attaque.

En 2020, l'Espagne avait convoqué l'ambassadrice marocaine dans le royaume après que le Premier ministre du Maroc a déclaré que les deux enclaves "sont marocaines, comme le Sahara". Dernier épisode en date d'une relation parfois tendue entre Madrid et Rabat. Cependant, les velléités tendent à s'apaiser, notamment depuis le changement de position du gouvernement espagnol sur la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

L'eldorado vers l'Europe

Ceuta, et dans une moindre mesure Melilla, sont des territoires ultraprotégés car ultraconvoités. Chaque année, des milliers de personnes tentent de traverser la frontière dans l'espoir d'entrer dans l'Union européenne. L'Espagne faisant partie de l'espace Schengen, ces territoires sont sous tension (même si eux-mêmes ont des dispositions particulières, les voyageurs venant des deux enclaves faisant l'objet de contrôle aux frontières lorsqu'ils se rendent dans un État membre de l'espace Schengen). Depuis les arrivées massives d'immigrés cette semaine, de nombreux pays de l'UE ont demandé à exclure l'Espagne de Schengen pour éviter un afflux de migrants partout sur le continent. Laurent Nuñez, le ministre de l'Intérieur français, a annoncé sur RTL un renforcement des contrôles à la frontière avec l'Espagne.

Des milliers de migrants à la frontière entre l'enclave espagnole de Ceuta et le Maroc, le 30 juillet 2026.

Crédit : Abdelmajid BZIOUAT / AFP

D'après les statistiques du ministère de l'Intérieur espagnol, chaque année, entre 2.000 et 3.500 migrants traversent la frontière à Ceuta ou Melilla, soit par voie terrestre, soit maritime. Mais, régulièrement, ces chiffres explosent, des moments de crise sporadique mettant les garde-frontières sous pression. Ce fut le cas les 17 et 18 mai 2021 où 8.000 personnes ont franchi la frontière de Ceuta (dont 2.000 mineurs) ou comme ces derniers jours.

Cette route migratoire est régulièrement pointée du doigt par les organisations de défense des droits de l'homme. Dans son rapport annuel publié en 2026, Human Rights Watch déplorait par exemple les obstacles que rencontrent certaines personnes fuyant leur pays à Ceuta, empêchées de déposer leur demande d'asile, ce qui est contraire au droit international. "L'accès à l'asile à Ceuta dépend de l'habileté du nageur, de sa force physique pour franchir la clôture, ou tout simplement de la chance. Les autorités espagnoles et marocaines tentent de les empêcher d'exercer leur droit d'asile", dénonçait Esteban Beltrán, le directeur de la branche espagnole d'Amnesty International en 2025.

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