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Ulrich Siegmund, candidat tête de liste du parti d'extrême droite AfD aux élections régionales de Saxe-Anhalt, avec Alice Weidel et Tino Chrupalla, le 7 septembre 2026.
Crédit : Odd ANDERSEN / AFP
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Un séisme politique secoue l'Allemagne depuis ce week-end. L'extrême droite allemande a revendiqué une très large victoire électorale en Saxe-Anhalt dimanche 6 septembre. L'AfD (Alternative pour l'Allemagne) a obtenu près de 44% des voix dans cette petite région de l'Est du pays. Le parti, mené par Ulrich Siegmund, a infligé un camouflet au parti du chancelier Friedrich Merz (la CDU), crédité de moins de 18%. Un véritable triomphe pour la formation anti-immigration et pro-russe, fondée en 2013 comme parti eurosceptique, de quoi inquiéter au-delà des frontières.
Ce scrutin place l'extrême droite en position favorable pour diriger une région allemande pour la première fois depuis 1945. Selon les projections sorties des urnes, le parti décroche 39 sièges sur 83. Il lui manque ainsi trois sièges pour atteindre la majorité absolue (fixée à 42). Elle doit désormais former des alliances et se lancer dans le jeu des tractations pour gouverner. Quoi qu'il en soit, ce résultat constitue un séisme, tant la culture de contrition pour les crimes du nazisme reste profondément ancrée en Allemagne.
C'est la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale qu'une formation d'extrême droite prend la tête d'un scrutin régional en Allemagne. Ce résultat brise un tabou démocratique alors que le pays a construit l'ensemble de son système après-guerre sur le rejet absolu du fascisme. “Une victoire de l’AfD serait une rupture dans l’histoire de l’Allemagne moderne”, estime Daniel Freund, eurodéputé allemand écologiste, auprès de Public Sénat.
"C'est un parti qui est qualifié par les services de respect de la Constitution 'd'extrême droite avérée'. Cela veut dire qu'il y a un ensemble d'éléments dans son programme, notamment aussi dans sa vision du monde, dans le non-respect d'un certain nombre de principes, d'égalité" qui sont jugés non conformes à la Loi fondamentale, rappelle Hélène Miard-Delacroix, professeure émérite à Sorbonne Université, spécialiste de l’Allemagne contemporaine, invitée sur RTL ce lundi matin. L'AfD se trouve ainsi sous la surveillance directe du renseignement intérieur.
AfD et parti nazi : prendre le pouvoir par les urnes
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Si elle accédait au pouvoir, l'AfD pourrait avoir une grande marge de manœuvre sur l'éducation notamment, un domaine géré par les Länder allemands. Selon la spécialiste, le parti mené par Ulrich Siegmund souhaite en finir avec la transparence sur l'histoire de l'Allemagne nazie. "Ils veulent changer tous les programmes scolaires. Ils veulent modifier le rapport qu'on a à l'Histoire, ils trouvent qu'on parle trop de Hitler, ils veulent rétablir la grandeur de l'Histoire allemande", explique-t-elle sur notre antenne.
Le parti anti-immigration veut aussi modifier les priorités de la police pour accroître les contrôles visant les populations étrangères, prônant la remigration. "Ils prétendent qu'ils veulent du jour au lendemain reconduire tous les étrangers à la frontière", souligne Hélène Miard-Delacroix. Ils proposent en outre de "séparer dans les classes tous les enfants issus de l'immigration étrangers et les enfants handicapés", considérant qu'ils "n'ont pas de raison de rester" en Allemagne.
Il faut néanmoins "relativiser" le résultat en Saxe-Anhalt, alors que le scrutin ne représente que 3% du corps électoral allemand. "En revanche, c'est quand même un signal, dans la mesure où l'AfD a une visée nationale", souligne Hélène Miard-Delacroix, d'autant plus qu'il peut "donner une relative légitimité ou respectabilité à ce parti".
Lars Klingbeil, vice-chancelier social-démocrate et ministre des Finances du gouvernement de coalition de Merz, voit également dans la victoire de l'AfD un "signal à l'attention de Berlin". Une telle avancée de l'extrême droite, même à la seule échelle régionale, envoie ainsi un message très fort au gouvernement allemand. Merz avait promis, dès 2018, de réduire de moitié le score de l'AfD. Depuis, celui-ci a presque doublé, provoquant un sérieux revers pour le chancelier, dont l'issue pourrait être fatale, sa côte de popularité étant déjà très faible.
Pour la CDU, ce résultat électoral est "plus qu'une lourde défaite", analyse Oliver Lembcke, professeur de sciences politiques à l'Université de la Ruhr à Bochum, interrogé par l'Agence France-Presse, prédisant "une recomposition majeure du paysage partisan allemand". Le Land apparaît donc comme un laboratoire pour l'AfD et Merz n'aura pas le temps de souffler, deux autres élections étant prévues le 20 septembre.
Ce résultat est également perçu comme un présage pour l'avenir de la démocratie en Europe. Le ministre de l'Économie Roland Lescure s'est inquiété, ce lundi sur RTL, de cette percée, y voyant le signe d’un "défi majeur" face à une "vague populiste" mondiale. "Que l’Allemagne, y compris l’Allemagne de l’Est, tombe aux mains de l’extrême droite, c’est évidemment un signal très, très préoccupant", a-t-il déclaré.
"L’Europe développée traverse une forme sophistiquée de défaillance étatique", analyse Mujtaba Rahman, spécialiste de l’Europe chez Eurasia Group, un cabinet de conseil en risques politiques, dans les colonnes du New York Times. "Une Allemagne affaiblie, avec un chancelier en difficulté et contraint de gérer des problèmes internes, est un mauvais signe et finira par nuire à la capacité de l’Europe à relever ses défis", poursuit l'expert, également ancien fonctionnaire de l’Union européenne.
Selon le quotidien américain, ce succès de l'AfD pourrait annoncer d'autres victoires de l'extrême droite en Europe, et servir de modèle pour l'Italie, l'Espagne et surtout la France, où Marine Le Pen apparaît en tête des sondages pour la présidentielle 2027.
"Dans les deux pays, le front antifasciste qui prévalait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale semble au bord de l’effondrement", résume Philippe Marlière, professeur de politique française et européenne à l’University College London, auprès du New York Times. L'arrivée de l'AfD au pouvoir pourrait mettre fin au cordon sanitaire, en vertu duquel les partis traditionnels en Allemagne, comme en France, refusent de former des coalitions gouvernementales avec l'extrême droite.
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