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Crise migratoire à Ceuta : un rapport policier pointe le rôle ambigu des forces marocaines

Le rapport policier espagnol relance les soupçons autour du rôle du Maroc dans l’afflux massif de migrants vers Ceuta fin juillet. Les enquêteurs évoquent une possible coordination sur le terrain, sans établir à ce stade de responsabilité directe du pouvoir marocain.

Le 31 juillet 2026, des migrants ont tenté de traverser à la nage les eaux situées près de la frontière avec le Maroc pour pénétrer dans l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord.

Crédit : JORGE GUERRERO / AFP

Eléonore Aparicio

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Le 30 et 31 juillet 2026, des dizaines de milliers de personnes ont tenté de rejoindre Ceuta depuis le Maroc, principalement en contournant la frontière terrestre et par la mer. En quelques heures, les autorités espagnoles se sont retrouvées face à un afflux d'une ampleur exceptionnelle. 

La plupart des personnes qui ont tenté de franchir la frontière étaient originaires du Maroc ou de pays d'Afrique subsaharienne. Beaucoup avaient rejoint la frontière après la diffusion, notamment sur les réseaux sociaux, de messages affirmant qu'il était possible d'entrer à Ceuta. 

L'opposition espagnole et tout particulièrement le parti d'extrême droite Vox accuse Rabat d'avoir délibérément organisé cette vague migratoire pour exercer une pression sur Madrid. Le gouvernement de Pedro Sanchez s'est montré beaucoup plus prudent. Le premier ministre a déclaré jeudi 3 septembre, qu'aucune "preuve solide" ne permettait d'affirmer que le Maroc était responsable. 

Un événement difficilement compatible avec "un mouvement spontané"

Un rapport de 55 pages du Centre national de l’immigration et des frontières (Cenif) publié dans les médias espagnols est venu bouleverser le débat. Le document a été réalisé à la demande de la juge de l’Audience nationale María Tardón dans le cadre d’une enquête judiciaire visant notamment à déterminer si les événements avaient été organisés.

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Après avoir étudié des vidéos, les réseaux sociaux et des témoignages de migrants, les enquêteurs considèrent que l’ampleur et le déroulement des événements sont difficilement compatibles avec un mouvement entièrement "occasionnel ou spontané". Des appels à rejoindre Ceuta avaient bien circulé massivement sur les réseaux sociaux. Mais pour les policiers espagnols, cela ne suffit pas à expliquer la mobilisation observée.

Le rapport évoque donc l’existence d’une organisation et d’une coordination. En revanche, il ne permet pas d’identifier avec certitude qui se trouvait derrière cette organisation.

Les policiers marocains montrés du doigt

Selon les enquêteurs espagnols, les forces de sécurité marocaines ont fait preuve, pendant une partie de la crise, d’une "totale permissivité". Les policiers disent avoir constaté sur les images l’absence de tentatives sérieuses pour disperser les groupes qui se dirigeaient vers Ceuta. Plus troublant encore, certains migrants interrogés affirment que des agents marocains leur auraient indiqué par où passer.

Des séquences étudiées par les enquêteurs montreraient également des membres des forces marocaines orientant des migrants vers certains points de passage. Le rapport s’intéresse par ailleurs à plusieurs hommes en civil, décrits comme des "agents dynamiseurs". Sur les images, ils semblent observer les mouvements de foule, communiquer par téléphone, donner des indications ou circuler dans le sens inverse des migrants. Les enquêteurs soupçonnent certains d’entre eux d’avoir joué un rôle dans l’organisation des déplacements.

Des comportements suspects

Le rapport établit des comportements suspects de membres des forces marocaines et considère que le mouvement ne semble pas entièrement spontané. Mais il ne démontre pas que le gouvernement marocain a donné l’ordre d’organiser cette vague migratoire. Il n’apporte, à ce stade, ni ordre officiel, ni communication, ni témoignage permettant d’établir une chaîne de commandement remontant au gouvernement marocain ou au palais royal.

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