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D'une rumeur sur l'ouverture d'un poste frontière à une crise ouverte européenne... Pourquoi des dizaines de milliers de migrants sont entrés illégalement dans l'enclave espagnole de Ceuta

Près de 60.000 migrants ont tenté, en quelques jours, de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc, déclenchant une crise migratoire majeure aux portes de l’Europe. Trente-quatre personnes ont perdu la vie lors de ces tentatives de passage. Cet afflux massif ravive les tensions entre Madrid et Rabat et provoque déjà de premières réactions en Europe.

Le 31 juillet 2026, des migrants ont tenté de traverser à la nage les eaux situées près de la frontière avec le Maroc pour pénétrer dans l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord.

Crédit : JORGE GUERRERO / AFP

Eléonore Aparicio & AFP

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L'enclave espagnole de Ceuta, située sur la côte nord du Maroc, fait face à une crise migratoire d'une ampleur inédite depuis 2021. Ces derniers jours, près de 60.000 migrants, selon des sources policières, pour la plupart de jeunes Marocains et des adolescents, ont tenté de rejoindre ce territoire espagnol, provoquant le débordement des forces de sécurité et une vive tension diplomatique entre Madrid et Rabat. 

Selon plusieurs témoignages, tout serait parti d'une rumeur largement relayée sur les réseaux sociaux et dans les villes du nord du Maroc. De nombreux jeunes affirment avoir entendu que la frontière de Ceuta était ouverte. Jeudi 30 juillet au soir, des milliers de personnes se sont rassemblées dans la ville marocaine de Fnideq, située à quelques kilomètres seulement de Ceuta. Beaucoup se sont ensuite dirigés vers la frontière convaincus qu'ils pourraient entrer sur le territoire espagnol. 

Des milliers de personnes ont tenté le passage

En quelques heures, des milliers de personnes ont tenté le passage, soit en franchissant les barrières frontalières, soit en contournant les contrôles en nageant le long des côtes.

En Espagne, la droite accuse aussi une récente décision de justice d’avoir pu peser sur la situation. Trois semaines plus tôt, la Cour suprême espagnole avait jugé illégal le refoulement d’un migrant arrivé à la nage dans l’enclave de Ceuta. 

À écouter aussi

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a déclaré vendredi que la crise migratoire en cours à Ceuta était liée à une interprétation malhonnête "par les mafias" d'une récente décision de justice statuant sur la reconduite des migrants arrivés par la mer. "Ce qui ressort des échanges que nous avons eus avec les autorités marocaines, c'est une lecture intéressée que les mafias de trafiquants d'êtres humains ont fait d'un arrêt de la Cour suprême" espagnole, a-t-il lancé. 

Selon cet arrêt, "il n'est pas possible de reconduire à la frontière les personnes qui seraient arrivées en Espagne par la mer", a expliqué Pedro Sánchez, ajoutant que "cette interprétation" s'était "répandue comme une traînée de poudre ces dernières heures. 

Une traversée extrêmement dangereuse

Les images diffusées montrent des centaines de jeunes hommes arrivant sur les plages de Ceuta, souvent trempés après avoir nagé plusieurs centaines de mètres. Certains disposaient de bouées ou de combinaisons de plongée, mais la majorité n'avait qu'un simple t-shirt. Selon les autorités, cette traversée s'est révélée dramatique pour 18 migrants morts noyés en tentant de rejoindre l'enclave espagnole par la mer, tandis que plusieurs autres ont été blessés. 

Une fois arrivés en Espagne, beaucoup se sont mis à courir dans toutes les directions afin d'échapper aux contrôles ou de rejoindre les centres d'accueil. Les forces de la Guardia Civil n'ont pas été en mesure de contenir cet afflux exceptionnel, l'armée a dû être dépêchée sur place.

Ceuta, qui compte environ 80.000 habitants, accueille habituellement quelques centaines d'entrées irrégulières par semaine. Depuis plusieurs jours déjà, plus de 1.500 migrants étaient arrivés dans l'enclave avant cette vague massive. 

Un contexte diplomatique particulièrement sensible

Cette crise intervient quelques jours seulement après la visite du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez en Algérie, une première depuis quatre ans. En 2021 déjà, plus de 10.000 migrants avaient rejoint Ceuta en seulement deux jours après un relâchement des contrôles marocains. À l'époque, cette décision était intervenue dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre les deux pays autour du Sahara occidental.

Cette visite a ravivé les interrogations sur les relations entre Madrid, Rabat et Alger. La presse espagnole s'interroge également sur l'attitude des forces de sécurité marocaines. Plusieurs observateurs estiment que les contrôles auraient été moins stricts qu'à l'habitude, permettant à des milliers de personnes de se diriger vers la frontière.

Aucune déclaration officielle du gouvernement marocain n'est venue confirmer ou expliquer cette situation.

L'Italie suggère de suspendre l'Espagne de l'espace Schengen

La Première ministre italienne Giorgia Meloni a affirmé jeudi vouloir aller jusqu’à une suspension de l’Espagne de l’espace Schengen. Dénonçant les "images choquantes" venues de Ceuta, la dirigeante d’extrême droite a assuré que Rome était prête à prendre des "mesures exceptionnelles" et que l’Italie ne resterait pas "les bras croisés". 

La Finlande a indiqué ce vendredi soutenir la proposition italienne. "L'Espagne a complètement échoué à protéger la frontière extérieure de l'espace Schengen contre les intrusions. Cela ne peut pas continuer", a écrit sur X la ministre finlandaise de l'Intérieur, Mari Rantanen, membre de la droite populiste finlandaise. 

Un renforcement des contrôles à la frontière entre la France et l'Espagne

Laurent Nuñez a annoncé sur RTL vendredi le renforcement de la frontière avec l'Espagne. "Nous avons le contrôle à la frontière franco-espagnole, il existe. D'ailleurs, il a été renforcé ces derniers mois puisque nous avons une force mobile qui est présente en permanence et qui renforce ces contrôles", a-t-il détaillé. 

"Je me suis entretenu hier avec mon homologue espagnol, on prendra des mesures, on renforcera évidemment le contrôle à la frontière franco-espagnole", a-t-il ajouté. L'entourage du président Emmanuel Macron a indiqué à RTL que la France se tient prête à apporter aux autorités espagnoles tout l’appui nécessaire, si celles-ci en expriment le besoin, y compris au travers de l’agence Frontex. 

L'Espagne a indiqué que plusieurs dizaines de gardes civils et policiers vont être envoyés dans les prochaines heures, parmi lesquels huit plongeurs, un bateau et des drones, a indiqué le ministère, en pleine crise migratoire dans cette enclave qui forme l'une des deux frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe

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