4 min de lecture

Venezuela : de sa première élection à son "exfiltration", comment les États-Unis ont tout fait pour faire plier Maduro

Le samedi 3 janvier, les États-Unis ont opéré un basculement historique en capturant le président du Venezuela. Des tensions sur fond de narcotrafic, d'immigration et d'ingérence étrangère, qui n'ont cessé de croître.

Donald Trump et Nicolas Maduro

Crédit : AFP

Venezuela : de sa première élection à son "exfiltration", comment les États-Unis ont tout fait pour faire plier Maduro

00:01:43

AFP & Sophie Joussellin - édité par Guillaume Cros

Je m'abonne à la newsletter « Infos »

Après des mois de menaces envers le gouvernement vénézuélien, Donald Trump est passé à la vitesse supérieure. Le président américain a annoncé, via son réseau social Truth Social, avoir "capturé et exfiltré" le président vénézuélien Nicolás Maduro dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 janvier.

De fortes explosions ont retenti dans la capitale Caracas. Les États-Unis se sont félicités d'une "attaque de grande envergure", tandis que le gouvernement du Venezuela a décrété l'état d'exception, dénonçant une "très grave agression militaire".

Arrivé au pouvoir en 2013,  Nicolás Maduro est progressivement devenu l'homme à abattre aux yeux de Donald Trump. Régularité des élections, embargo pétrolier, narcotrafic ou migrants, les contentieux sont légion.                   

Maduro, un président illégitime pour les Américains

Washington, comme une partie de la communauté internationale, ne reconnaît pas au socialiste Nicolás Maduro une légitimité à présider le pays. Après la violente répression de manifestations au lendemain de sa première élection, en 2013, les États-Unis ont sanctionné plusieurs hauts responsables du pays pour violation des droits humains.

À lire aussi

La réélection de Nicolás Maduro en 2018 et 2024 est considérée "illégitime" par les États-Unis, l'opposition assurant avoir remporté le scrutin. Entre 2019 et 2023, Washington, suivi par une soixantaine de pays, a même reconnu l'opposant Juan Guaido comme "président par intérim", déclenchant la rupture par Caracas des relations diplomatiques.                 

Des tentatives d'intrusion américaines à répétition

Le Venezuela a plusieurs fois accusé les États-Unis d'ingérence. En 2019, après une tentative d'insurrection de militaires,  Nicolás Maduro a affirmé que Washington avait ordonné "un coup d'État fasciste". 

L'année suivante, le président vénézuélien a accusé son homologue américain Donald Trump d'avoir "dirigé directement" une tentative d'"incursion armée" par la mer, à laquelle avaient participé deux ex-soldats américains. Washington a nié toute implication. 

"Non aux coups d'État fomentés par la CIA", a lancé Nicolás Maduro en octobre, après que Donald Trump a dit avoir autorisé des actions clandestines de l'agence de renseignement contre le Venezuela.               

Une attaque américaine sur l'économie du Venezuela

Dans une logique d'asphyxie économique du pays et afin de fragiliser Nicolás Maduro, Washington a imposé en 2019 un embargo sur le pétrole vénézuélien, qui a frappé le pilier de la fragile économie du pays. Le pétrole représentait avant son entrée en vigueur 96 % du revenu national et les trois quarts des revenus pétroliers provenaient de clients américains. Le pays écoule désormais sa production pétrolière sur le marché noir à des prix nettement plus bas, à destination notamment de la Chine. 

En 2025, Washington a annoncé un "blocus total" contre les "pétroliers sous sanctions" allant au Venezuela ou le quittant, en saisissant plusieurs navires. Donald Trump a mis fin cette année aux licences d'exploitation qui permettaient à des multinationales d'opérer malgré les sanctions. L'Américain Chevron bénéficie depuis juillet d'une licence spéciale. 

De 3,5 millions de barils/jour en 2008, la production est tombée à moins d'un million aujourd'hui selon l'Opep, en raison des sanctions américaines et de l'effondrement de l'appareil d'extraction miné par la corruption et la mauvaise gestion. Le Venezuela, qui a traversé une grave crise économique entre 2014 et 2021, reste dans une situation précaire pour laquelle Maduro blâme les sanctions imposées par Washington.

Une prime à 25 millions d'euros sur Nicolás Maduro

En mars 2020, Nicolás Maduro a été inculpé aux États-Unis pour "narco-terrorisme" et Washington a offert 15 millions de dollars pour toute information qui permettrait de l'arrêter. 

Cette prime a été relevée à 25 millions par Washington début 2025, après l'investiture du président vénézuélien pour un troisième mandat, puis à 50 millions en août, avant que les États-Unis déploient un important dispositif militaire en mer des Caraïbes et lancent des frappes contre des narcotrafiquants présumés. 

Washington accuse Nicolás Maduro de diriger le "Cartel des Soleils", dont l'existence reste à démontrer selon de nombreux experts. Maduro nie et accuse Washington de vouloir s'emparer de son pétrole.          

Des accusations autour de l'immigration

Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l'immigration une priorité de son second mandat, reproche à Caracas l'arrivée d'un grand nombre de migrants vénézuéliens. Il l'accuse d'avoir "poussé" vers les États-Unis "des centaines de milliers de personnes issues des prisons", ainsi que des "internés des hôpitaux psychiatriques".  

Selon l'ONU, quelque huit millions de Vénézuéliens, un quart de la population, ont fui la crise économique et politique depuis 2014, la plupart vers des pays d'Amérique latine, d'autres vers les États-Unis. 

Donald Trump a retiré le statut de protection temporaire dont bénéficiaient des centaines de milliers de Vénézuéliens en raison de la crise dans leur pays, et en a expulsé cette année plusieurs milliers.  Au printemps, les États-Unis avaient envoyé dans une prison au Salvador 252 Vénézuéliens accusés sans preuves ni procès d'appartenir à un gang. Ils y ont passé quatre mois avant d'être rapatriés à Caracas qui, comme des ONG, a dénoncé des "tortures" subies en détention.

Maduro inculpé aux États-Unis pour "narcoterrorisme" et "complot pour importation de cocaïne"

Capturé et exfiltré, le dirigeant vénézuélien et son épouse feront face "à toute la rigueur de la justice américaine" dans le cadre de poursuites pour trafic de drogue et terrorisme.


La ministre de la Justice Pamela Bondi a expliqué sur X que Nicolás Maduro et son épouse, dont on ignore où ils se trouvent, "feraient bientôt face à toute la rigueur de la justice américaine, sur le sol américain, devant des tribunaux américains".

Pamela Bondi a rappelé que le couple Maduro était inculpé devant un tribunal fédéral de New York pour des chefs de "narcoterrorisme" et de "complot pour importation de cocaïne" aux États-Unis.

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info