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Terrorisme islamiste : 4 questions autour du jihad chiite

ÉCLAIRAGE - Moins visible mais pas moins existant que le jihad sunnite, le jihad chiite pourrait un jour menacer la France d'un attentat anti-israël.

Le drapeau du Hezbollah flotte à Londres, une puissante milice chiite inscrite sur la liste des organisations terroristes européenne
Le drapeau du Hezbollah flotte à Londres, une puissante milice chiite inscrite sur la liste des organisations terroristes européenne Crédit : Joel Goodman/LNP/Shutte/SIPA
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Il est moins visible mais est-il moins dangereux ? Le jihad chiite fait moins parler de lui que le jihad sunnite, revendiqué et même encouragé par les groupes célèbres comme al-Qaïda ou Daesh. Davantage connu parce qu'il a commis plus d'actes terroristes en Occident, et plus récemment.

Ceux revendiqués par les extrémistes chiites datent, comme le rappelle Romain Caillet, auteur du Combat vous a été prescritsur le blog Jihadologie, en avril dernier. "La mémoire collective de notre société renvoie généralement aux attentats ayant ensanglanté Paris dans les années 80", écrit-il. Moins visible oui, mais pas moins existant.

Lundi 1er octobre, une opération antiterroriste a visé une association, Zahra France, dont les activités étaient particulièrement surveillées par la police, "en raison du soutien marqué par ses dirigeants à plusieurs organisations terroristes et en faveur de mouvements prônant des idées contraires aux valeurs de la République", a précisé la préfecture dans un communiqué.

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Le Parti antisioniste et la Fédération chiite de France sont proches de ce centre. L'association est soupçonnée par les autorités françaises de légitimer le jihad et de faire l'apologie de mouvements terroristes comme le Hamas palestinien ou le Hezbollah libanais. Pour Romain Caillet, l'association Zahra France est "le Hezbollah en France", a-t-il commenté au JDD. Mercredi 3, le trésorier de l'association, B. Gouasmi, a été écroué pour détention illégale de deux armes à feu.

Le même jour, Paris accuse Téhéran d'avoir fomenté un attentat en France déjoué en juin dernier et qui prenait pour cible des opposants iraniens. Une actualité qui met en avant un certain terrorisme islamiste, celui qui s'organise au nom du chiisme.

1 - Jihad ou jihadisme ?

Le spécialiste de la question, Romain Caillet, tient à distinguer le jihad du jihadisme. Selon son point de vue, le jihadisme renverrait à une idéologie "salafiste-jihadiste", donc sunnite. Il cite en exemple des groupes bien connus comme al-Qaïda et l'État islamique mais rejette l'intégration dans l'expression "jihadisme" des groupes comme le Hezbollah.

Ces groupes chiites revendiquent tout de même une forme de jihad. Que veut dire le mot "jihad" ? Dans Le Larousse, on trouve ces définitions : "Effort sur soi-même que tout musulman doit accomplir contre ses passions" et "Combat pour défendre le domaine de l'islam".

Au Liban, le Hezbollah - ou "parti de Dieu" - est un parti et une organisation militaire musulmane chiite, opposée aux musulmans sunnites, très puissant politiquement. Certains le considèrent comme une organisation militaire, d'autres comme une organisation terroriste, comme l'Arabie saoudite ou l'Union européenne qui l'a inscrit sur sa liste noire.

Romain Caillet explique que le groupe a banalisé le jihad au Liban. "En janvier 2018, une affiche publicitaire (...) au sud de Beyrouth, comportait notamment le hadith du Prophète 'celui qui a équipé un combattant a participé au combat'", explique le chercheur sur le blog.

"Devant ses partenaires chrétiens ou musulmans sécularisés, le Hezbollah qualifie sa lutte de 'résistance', raconte-t-il encore. Au sein de la communauté chiite, dans les assemblées religieuses du Hezbollah, il est toujours question de 'résistance' mais bien entendu davantage encore de 'jihad'."

2 - Quelles différences entre le chiisme et le sunnisme ?

Pour comprendre le jihad chiite, et ses différences avec le jihad sunnite, il faut d'abord intégrer que ces deux courants de l'islam sont opposés depuis des milliers d'années.

La scission entre les deux courants de l'islam date de 632, à la mort du prophète Mohamed (Mahomet). "Deux descendants différents sont élus, Ali par les futurs chiites, Abou Bakr pour les futurs sunnites", explique Le Monde. Ils ne descendent pas de la même lignée.

Profondément, le désaccord vient encore d'une vision différente du Coran, qui pour les sunnites est une oeuvre divine, à la différences des chiites pour qui c'est une oeuvre humaine, comme c'est expliqué dans cet article de Ça m'intéresse. Autre différence majeure entre les deux courants aujourd'hui ennemis : le chiisme prône la séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux, à la différence du sunnisme. Le statut de l'imam est au cœur de cette divergence.

Pour les sunnites, l'imam n'est pas un intermédiaire entre le fidèle et Dieu, tandis que les chiites ont organisé un clergé très hiérarchisé, comme l'explique La Croix. L'imam sunnite est un chef religieux et politique. Tandis que pour les chiites, le pouvoir politique est distinct du pouvoir religieux, même s'il doit travailler avec lui, comme en Iran par exemple.

3 - Quelles sont les zones d'action du jihad chiite ?

Les sunnites sont majoritaires dans le monde musulman, explique encore Le Monde, présents à environ 85%. Les chiites (15%), eux, sont majoritaires en Irak, Iran, Azerbaïdjan et au Bahreïn. Toutefois, ils forment des minorités importantes dans de nombreuses région du monde : Pakistan, Inde, Yémen, Afghanistan, Arabie saoudite et Liban.

Concernant le jihad chiite, "si contrairement au sunnisme, il n’existe pas de réel jihad global dans le chiisme, on constate néanmoins l’existence d’un 'jihad régional chiite'", écrit Romain Caillet.

Le chercheur évoque ensuite l'Irak, aujourd'hui dans une situation très instable où les chiites ont repris le pouvoir avec l'aide des Américains, faisant grincer des dents les sunnites de la région.

En Syrie, le Hezbollah et autres milices chiites iraniennes se battent aux côtés de Bachar al-Assad contre les rebelles, sunnites. Il est aussi actif au Liban, donc, et en Iran

4 - Quels risques pour les Occidentaux ?

C'est la question. Car si l'Occident n'est pas clairement une cible dans le discours islamiste chiite, Israël oui. Principal ennemi des chiites, l'État hébreux est associé à l'Occident, notamment aux États-Unis.

"Personne ne peut donc conclure aujourd’hui à l’impossibilité dans l’avenir de voir les partisans du Hezbollah commettre un attentat antijuif ou, plus probablement, anti-israélien sur le sol français", prévient ainsi Romain Caillet.

"Le jihad islamique, à ne pas confondre avec le groupe palestinien du même nom, est toujours aujourd'hui une section du Hezbollah chargée de mener des opérations terroristes à l'extérieur du Liban", ajoute-t-il. 

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2018-10-11 07:35:00
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