4 min de lecture Afghanistan

L'État islamique revendique l'un des attentats les plus meurtriers jamais commis à Kaboul

L'attaque perpétrée pendant une manifestation pacifique de la minorité hazara chiite a fait plus de 80 morts et 200 blessés samedi 23 juillet à Kaboul.

Un manifestant afghan en larme près du lieu de l'attentat revendiqué par l'État islamique à Kaboul le 23 juillet 2016
Un manifestant afghan en larme près du lieu de l'attentat revendiqué par l'État islamique à Kaboul le 23 juillet 2016
Anne-Sophie Blot
Anne-Sophie Blot
et La rédaction numérique de RTL

Pour la première fois depuis son implantation en Afghanistan début 2015, le groupe État islamique a frappé la capitale du pays dans un attentat de grande ampleur contre des civils. L'organisation terroriste a revendiqué samedi 23 juillet l'un des plus sanglants attentats jamais commis à Kaboul, tuant au moins 80 personnes au coeur d'une manifestation pacifique de la minorité hazara chiite. Une forte explosion a retenti au passage d'un défilé pacifique de la minorité chiite hazara, en fin de cortège, alors que des milliers de manifestants étaient rassemblés dans le quartier Dehmazang. Au moins "80 personnes ont été tuées et 231 blessées", a indiqué en début de soirée un porte-parole du ministère de la Santé, Mohammad Ismail Kawoosi, précisant qu'il ne s'agissait que d'un premier bilan. 

Il s'agit d'ores et déjà de l'attaque la plus meurtrière essuyée par la capitale afghane depuis l'été 2015, lorsqu'une série de quatre attentats avait coûté la vie à près de 60 personnes. Il s'agissait alors de la première vague de violence d'envergure à Kaboul depuis la nomination du Mollah Mansour à la tête des Talibans, en remplacement du Mollah Omar, dont la mort avait été officialisée fin juillet.  Le dernier attentat enregistré à Kaboul remontait au 30 juin, et visait un convoi de jeunes policiers.

Le nombre d'assaillants reste incertain. "Deux combattants de l'État islamique ont fait exploser leurs ceintures explosives lors d'un rassemblement chiite dans le quartier Dehmazang à Kaboul en Afghanistan" a annoncé l'Amaq, l'agence de presse de l'organisation terroriste. Selon les services de renseignements afghans, le NDS, "trois assaillants ont participé à l'attaque dont un seul a réussi", ce qui laisse entendre que le bilan aurait pu être encore plus effroyable. "Le premier a déclenché ses explosifs, le deuxième n'a que partiellement réussi mais l'explosion l'a tué et le troisième a été abattu par les agents du NDS" a détaillé cette source. Plus tôt, le ministère de l'Intérieur avait évoqué "un kamikaze à pied" ayant déclenché sa charge au sein du cortège.

La communauté hazara touchée de plein fouet

Un photographe de l'AFP présent sur les lieux témoigne avoir vu "des dizaines de corps autour de lui" dont beaucoup totalement "démembrés". "Quand je suis arrivé sur place il y avait des dizaines de corps, plus de vingt que j'ai pu compter, certains totalement démembrés", a déclaré le photographe. Selon lui, des manifestants en colère avaient commencé à s'en prendre aux forces de police qui ont ceinturé la zone. Les premières images postées sur les réseaux sociaux montrent des corps au sol et des débris jonchant la chaussée au centre-ville. 

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Les manifestants, qui défilaient dans une ambiance bon enfant, parfois à vélo, de nombreuses femmes en tête du cortège, entendaient protester contre un projet de ligne à haute tension qui délaisse leur territoire, dans la province de Bamiyan (centre). Pour les dirigeants hazaras, ce tracé était un nouveau signe de discrimination à l'égard de leur communauté et de leur province, la moins développée d'Afghanistan. 

La minorité des Hazaras, qui compte trois millions de personnes, a été persécutée pendant des décennies. Des milliers de ses membres ont été tués à la fin des années 1990 par Al-Qaïda et les talibans, majoritairement des pachtounes sunnites. Ces derniers mois, elle a subi des enlèvements et des assassinats qui ont suscité une vague d'indignation sur les réseaux sociaux.

"L'État islamique cherche à susciter un conflit éthnique"

Le président Ghani a exprimé sa "tristesse" et dénoncé ces "terroristes infiltrés au coeur d'une marche pacifique pour martyriser de nombreux citoyens", signalant que "des membres des forces de sécurité" figuraient au nombre des victimes. Le mouvement taliban avait rapidement démenti toute responsabilité dans un communiqué et dénoncé des "tentatives de divisions" au sein du peuple afghan. Selon le photographe de l'AFP, des manifestants en colère ont commencé à s'en prendre aux forces de police qui ont ceinturé la zone de l'attentat, exprimant leur colère face à ce bain de sang.

La sécurité en Afghanistan s'est dégradée au cours des derniers mois, depuis le départ de la majorité des troupes étrangères du pays, convainquant les Etats-Unis de prolonger leur présence militaire dans le pays. Au total 8.400 soldats américains resteront déployés sur place jusqu'au début 2017 au lieu des 5.500 initialement prévus. Pour le NDS, les combattants de l'EI dans l'Est qui ont essuyé de nombreuses frappes aériennes conduites par les forces américaines ces dernières semaines ont voulu reprendre la main avec l'attentat de Kaboul. L'opération, selon cette source, a été plannifiée "par le commandant Abu Ali à Achin, dans la province de Nangarhar", frontalière du Pakistan et théâtre de multiples affrontements. 

Mais les observateurs redoutent désormais la volonté d'instiller une dimension communautaire au conflit: "Tout montre que cette attaque visait à susciter des tensions sectaires en ciblant le rassemblement des chiites hazaras" relève l'analyste afghan Haroon Mir, sollicité par l'AFP. "L'EI, sous pression au Moyen-Orient et en Afghanistan, cherche maintenant à susciter un conflit ethnique par ce type d'attaque". Pour Michael Kugelman, chercheur associé du Wilson Center, à Washington, "on craignait de longue date que l'EI cherche à injecter en Afghanistan une dimension sectaire à un conflit qui ne l'est pas". Pour le spécialiste des mouvances islamistes, Wassim Nasr, l'attentat pourrait aussi être une réponse à l'engagement d'Afghans chiites issus de la minorité hazara aux côtés de l'armée iranienne en Syrie pour combattre l'État islamique.

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