3 min de lecture Syrie

Syrie : "On entre dans une phase très complexe du conflit", prévient Wassim Nasr

ÉCLAIRAGE - Le journaliste à France 24 et auteur de "L'État islamique, le fait accompli" explique qu'en Syrie, la guerre a pris un nouveau tournant et que les Syriens "ne sont plus maîtres de leur destinée".

La région de la Ghouta, dans les faubourgs de Damas, prise pour cible par des frappes aériennes, le 7 février 2018
La région de la Ghouta, dans les faubourgs de Damas, prise pour cible par des frappes aériennes, le 7 février 2018 Crédit : Amer ALMOHIBANY / AFP
Ceciledeseze75
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

L'enfer ressemble toujours à la Syrie. Les bombardements du régime se sont intensifiés sur la région de la Ghouta orientale, dans les faubourgs de Damas, depuis lundi 5 février. En quatre jours, plus de 220 civils dont 58 enfants ont été tués par les frappes aériennes qui visent le fief rebelle.

"Il s'agit des quatre pires journées qu'ait connues la Ghouta orientale" depuis le début de la guerre le 15 mars 2011, a déclaré à l'AFP Hamza, un médecin qui traitait des blessés dans une clinique de la localité d'Arbine. Une zone qui avait déjà été le théâtre de l'horreur en 2013 avec les attaques à l'arme chimique, révélées par Le Monde.

Pourquoi une telle intensification de la part du régime de Bachar al-Assad ces derniers jours ? Pour Wassim Nasr, journaliste à France 24 et auteur de L'État islamique, le fait accompli, la réponse est simple : "Tout le monde regarde ailleurs, vers Afrin, Idlib. Ce n'est pas la priorité." Et d'ajouter : "La situation est devenue tellement compliquée qu'elle échappe aux pays occidentaux". Elle n'était déjà pas simple avant, mais aujourd'hui, "les Syriens ne sont plus maîtres de leur destinée", tranche le spécialiste.


À lire aussi
Le drapeau du Hezbollah flotte à Londres, une puissante milice chiite inscrite sur la liste des organisations terroristes européenne jihad
Terrorisme islamiste : 4 questions autour du jihad chiite
Les raids du régime sur la Ghouta orientale
Les raids du régime sur la Ghouta orientale Crédit : AFP

Ce sont les Russes qui ont l'emprise sur la situation. En aidant Bachar al-Assad militairement à prendre le dessus sur les rebelles, notamment à Alep ou Palmyre, Moscou a pris le pouvoir.

Attention, certains images peuvent choquer la sensibilité des internautes

La région de la Ghouta, dans les faubourgs de Damas, prise pour cible par des frappes aériennes, le 7 février 2018 Crédits : Amer ALMOHIBANY / AFP | Date : 09/02/2018
7 >
La région de la Ghouta, dans les faubourgs de Damas, prise pour cible par des frappes aériennes, le 7 février 2018 Crédits : Amer ALMOHIBANY / AFP | Date : 09/02/2018
Un homme porte deux enfants après des bombardements à Douma, dans la région de la Ghouta en Syrie Crédits : Hamza Al-Ajweh / AFP | Date : 09/02/2018
Un enfant attend de recevoir des soins blessé après une attaque du régime à Arbin Crédits : Amer ALMOHIBANY / AFP | Date : 09/02/2018
Des civils fuient les bombardements du régime à Jisreen Crédits : ABDULMONAM EASSA / AFP | Date : 09/02/2018
Une équipe médicale syrienne prépare les corps de victimes d'un bombardement du régime sur la ville d'Arbin dans la Ghouta Crédits : ABDULMONAM EASSA / AFP | Date : 09/02/2018
Un enfant blessé par les frappes aériennes à Jisreen Crédits : ABDULMONAM EASSA / AFP | Date : 09/02/2018
Une famille syrienne prise dans les frappes aériennes à Jisreen Crédits : ABDULMONAM EASSA / AFP | Date : 09/02/2018
1/1

Emmanuel Macron a ainsi demandé à Vladimir Poutine, le président russe, de "tout faire" pour que Damas mette fin à "la dégradation insoutenable de la situation humanitaire dans la Ghouta orientale et à Idlib". Les deux fiefs qui échappent encore aux mains du dictateur syrien.

Les choses seront de moins en moins claires

Wassim Nasr, journaliste à France 24 et auteur de "L'État islamique, le fait accompli"
Partager la citation

La situation en Syrie est entrée dans une "nouvelle phase très complexe du conflit, une phase de guerres par procuration", poursuit Wassim Nasr. Il explique que les multiples milices sont utilisées par différentes parties sur place, entre le régime, les Russes, les Turcs et les Américains. Ankara et Moscou se sont accordés entre eux sur plusieurs points. "Toutes les manœuvres turques depuis deux ans ont été faites en total coordination avec la Russie", affirme ainsi le journaliste spécialisé. Ainsi, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan vont organiser à Istanbul un sommet Turquie-Russie-Iran consacré à la Syrie, sans Bachar al-Assad.

Damas utilise par exemple des milices à Deir Ezzor pour combattre les Forces démocratiques syriennes (FDS) soutenues par les États-Unis et la coalition aux côtés des Kurdes, mais laisse les Kurdes se battre à Afrin contre les milices pro-turques. L'offensive sur Deir Ezzor a d'ailleurs eu pour conséquences une réplique de la coalition qui a tué au moins 100 combattants prorégime dans l'est de la Syrie. Des raids que Damas a qualifiés de "crime de guerre".

Localisation des frappes aériennes en état de "légitime défense" qui ont tué plus de 100 membres des forces prorégime
Localisation des frappes aériennes en état de "légitime défense" qui ont tué plus de 100 membres des forces prorégime Crédit : AFP

"Les choses seront de moins en moins claires", prévient encore Wassim Nasr, en soulignant qu'il y a "beaucoup de contradictions". D'autant que le régime de Bachar al-Assad "ne contrôle pas toutes les milices", certaines sous l'influence de l'Iran ou encore d'al-Qaïda, et que "tout le monde joue un double jeu". "Ce sont des forces subversives qui vont essayer de capitaliser sur le chaos", ajoute-t-il. 

Tout le monde joue un double jeu

Wassim Nasr, journaliste à France 24 et auteur de "L'État islamique, le fait accompli"
Partager la citation

La ministre des Affaires étrangères a soutenu vendredi 9 février au matin sur France Inter que la ligne rouge établie par Emmanuel Macron concernant l'utilisation d'armes chimiques n'a pas été franchie avec "certitude". À Versailles, Emmanuel Macron avait déclaré que "toute utilisation d'armes chimiques" en Syrie donnerait lieu à une "riposte immédiate" de Paris. 

Selon Washington, au moins six attaques au chlore ont été recensées depuis le début janvier dans des zones rebelles, où des dizaines de cas de blessés par suffocation ont été rapportés. Le gouvernement syrien a démenti fin janvier avoir utilisé des armes chimiques. Même avec des preuves, la France a-t-elle les moyens d'imposer quelque chose en Syrie ?

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Syrie Russie Turquie
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7792194106
Syrie : "On entre dans une phase très complexe du conflit", prévient Wassim Nasr
Syrie : "On entre dans une phase très complexe du conflit", prévient Wassim Nasr
ÉCLAIRAGE - Le journaliste à France 24 et auteur de "L'État islamique, le fait accompli" explique qu'en Syrie, la guerre a pris un nouveau tournant et que les Syriens "ne sont plus maîtres de leur destinée".
https://www.rtl.fr/actu/international/syrie-on-entre-dans-une-phase-tres-complexe-du-conflit-previent-wassim-nasr-7792194106
2018-02-09 17:20:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/WBxf3jTUi07nvfh3P72SXA/330v220-2/online/image/2018/0209/7792195204_la-region-de-la-ghouta-dans-les-faubourgs-de-damas-prise-pour-cible-par-des-frappes-aeriennes-le-7-fevrier-2018.jpg