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Présidentielle américaine : les grands électeurs peuvent-ils encore renverser l'élection ?

ÉCLAIRAGE - Réuni le 14 décembre, le collège électoral américain doit désigner le futur président. Mais ces “grands électeurs” peuvent-ils encore faire basculer l’élection en faveur de Trump ?

Donald Trump à la Maison Blanche le 4 novembre 2020
Donald Trump à la Maison Blanche le 4 novembre 2020 Crédit : MANDEL NGAN / AFP
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Thomas Pierre Journaliste

Les scénaristes de House of Cards ou de The West Wing n’ont qu’à bien se tenir. La politique américaine semble parfois pouvoir surpasser leurs rebondissements les plus inattendus. Le collège des grands électeurs doit se réunir le 14 décembre prochain pour désigner officiellement le vainqueur de l'élection du 3 novembre. Mais ce qui devrait n'être qu'une formalité peut-il se retourner en faveur de Donald Trump ? 

Certes, le président américain a assuré jeudi qu'il quitterait bien la Maison Blanche le 20 janvier, jour de l'investiture de Joe Biden ("Bien sûr que je le ferai"). Mais le perdant de la dernière présidentielle, qui n'a toujours pas reconnu sa défaite, n'en a pas moins laissé entendre qu'il s'en remettrait au choix des grands électeurs. "Je pense qu'il va se passer beaucoup de choses d'ici le 20" janvier, a-t-il encore affirmé. 

Jusqu'ici, tous les recours judiciaires introduits par le camp Trump ont échoué. Et les Etats-clés de cette élection, les uns après les autres, en certifient les résultats. Le républicain doit donc compter sur un miracle pour retourner la situation à son avantage. Or, il s'y emploierait en coulisses. 

The "winner takes all"

Pour rappel, les Américains ne votent pas directement pour leur président en novembre. Ils votent État par État pour désigner des grands électeurs qui, eux, seront chargés d'élire le président en décembre de la même année. Or, dans presque tous les États, le candidat qui arrive en tête recueille tous les grands électeurs de l'État. C'est le fameux principe du "winner takes all" ("le gagnant remporte tout").

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Mais cette règle doit-elle être scrupuleusement suivie par les élus? Et des républicains pourraient-ils décider au dernier moment de voter pour le candidat de leur parti ? Le Washington Post rappelle en tout cas que Donald Trump aurait évoqué cette idée dans son camp. "Les républicains d'États-pivots, tels que la Pennsylvanie et le Michigan, sont pressés par les alliés de Trump de prendre en considération (cette possibilité)", écrit le quotidien.

Un responsable républicain de la très convoitée Pennsylvanie (aux 20 grands électeurs) a d'ailleurs confirmé auprès de The Atlantic avoir approché, avant l'élection, des élus de son parti à cette fin. “Je leur en ai parlé et j’espère qu’ils y réfléchissent aussi", a-t-il reconnu. 

Les grands électeurs peuvent-il être déloyaux ?

Ce qui s'apparenterait comme un coup de théâtre, voire même un coup de force institutionnel, est-il au moins possible légalement ? "Cela n'arrivera pas", assure un élu républicain du Michigan auprès d'ABC News, qui rappelle que "la loi de l'État ne permet pas (...) d'attribuer les (grands) électeurs à quiconque autre que le gagnant du vote populaire". En l'occurence ici Joe Biden. Mais est-ce seulement vrai partout ? 

L'Article II de la Constitution, qui établit le nombre de grands électeurs de chaque Etat, leur laisse pourtant le champ libre en matière de vote, indique Politico. Ainsi dans une quinzaine d'entre eux, dont la Pennsylvanie, un grand électeur pourrait voter à l'encontre du vote populaire, même si cela est traditionnellement rarissime. Pour éviter un telle situation, dite de "faithless elector", soit de "grand électeur déloyal", 33 Etats (plus le District de Columbia) ont légiféré, appliquant des amendes ou carrément l'annulation de le vote.

De rares "trahisons"

Ainsi, selon le Monde, "les grands électeurs étant désignés par les partis ou les candidats, les 'trahisons' sont rares". Une telle félonie reste néanmoins notable : celle de la démocrate Barbara Lett-Simmons lors de l’élection de 2000. Plutôt que de donner son vote à Al Gore, celle-ci s'était abstenue de voter. 

Et puis, il reste l'arithmétique. Pour être désigné officiellement président par le collège électoral (et défier en passant le processus démocratique américain), Donald Trump nécessite une quarantaine de grands électeurs, soit tous les votants de Pennsylvanie (20) et d'Arizona (11), et "quelques autres d'ailleurs", a calculé le Post. Un tel renversement serait donc une première dans l'Histoire américaine. En 2016, seuls sept électeurs avaient changé leur vote.

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