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La Première ministre danoise Mette Frederiksen (à gauche) embrasse son homologue italienne Giorgia Meloni lors du dîner de travail précédant une réunion informelle du Conseil européen, à Chypre, le 23 avril 2026.
Crédit : NICOLAS TUCAT / AFP
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Giorgia Meloni et Mette Frederiksen n'ont que très peu de choses en commun. L'une dirige un gouvernement d'extrême droite, en Italie. L'autre, celui social-démocrate du Danemark. L'une est proche de Donald Trump, malgré quelques crispations sporadiques. L'autre abhorre le président américain, qui rêve de lui dérober le Groenland. L'une est contre l'avortement. L'autre pour. Etc., etc. Pourtant, les deux Premières ministres ont une relation des plus courtoises, voire chaleureuses. Au sein de l'Union européenne, ce duo détonne. Sur leur compte Instagram, on les voit poser toutes les deux, souriantes, pour un selfie en plein Conseil européen.
Si tout les oppose, la Scandinave et l'Italienne se retrouvent sur un point : la lutte contre l'immigration illégale. Leur cheval de bataille. Alors, quand des dizaines de milliers de personnes ont traversé la frontière de Ceuta pour entrer sur la petite enclave espagnole coincée au nord du Maroc la semaine dernière, il n'est pas étonnant que les deux dirigeantes aient pris la plume pour alerter sur la situation.
Dans un courrier adressé le 1ᵉʳ août aux trois têtes de l'exécutif européen (Ursula von der Leyen pour la Commission européenne, António Costa pour le Conseil européen, et le Premier ministre irlandais, Micheál Martin, à la tête de la présidence tournante du Conseil de l'UE), Meloni et Frederiksen ont demandé une réunion d'urgence des ministres de l'Intérieur européens pour évoquer la crise migratoire de Ceuta. Plus tôt, elles avaient demandé, chacune de leur côté, la suspension de l'Espagne de l'espace Schengen pour protéger leurs propres frontières.
Les deux femmes, que la presse aime à surnommer les "dames de fer" de l'Europe, n'ont pas mâché leurs mots contre l'Espagne, jugée responsable de la situation. "Nous ne pouvons tolérer des passages massifs incontrôlés [à la frontière], l'instrumentalisation des migrations ou d'autres menaces hybrides susceptibles de créer l'illusion qu'une entrée illégale dans l'Union européenne est possible", tonnent-elles dans leur courrier.
L'union de la femme de gauche et de celle de droite a payé. Leur initiative a été soutenue par 20 autres capitales européennes, qui ont apposé leur signature sur cette lettre au vitriol qui cible ouvertement la politique migratoire du gouvernement espagnol, jugée trop permissive.
"Nous avons le devoir de dissuader efficacement et de combattre sans relâche l'immigration clandestine, en coordonnant nos actions, en renforçant nos frontières extérieures et en remédiant à toutes les politiques susceptibles d'attirer les migrants, comme la régularisation d'un très grand nombre de migrants en situation irrégulière", taclent les 22. Référence aux centaines de milliers de régularisations décidées par Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol, il y a quelques mois. Seuls la France, l'Irlande, le Portugal et le Luxembourg n'ont pas signé le document.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez (à gauche) s'entretient avec la Première ministre italienne Giorgia Meloni à Bruxelles, le 23 octobre 2025.
Crédit : François WALSCHAERTS / POOL / AFP
Une réunion en visioconférence des 27 ministres de l'Intérieur européens est ainsi prévue mardi 4 août, en plein cœur de l'été, pour évoquer la crise de Ceuta. Une crise qui n'en est plus tellement une, la vaste majorité des migrants ayant depuis regagné le Maroc, et aucune pression migratoire aux frontières n'ayant été détectée nulle part en Europe.
Dans un courrier qu'il a lui aussi adressé aux instances dirigeantes de l'Union européenne, le Premier ministre espagnol s'est offusqué du manque de solidarité de ses partenaires européens. "La solidarité et l'empathie sont optionnelles. Le respect des traités européens ne l'est pas", a-t-il lancé, cinglant, sur X. S'il n'est pas surprenant qu'il ne partage pas la même philosophie que la dirigeante postfasciste italienne, le bât blesse concernant son homologue nordique. Car Mette Frederiksen, à la tête du Parti social-démocrate danois, est alliée du Parti socialiste ouvrier espagnol de Pedro Sanchez au Parlement européen.
L'alliance Meloni-Frederiksen s'est forgée ces dernières années à la faveur des discussions européennes sur le Pacte sur la migration et l'asile. Giorgia Meloni est arrivée au pouvoir en 2022 avec un discours extrémiste sur l'immigration, désireuse, avant tout, de préserver l'identité italienne. Mette Frederiksen, plus pragmatique, s'est fait élire sur un discours tout aussi radical concernant l'immigration, mais en mettant en avant la préservation du modèle social danois. Si les objectifs sont différents, les deux leaders s'entendent sur les moyens : zéro immigration.
Régulièrement, elles agitent donc le spectre de 2015, année marquée par un afflux historique de migrants en Europe, fuyant la guerre en Syrie, mais venant plus généralement du Moyen-Orient et d'Afrique. "Nous n'accepterons pas que la situation de 2015 se répète. L'immigration incontrôlée est une menace pour l'Europe. Et pour le Danemark", s'est enquise la Première ministre danoise sur son compte Facebook après que les images du déferlement sur Ceuta ont fait le tour du monde la semaine dernière.
Déjà, au début de la guerre lancée par Donald Trump et Benjamin Netanyahu en Iran en début d'année, les deux femmes avaient pris la plume ensemble pour alerter sur le risque migratoire que pouvait créer cette nouvelle instabilité au Moyen-Orient. "Nous ne pouvons pas nous permettre de revivre les flux de réfugiés et de migrants vers l'UE que nous avons vus se dérouler en 2015-2016. Ce serait non seulement une catastrophe humanitaire pour les personnes directement touchées, mais cela risquerait également de compromettre la sécurité et la cohésion de notre Union", coécrivaient-elles en mars.
En marge du Conseil européen, Frederiksen et Meloni avaient d'ailleurs pris l'initiative d'organiser une réunion informelle avec d'autres représentants européens sur la politique migratoire européenne. L'occasion pour elle d'évoquer leur cheval de bataille commun : la politique de renvoi des migrants. Depuis longtemps, Rome et Copenhague défendent un modèle très strict de retour des migrants dans des pays tiers hors de l'UE. Meloni a développé un partenariat avec l'Albanie. Le projet s'est néanmoins heurté à la justice européenne. Et le Danemark, lui, voulait suivre le modèle britannique et externaliser sa procédure d'asile au Rwanda.
Finalement, les deux femmes de fer n'auront plus à batailler avec la Cour européenne des droits de l'Homme ou Bruxelles. Dans son dernier règlement sur les retours adopté en juin, l'Union européenne a donné le feu vert aux États pour développer des accords avec des pays tiers sûrs pour gérer une partie de la politique migratoire des pays membres hors des frontières européennes. Une victoire pour le duo Meloni-Frederiksen, qu'elles ont célébrée en se prenant, une nouvelle fois, en selfie.
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