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Le vrai enjeu du coup de Trump au Venezuela ? Éviter la mainmise de la Chine sur l'Amérique latine et ses richesses, selon François Lenglet

Les États-Unis ont capturé Nicolas Maduro, samedi 3 janvier. Il est attendu devant la justice de New York pour répondre de faits liés au narcotrafic. Mais derrière ces accusations, on retrouve aussi des enjeux de souverainetés en Amérique du Sud.

De gauche à droite, le président chinois Xi Jinping au Kremlin à Moscou le 8 mai 2025 et le président américain Donald Trump à l'usine US Steel - Irvin Works à West Mifflin, en Pennsylvanie, le 30 mai 2025.

Crédit : SAUL LOEB, EVGENIA NOVOZHENINA / AFP / POOL

Le vrai enjeu du coup de Trump : éviter la mainmise de la Chine sur l'Amérique Latine et ses richesses

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François Lenglet - édité par Gabriel Joly

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C'est une partie de billard à plusieurs bandes, qui se joue actuellement au Venezuela. Derrière la capture de Nicolas Maduro et les velléités de Donald Trump sur les hydrocarbures, il y a aussi l'enjeu d'éviter la mainmise de la Chine sur l'Amérique latine et ses richesses.

Il y a bien sûr des motivations de politique intérieure américaine à cette intervention. Frapper le président vénézuélien, c’est frapper le méchant, réputé fauteur d’immigration aux États-Unis et vendeur de drogue, aux yeux des électeurs de Trump. Mais il a aussi des motivations purement financières : se goinfrer avec des ressources pétrolières considérables, aujourd’hui sous exploitées, souligne François Lenglet dans son angle éco du jour.

On y retrouve aussi une motivation géostratégique : il s’agit de contrer la Chine, qui enserre l’Amérique latine de liens financiers, commerciaux, technologiques. Depuis 25 ans, Pékin y progresse à sa manière, alors que pour l’Amérique, c’est un peu son arrière-cour. Les Chinois n'y font jamais de coup de force, mais une myriade d’initiatives, qui semblent décousues, et qui en réalité dessinent un tableau très cohérent.

Qu’est-ce qui intéresse tant les Chinois ?

C’est une région qui ne compte que pour 8% de la population mondiale, et quasiment la même proportion du PIB de la planète. Mais elle possède des richesses minières considérables, avec le pétrole dans la région de l’Orénoque vénézuélien, où les Chinois ont investi des dizaines de milliards de dollars.

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On trouve aussi du cuivre, dont le Chili est le premier producteur mondial, et la Chine le premier raffineur mondial. Puis les terres rares, avec le Chili encore, et la Bolivie, premières réserves mondiales de lithium, qui a signé il y a un an pour deux usines avec le numéro 1 planétaire de la batterie, le Chinois CATL, ainsi que avec son compatriote CITIC.

Enfin, autre intérêt : les ressources agricoles bien sûr, avec le Brésil, l’Argentine, qui sont des producteurs de premier plan.

Au niveau du commerce, la Chine est le premier partenaire de quasiment tous les pays de la région. Sans compter sur les infrastructures, alors qu'en novembre 2024, Xi Jinping a inauguré un gigantesque port au Pérou, au nord de Lima, construit en partie avec des fonds chinois.

L’Amérique se réveille-t-elle un peu tard ?

Il semblerait donc que les Américains se réveillent certes de manière spectaculaire, mais un peu tard dans la zone. Cela date de l'arrivée au pouvoir de Donald Trump et ce coup de force de ce début d'année 2026 n’est pas sa seule initiative.

Le président américain a déjà piqué un coup de gueule sur le sujet du canal de Panama, dont certains terminaux étaient opérés par des Chinois. Résultat, c’est le fonds de pension américain Blackrock qui l'a racheté. Il y a aussi eu une aide accordée à Javier Milei, le président argentin, en contrepartie de la limitation des coopérations avec Pékin.

L’Amérique a-t-elle ainsi une chance de retrouver une position prépondérante ? Elle est en tout cas servie par les élections récentes au Chili, qui ont porté au pouvoir un allié de Donald Trump, très à droite. Idem en Argentine.

Mais au Vénezuela, ce n’est pas gagné et on ne sait pas comment ça peut tourner. L’objectif du milliardaire, c’est que la méthode utilisée à Caracas fasse peur à ceux qui rechignent à s’aligner sur lui. Mais on peut bien imaginer que cela produise l’effet inverse, c’est-à-dire déclencher une demande de protection de la part de la Chine. Pékin compte bien là-dessus, évidemment.

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