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Guerre en Ukraine : un mois après, quelles options pour Vladimir Poutine ?

DÉCRYPTAGE - Un mois après le début du conflit, l'offensive russe bute sur une résistance ukrainienne inattendue qui complique la donne pour Moscou. Quelles sont à ce stade les options sur la table pour le maître du Kremlin ?

Vladimir Poutine, à Istanbul, le 27 octobre 2018
Vladimir Poutine, à Istanbul, le 27 octobre 2018
Crédit : OZAN KOSE / AFP
Thomas Pierre & AFP

Vladimir Poutine peut-il encore gagner la guerre ? Un mois tout juste après le début de l'offensive russe en Ukraine le 24 février dernier, la situation est sans doute plus difficile qu'il ne l'imaginait. Mais quel prix reste-t-il prêt à payer pour parvenir à ses fins ? Peut-il encore envisager une porte de sortie diplomatique ? Quelles sont, à ce stade, les options sur la table ? 

Les objectifs militaires de la guerre n'ont eux guère varié depuis le début : obtenir la "neutralité" et la "démilitarisation" de l'Ukraine, autrement dit la non-intégration de cette ex-république soviétique dans l'Otan. Le Kremlin ne mise en revanche plus forcément sur un renversement de Volodymyr Zelensky"Le plan initial qui était probablement une guerre éclair permettant de prendre très rapidement le contrôle de Kiev et de faire tomber le gouvernement ukrainien n'a pas fonctionné", relève Marie Dumoulin, experte au Conseil européen des Relations internationales (ECFR).


L'offensive russe bute sur une résistance ukrainienne inattendue qui complique la donne pour le maître du Kremlin. "Poutine joue encore sur le fait que ça ne va pas durer, qu'il va finir par s'imposer par la masse, quelles que soient les résistances sur le terrain", estime Frédéric Charillon, professeur de Relations internationales à l'université Clermont Auvergne et auteur de "Guerres d'influence".

Gagner la guerre, à quel prix ?

"La question n'est pas tellement ce qu'il veut obtenir, mais comment et à quel prix", renchérit Tatiana Stanovaya, chercheuse au Carnegie Moscow Center. "Cela prendra du temps, causera plus de drames, mais il est convaincu qu'il n'a pas le choix et qu'il est investi d'une mission historique", celle du rétablissement de l'influence russe.


Si l'armée ukrainienne, prise en tenailles dans l'est du pays, s'effondre, Moscou prendra potentiellement le contrôle d'un pays d'environ 40 millions d'habitants. Mais la Russie risque aussi de se retrouver face à une situation insurrectionnelle. "Il va falloir tenir le terrain. Rester maître d'un territoire sous le harcèlement d'une insurrection", pointe Frédéric Charillon.


Certains redoutent aussi une escalade militaire de la Russie, du recours à l'arme chimique aux attaques de convois occidentaux acheminant aide militaire et humanitaire à l'Ukraine.
"Le plus vraisemblable est que Poutine redouble d'efforts et qu'on passe à une stratégie de guerre sale pour augmenter le coût humain pour les Ukrainiens et les forcer à capituler", pointe Marie Dumoulin.

Quelles portes de sortie ?

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Si la situation s'enlise ou reste incertaine, Vladimir Poutine peut aussi sauver les apparences en arrachant des concessions politiques à Kiev et en encaissant des gains territoriaux. "La clé pour Poutine, c'est la force, la pression et la victoire. Il ne peut pas se retirer sans avoir obtenu quelques trophées", analyse Abbas Gallyamov, analyste politique russe indépendant. "Il a besoin d'un accord sur la neutralité de l'Ukraine. (...) Il veut aussi la reconnaissance (de l'annexion) de la Crimée et (de l'indépendance) des républiques séparatistes prorusses de Lougansk et Donetsk", estime-t-il.


Et si l'Ukraine ne souscrit pas à de telles exigences, la Russie pourra toujours se prévaloir de gains territoriaux dans l'est du pays, avec un objectif clé, assurer la continuité entre le Donbass, le port de Marioupol sur la mer d'Azov et la Crimée au sud. "Il n'est pas exclu que les Russes essaient ensuite de pousser l'offensive jusqu'à Odessa pour prendre le contrôle de l'ensemble du littoral ukrainien sur la mer Noire", considère Marie Dumoulin.

Poutine renversé ?

Plus la guerre durera, "sans perspective de résolution rapide", plus les tensions seront susceptibles de s'aggraver jusqu'à "la rupture du système de pouvoir au Kremlin", considère l'Institut français de relations internationales (Ifri) dans une note d'analyse. Certains acteurs du système, oligarques, chefs des services de sécurité, pourraient être tentés de dire "stop" à Vladimir Poutinevoire de le renverser, veulent croire certains analystes.


"Pour l'instant, je ne vois aucun signe de la sorte dans l'élite russe", tempère toutefois Tatiana Stanovaya. "Même si une partie de cette élite est choquée par la guerre, elle n'est pas prête politiquement à se lever contre", dit-elle.

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