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États-Unis : pourquoi Trump poursuit-il les exécutions à un rythme effréné ?

ÉCLAIRAGE - Depuis 131 ans, la tradition veut que les présidents sortants sursoient aux exécutions en attendant l'arrivée de leur successeur. Donald Trump, lui, les poursuit. Et pour cause.

Donald Trump, le 3 décembre 2020
Donald Trump, le 3 décembre 2020 Crédit : Brendan Smialowski / AFP
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Thomas Pierre et AFP

Donald Trump compte bien peser jusqu'aux dernières heures de son mandat. Le président en exercice a ainsi prévu de procéder à un nombre record d'exécutions fédérales d'ici le 20 janvier prochain. Jeudi, son gouvernement a en effet autorisé une injection létale à un Afro-Américain de 40 ans, qui attendait dans le couloir de la mort depuis 1999

Brandon Bernard, avait été condamné à mort pour avoir participé à un double meurtre en 1999 au Texas, quand il était tout juste majeur. "À 18 ans et quelques mois, son cerveau n'avait pas fini de se développer", a plaidé la star de télé-réalité Kim Kardashian. Un demi-million de personnes ont également signé des pétitions pour demander au républicain de commuer sa peine en rétention à perpétuité, soulignant sa bonne conduite en prison.

Mais rien n'y a fait. Le républicain a ignoré ces appels à la clémence en refusant de le gracier. "L'exécution de Brandon est une tache sur le système judiciaire américain", a déclaré son avocat. "Brandon a fait une erreur terrible à l'âge de 18 ans mais (...) il n'a jamais cessé de ressentir de la honte et de profonds remords pour ses actes."

Neuf exécutions depuis juillet

Brandon Bernard représente la neuvième exécution fédérale depuis juillet, après la mise en sommeil de cette pratique pendant 17 ans. Quatre autres exécutions sont toujours prévus d'ici le départ de Donald Trump de la Maison Blanche, et l'arrivée de Joe Biden. 

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Des exécutions qui s'enchaîneront à un rythme effréné jusqu'au 15 janvier, cinq jours avant l'investiture. La prochaine, celle d'Alfred Bourgeois, condamné pour avoir torturé et battu à mort sa fille de deux ans, est prévue ce vendredi 11 décembre. 

"Le gouvernement n'est pas du tout en phase avec l'approche" de ses prédécesseurs, puisqu'il n'y a eu que trois exécutions fédérales au cours des 45 dernières années, estime Ngozi Ndulue, directrice de recherches au Centre d'information sur la peine de mort. 

Une tradition vieille de 131 ans

Depuis 1889, la tradition veut pourtant que les présidents sortants sursoient aux exécutions en attendant l'arrivée de leur successeur. Face au risque sanitaire, même les États les plus attachés à la peine capitale, comme le Texas, ont suspendu les exécutions.

Le gouvernement de Donald Trump, lui, persiste. Et ce, bien que six membres de l'équipe des bourreaux ayant participé à la dernière exécution fédérale aient été diagnostiqués positifs à la Covid-19 ans la semaine suivante, tout comme le conseiller spirituel du condamné.

Le président de la "loi et l'ordre"

Pourquoi alors une tel empressement ? Donald Trump et son ministre de la Justice veulent "tuer autant de personnes que possible le plus rapidement possible", assurait jeudi USA Today dans un tribune virulente. "Les vies (humaines) ne devraient plus être soumises aux caprices politiques de procureurs, de juges et de présidents voyous sur le départ", écrivait le journaliste et historien David M.Perry. 

Tous ces condamnés ont commis des "crimes horribles", se bornait à répondre en 2019, son ministre de la Justice Bill Barr, qui assurait seulement "appliquer les peines déclarées par les tribunaux". Même si la raison semble bien plus politique que cela. 

D'abord, parce son successeur Joe Biden entend, lui, mettre fin à cette pratique rétablie par la Cour Suprême en 1988. Et que le républicain, qui n'a toujours pas concéder sa défaite, et envisage de se représenter en 2024, veut soigner son image de "président de la loi et l'ordre", estime Associated Press

Dès lors, Donald Trump entend contraster avec un Joe Biden et des démocrates qu'il juge trop laxistes, en nourrissant le souvenir de sa fermeté jusque dans les derniers moments de sa présidence. Dans cette même logique, gracier des condamnés reconnus coupables de meurtre, ne le ferait pas apparaître magnanime auprès de son électorat, mais faible, estime-t-il sans doute. 

Fervent défenseur de la peine capitale

Ensuite, parce que Donald Trump a toujours soutenu la peine de mort. Et cela, bien avant de se lancer dans une carrière politique. Sur ce point, on ne peut le taxer d'opportunisme. En 1990, dans une interview à Playboy, le magnat de l'immobilier new-yorkais se décrivait déjà comme un fervent défenseur de la peine capitale. "Soit elle sera ramenée rapidement, soit notre société pourrira", estimait-il alors. 

Trente ans plus tard, dont quatre années passées au plus haut sommet de l'État, il y a peu de chance que le président sortant se montre plus indulgent vis-à-vis des prochains condamnés sur sa liste. 

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